Mobilisation Républicaine, Juillet - Octobre 1795

Recevons la Mort

PETION

En Vendée, le 2 octobre, le Comte d’Artois débarque à l’Iled’Yeu. C’est le frère de Louis XVI et de Louis XVIII. La présence d’un prince de sang royal mobilise les Vendéens, qui se rassemblent en vue d’un soulèvement. Les Royalistes veulent recommencer et, cette fois, réussir, Quiberon. Mais pour le moment, le Comte attend que le royalisme parisien ressuscité ait étouffé la Convention. Il n’ose pas s’avancer.
Et le 3 octobre, Paris offre un spectacle surprenant. La section Lepeletier, truffée d’agents royalistes, franchit le rubicon et lance un appel à l’insurrection.Trente deux sections sur quarante huit l’approuvent et envoient leurs bataillons aux points de ralliement indiqués.
Au même moment, dans la salle de la Convention, entièrement décorée de noir pour l’occasion, se déroule une fête funèbre en l’honneur des Girondins guillotinés, “les martyrs des décemvirs”, dont deux, Carnot et Prieur-Duvernois, siègent dans la salle. Le décorum, le climat et les dramatiques évènements extérieurs inspirent à un témoin, Réal, une réflexion macabre : “La Convention assiste à ses propres funérailles.” Après la fête funèbre, Daunou, au nom du Comité de Salut Public, réclame la dissolution des assemblées de section comme illégales. Sa plate conclusion, “Il ne sera fait aucune poursuite”, laisse entendre que la Convention est désormais impuissante.
Mais le lendemain, l’armement et le nombre des sectionnaires aux ordres des royalistes contraignent la Convention à un dernier effort. Elle croyait toucher au terme de ses travaux : elle doit sortir de sa torpeur. Une Commission de Sûreté de cinq membres est créée.Elle se compose de cinq républicains : Barras, Daunou, Collombel, Letourneur, Merlin de Douai. Cette Commission décide de réarmer les sectionnaires des faubourgs, désarmés en Prairial. Organisés en bataillons de Patriotes de 89, ces sectionnaires sont la hantise des Muscadins. Le général Menou, commandant de l’Armée de l’Intérieur, est destitué. Sympathisant royaliste, il a parlementé avec les insurgés. Barras, qui avait défendu la Convention au 9 Thermidor, le remplace, sous les applaudissements.
Pendant ce temps, les sections déclarent la Convention Hors-La-Loi, sauf quelques députés. Cela signifie que tous les députés sauf les royalistes complices des Insurgés, seront mis à mort s’ils sont pris. On comprend que cette proclamation stimule la résistance de la Convention.
Le 5 octobre est le grand jour. Nous sommes le 13 Vendémiaire. Les sections battent le rappel de leurs troupes : “Armez-vous contre les terroristes !” La masse des insurgés devient assez imposante pour que Barras envisage la retraite de la Convention à Saint Cloud. Mais outre que le fantôme de Danton leur demande de l’audace, des Conventionnels espèrent encore éviter la violence. Le débat, encore une fois, paraît invraisemblable et surréaliste. Les Royalistes de l’Assemblée maneuvrent pour affaiblir les dispositions énergiques de la Commission de Sûreté. D’abord, Gamon et Lanjuinais veulent que les bataillons de Patriotes de 89 soient épurés, comme si la Convention pouvait se permettre d’être sourcilleuse sur la qualité de ses défenseurs. Les républicains Chénier et Roux mettent le piège à jour et les Royalistes se font huer. Mieux, Fréron et Garrau sont envoyés en mission de recrutement au Faubourg Saint Antoine, sans grand succès, il est vrai. Deuxième maneuvre dilatoire, les Royalistes Boissy d’Anglas, Lanjuinais et Rovère proposent d’ouvrir des négociations avec les rebelles. Collombel, pour le Comité de Sûreté Générale, s’y oppose. Ensuite, c’est le réacteur Bailleul qui réclame le désarmement des Patriotes de 89. Dubois-Crancé, Louvet et Chénier commencent à soupçonner des complicités intérieures.
Au même moment, dans les rues de Paris, le combat s’engage. Quinze mille insurgés entourent la Convention. Dans la salle, Legendre, repris par un accès de fatalisme, s’exclame : “Recevons la mort comme il convient aux fondateurs de la République.” Mais Barras, qui secoue son monde, fait distribuer des fusils aux députés, récupérer les canons du Camp militaire des Sablons et liquider la révolte par son second, le général Bonaparte.
La répression est inexistante. Deux éxécutions pour plus de neuf cents rebelles pris les armes à la main. Les sections font allégeance et semblent découvrir soudain que la Convention est tout près de sa fin. Le Comte d’Artois, qui attendait à l’Ile d’Yeu, termine sa brillante campagne au milieu des moules et des huîtres. Il se rembarque pour l’Angleterre dès le 8 octobre.
Les Royalistes ont échoué. En juillet, la situation dans les départements s’est calmée. Les représentants en mission royalistes et réactionnaires ont été remplacés par des républicains. En août, les Royalistes ont été mis clairement en minorité à la Convention. En septembre, la République a été ratifiée. En octobre enfin, les sections royalistes ont été matées.
Mais ce n’est que partie remise. Au suffrage censitaire, les assemblées primaires ont montré la prépondérance des royalistes dans le corps électoral parisien. Sur la liste principale, Paris a élu dix royalistes sur douze sièges. Lanjuinais, Boissy d’Anglas et Henry-Larivière remplacent Marat, Robespierre et Danton comme députés de Paris ! ! ! Dans toute la France, les royalistes sont élus en masse.Ils sont le Nouveau Tiers de députés. Les Français qui votent, voient en eux l’ordre, la paix et le repos. Brottier, un des chefs royalistes clandestins, n’a aucune illusion : “Si un gouvernement quelconque pouvait procurer une lueur seulement de repos, on enverrait au diable le Royalisme, ses agents et les princes.”

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