Le Sang des Députés
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Terreurs

ISNARD

Quand la Révolution paraît enfin triompher, l’outil répressif qu’elle a forgé continue un temps de fonctionner. Un temps de trop. Par la suite, la violence s’est tellement installée que les adversaires d’hier l’utilisent à leur profit, ce qui donne lieu à la deuxième Terreur, la Blanche. Ainsi, deux vagues de violence, et non pas une, submergent successivement la Convention.
Au milieu de 1793, l’avalanche des catastrophes est devenue telle que personne ne croit plus à des difficultés naturelles ou fortuites. Les responsables politiques cherchent davantage des complots et des trahisons que des adversaires. Les véritables auteurs de ces sombres machinations sont hors de portée, à l’étranger ou cachés. On leur suppose une foule de complices à l’intérieur, qui sont désignés sans preuves. Peu importe, il faut des coupables puisqu’il y a des crimes. De bonne foi, les proscripteurs voient la trahison là où il n’y a que l’erreur, le crime là où il n’y a que de l’égarement.
Cette première vague de violence part du sommet de l’Etat. La Terreur Rouge ou montagnarde, est officielle et revendiquée. Quel mot pouvait davantage frapper les esprits que le mot “terreur” ? Proclamée le 5 septembre 1793, elle vise à contraindre tous les contre-révolutionnaires à l’inaction. Indiscutablement, cet objectif a été atteint : un an plus tard, la République est victorieuse et hors de danger. En 1794, la routine de la violence sévit de plus en plus, aux dépens de Girondins et de Montagnards.
Ensuite, en 1795, les proscrits reviennent au pouvoir et deviennent proscripteurs.Instruits par l’expérience, ils pourraient tenter de relancer un dialogue pacifique. Mais les invectives et les affrontements se poursuivent alors que les difficultés extérieures sont aplanies. En fait, avant tout, ils se vengent. Ils veulent secouer leur peur et leur humiliation. Cette deuxième vague de violence, renforcée d’une multitude de petites passions personnelles, n’est plus révolutionnaire. Elle se développe sous le prétexte d’extirper la Terreur Rouge. Dans le pays, elle est anonyme, hypocrite et sournoise. Cette Terreur Blanche est encouragée en sous-main par une partie de la Convention qui se venge d’une autre partie de la Convention. Le Royalisme récupère, transforme et organise à son profit cette répression. La Terreur Blanche frappe peu à peu tous les républicains. Dans le pays, la Terreur Blanche vise à inspirer le regret de la Monarchie. Les républicains sont terrorisés et paralysés.
Tout au long de la lutte, chaque camp s’accroche à ses préjugés, mettant à chaque fois la barre plus haut dans l’échelle de la violence. Les circonstances extraordinaires et la psychologie des acteurs expliquent donc le massacre de représentants du peuple de 1793 à 1795. Conséquence tragique, l’avenir de la Première République est déjà incertain.

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