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Présidents et Secrétaires

08-FLOREAL

A l’instar des assemblées précédentes, la Convention élit un bureau, c’est-à-dire un président et six secrétaires, tous les quinze jours, dans les séances du soir.Pour le président, deux tours se font à la majorité absolue des présents, le troisième et dernier à la majorité relative.
Les secrétaires sont élus pour un mois et renouvelés par moitié tous les quinze jours. Leur travail, dépourvu de prestige et de responsabilités, se réduit le plus souvent à une fonction peu motivante, mais très absorbante, de copiste. Les secrétaires rédigent et signent les procès-verbaux des séances. Elus de l’assemblée, ils jouissent d’une relative légitimité. L’assemblée leur confie parfois le choix des députés qui doivent partir en mission ou appartenir à telle ou telle commission. De plus, le nouveau président est souvent choisi parmi eux.
Les gestes des secrétaires sont observés par toute l’assemblée, ce qui explique quelques incidents. Le Girondin Dufriche-Valazé, qui tend à Louis XVI des papiers par dessus son épaule, est blâmé pour son insolence. Autre mésaventure: Manuel, secrétaire, qui s’en va assouvir un besoin naturel, est arrêté dans sa marche aux cris de: “Arrêtez le traître !” En plein procès de Louis XVI, Manuel a choisi un mauvais moment pour s’esquiver. Il est soupçonné de vouloir soustraire des papiers défavorables au Roi. Un autre jour, Lecointre, qui vient de scandaliser l’assemblée, est chassé physiquement de sa place de secrétaire, sous les huées du public. Dans l’ensemble, la place de secrétaire est paisible.
La fonction de président est au contraire tout sauf simple. Règlementairement, les présidents représentent la République. De tout le territoire, les courriers sont adressés au Citoyen-Président la Convention Nationale. Par ailleurs, ils arbitrent et organisent les débats. Ils accordent la parole, répondent aux pétitionnaires, parfois aux émeutiers tout en improvisant.Surtout, ils ferment la discussion, procédent aux épreuves et annoncent les résultats. Le président doit maintenir le calme, au besoin en se couvrant pour manifester que “la chose publique souffre”. A la Convention, le président se couvrira à de très nombreuses reprises, sans effet. Le geste qui consiste à remettre son chapeau paraît alors bien dérisoire, quand sa dignité et son autorité sont en péril.
Quand un président s’absente, le plus récent président présent dans la salle le remplace. Si bien que les anciens présidents peuvent toujours être sollicités, et parfois dans des circonstances pénibles.
A l’époque, les Conventionnels affectent de ne pas attacher d’importance à la présidence de l’assemblée. Dès le premier jour, Manuel, qui a proposé de loger le « Président de la France » aux Tuileries avec toute la pompe qui doit s’attacher à la souveraineté du peuple, est conspué. En réalité, la fonction est très importante. Les 73 présidents de la Convention forment une galerie des principaux chefs de la Révolution, à l’exception de Marat et de Condorcet, seuls géants privés de cet honneur redoutable.
D’abord, par leur élection, les présidents sont connus de toute l’Europe.Ils sont les plus hauts magistrats de France, les successeurs des rois, fût-ce pour quinze jours. Cet hommage, cette célébrité et ce rayonnement attisent les convoitises. L’élection prouve au moins la reconnaissance d’une certaine influence politique. Le président doit être capable, comme aujourd’hui, de canaliser la passion. A l’époque, cela relève du tour de force. Il doit défendre la dignité et la majesté du peuple français, assemblé à travers ses représentants. En pratique, son rôle est stratégique. Il peut plus ou moins favoriser son parti. Les Conventionnels en sont conscients et l’élection des présidents donne lieu à de nombreux incidents.
En décembre 1792, le président Defermon, débordé, est traité par Marat de charlatan et accusé d’être la partialité-même. Le 21 février 1793, la candidature de Gensonné est l’occasion d’un petit scandale. Il lui est reproché d’être trop impliqué dans la faction girondine. Lors de l’élection du 7 mars 1793, Marat et Duhem gagnent du temps: “La Montagne est déserte”. Et ils retardent le moment du scrutin. Le 21 mars 1794, Tallien est élu sous la pression des Indulgents et on lui reprochera ultérieurement sa passivité devant l’arrestation de Danton le 1er avril suivant. Le 9 Thermidor, Collot d’Herbois et Thuriot occupent successivement le fauteuil. Collot refuse la parole à Robespierre qui parle néanmoins. Sa voix est couverte par la sonnette du Président. On entend dans le tumulte, “Président d’assassins, me donneras-tu la parole ?”. En août 1794, Merlin de Thionville protège ses amis Thermidoriens au détriment des Montagnards, clôturant précipitamment des débats qui tournent mal. En janvier 1795 encore, le président André Dumont favorise si scandaleusement les réacteurs, qu’il est accusé de royalisme.
