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La résolution du 19 Brumaire An VIII


GUADET

Bonaparte a tué la République. La première manifestation officielle du nouveau régime se présente sous la forme d’une résolution. A cet égard, il importe d’examiner cette résolution, approuvée par ce qui reste du Conseil des Cinq Cents dans la nuit du 19 au 20 Brumaire. Après un rapport de BOULAY de la Meurthe, complice du coup d’état, la résolution est justifiée par la nécessité d’un nouvel état de choses « provisoire et intermédiaire ». La scène se déroule bien après minuit, si l’on en croit le Moniteur.

 

L’Article 1er stipule : « Il n’y a plus de Directoire, et ne sont plus membres de la représentation nationale, pour les excès et les attentats auxquels ils se sont constamment portés, et notamment, le plus grand nombre d’entre eux, dans la séance de ce matin, les individus ci-après nommés. » Suit une liste de soixante deux députés.

 

Plusieurs remarques s’imposent.

D’abord, cet Article 1er parle de choses très différentes. A la réflexion, la phrase : « Il n’y a plus de Directoire », devait constituer un Article à elle seule. L’annonce en SEPT mots de la fin d’un régime politique le méritait. L’événement est tout sauf anodin.

Mais les nouveaux maîtres travaillent dans la précipitation, par crainte d’un soulèvement des faubourgs. Ainsi, à une annonce politique majeure, ils sont pressés d’ajouter ce qui s’apparente à une liste de proscription. La cohabitation de ces deux niveaux de préoccupation altère la solennité recherchée et traduisent leur anxiété, presque leur peur physique. On sait que SIEYES avait préparé ses voitures pour échapper aux républicains  en cas d’échec du coup d’état.  Dans le même article donc, il est question de Pouvoir Suprême et de basse besogne répressive.

Ensuite, l’imprécision, le vague et le flou frappent l’esprit : « le plus grand nombre », « notamment », « les excès et les attentats ».

Quel est leur crime principal? Quels autres crimes ont-ils commis ? Qui précisément a fait quoi ? Rien ne le dit. Tout cela laisse planer un parfum de panique.

Enfin, on peut tenter l’hypothèse de la fatigue générale pour expliquer ces erreurs manifestes de communication. L’essentiel était de prendre date et de parer au danger le plus pressé. Il n’empêche que les conjurés trahissent leur angoisse en confondant vitesse et précipitation.

 

D’autant que cette résolution comprend au total 16 articles. L’Article II nomme SIEYES, ROGER-DUCOS et BONAPARTE Consuls de la République Française. L’Article III leur donne « la plénitude du pouvoir directorial », c’est-à-dire tous pouvoirs sans limite ni notion de durée. D’autant que selon l’Article V, « Le Corps Législatif s’ajourne au 1er Ventôse prochain (20 Février NDR) ; il se remettra de plein droit, à cette époque, à Paris, dans ses palais. » Donc, du 10 Novembre au 20 Février, soit pendant 100 jours à peu près, les Consuls se donnent les mains libres.

Le « de plein droit» est de nature à rassurer et rappelle le Serment du Jeu de Paume, par lequel les Constituants s’octroyaient la légitimité politique, où qu’ils se trouvent réunis. Evidemment, au 1er Ventôse, personne ne voudra, ou plutôt ne pourra, rappeler l’engagement des Consuls..

L’Article VIII indique : « Avant sa séparation et séance tenante, chaque Conseil nommera dans son sein une commission composée de 25 membres. »

Après quoi, vers quatre heures du matin, les complices du coup d’état rentrent à Paris.

Le matin du 20 Novembre, vers 9 heures, la résolution des Cinq Cents arrive en discussion au Conseil des Anciens. Apparemment seul, GUYOMAR, qu’on avait soigneusement évité de convoquer la veille, s’y oppose comme inconstitutionnelle. Piteusement, le Conseil des Anciens approuve la résolution alors même qu’il avait voté peu avant pour un ajournement des Conseils au 1er Nivôse (20 Décembre NDR).

Après cette approbation, les Conseils nomment chacun dans la journée du 20 Brumaire une commission de 25 membres.

 

Au 20 Brumaire, l’Histoire place donc face à face deux listes de représentants du peuple; d’une part, les complices du coup d’état, d’autre part, les opposants à ce même coup d’état.

Cinquante députés composent les deux commissions provisoires de vingt cinq membres cooptés et validés par les Consuls. Parmi eux, figurent DIX SEPT  anciens membres de la Convention Nationale

La résolution du 20 Brumaire cite soixante deux noms d’opposants.

Parmi eux, pour son honneur, figurent DIX SEPT anciens membres de la Convention Nationale.

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