Enfin, le président remplit une tâche écrasante et extrêmement difficile. Qu’on se représente leur responsabilité dans des circonstances aussi solennelles que les interrogatoires de Louis XVI. L’ancien roi de droit divin comparaît devant les représentants du peuple, ses anciens sujets. Le président parle en leur nom. S’il est trop déférent, on lui reprochera d’avilir la souveraineté du peuple.S’il est trop agressif, on lui reprochera sa cruauté. Dans cette circonstance, le Président de la Convention est pour le monde entier, le représentant du nouveau pouvoir, s’adressant au représentant de l’ancien pouvoir. Il est l’équivalent du Roi de France, à la tête du plus puissant et du plus peuplé des états du monde ! Quand on ajoute l’importance cruciale du contenu du débat, on conviendra qu’il y a là de quoi impressionner et donner le vertige à un des vingt cinq millions de Français anonymes du Tiers-Etat, sorti quelques années plus tôt du néant politique. Les présidents Vergniaud et Barère rempliront néanmoins leur mission avec une remarquable dignité.
De plus, les présidents courent des dangers lors des émeutes. Le 1er avril 1795, on a cherché partout le président provisoire Thibaudeau.Il s’était caché en attendant le départ des émeutiers qui avaient envahi la salle des séances. Le 20 mai 1795, le président provisoire Boissy d’Anglas s’incline devant la tête de son collègue Féraud, plantée au bout d’une pique.Mis en joue, menacé par les sabres des manifestants, il fait face crânement et jouit par la suite d’une popularité immense. Autre danger, le soir-même, les députés, otages des émeutiers assis à côté d’eux, votent les mesures réclamées par les sans-culottes. Les députés récalcitrants sont jetés hors de l’enceinte. Le président Vernier parvient à éviter un nouveau lynchage.
Le Président de la Convention se doit de recevoir les pétitionnaires et leur parler au nom de l’assemblée. Toutes les députations, pétitions et autres adresses, attendent sur place une réponse immédiate et improvisée. Quand il s’agit d’une adresse de félicitations, les mots de remerciements, de modestie et de devoir qui conviennent sont faciles à trouver.
Mais les pétitionnaires, souvent eux-mêmes des personnalités représentant de véritables puissances, peuvent réunir autour de la Convention des milliers de citoyens plus ou moins bien disposés. Jacques Roux pour la section des Gravilliers, Pache pour la Mairie de Paris, Dufourny pour le Club des Jacobins, Momoro pour le Club des Cordeliers, Chaumette pour la Commune, sont autant d’interlocuteurs puissants et susceptibles. Il convient alors d’apporter le plus grand soin à la formulation de la réponse. Les présidents de la Convention ont la mission délicate de répondre bien et vite. Une erreur, un parti-pris trop manifeste, peuvent être graves.Le 25 mai 1793, le président Girondin Isnard s’attire les menaces de mort des pétitionnaires parisiens qui réclament la liberté d’Hébert. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Isnard n’a pas trouvé les mots d’apaisement qui convenaient: « Si par ces insurrections toujours renaissantes, il arrivait qu’on portât atteinte à la représentation nationale, je vous le déclare au nom de la France entière, Paris serait anéanti: bientôt on chercherait sur les rives de la Seine la place où cette ville avait existé. » Une semaine plus tard, les chefs girondins sont arrêtés.
Le président est souvent choisi parmi ceux qui ont développé une intervention ou présenté un rapport avec succès, dans la dernière quinzaine. Tradition établie sous la Législative, les présidents sont élus une seule fois. Trois exceptions marquantes confirment la règle. Hérault de Séchelles, Robespierre et Collot d’Herbois ont eu droit à deux présidences … pour leur malheur.
Elu président pour la deuxième fois, Hérault de Séchelles montre trop de matérialisme dans ses discours pour la Fête de la Constitution au 10 août 1793, et trop d’épicurisme dans sa vie privée. Robespierre n’apprécie pas et le chargera de l’accusation terrible de trahison. La deuxième élection de Robespierre recèle une fausse enigme historique. Après sa mort, les Thermidoriens, ont prétendu que ses « nervis » avaient été chercher chez eux tous les députés pour plébisciter Robespierre. En tout cas, cette deuxième élection est fatale à Robespierre qui, guidant la Convention lors de la Fête de l’Etre Suprême, accrédite l’accusation de dictature. Quant à la deuxième présidence de Collot d’Herbois, elle est le fruit des intrigues des Thermidoriens qui veulent tuer Robespierre. Après s’être servi de lui, ils l’enverront pourrir à Cayenne.
Le choix d’un président reflète la tendance de l’assemblée à un moment donné. De ce point de vue, l’examen des choix successifs de la Convention est très instructif de la sensibilité du moment. Ainsi, de septembre 1792 à mai 1793, les Girondins prennent 9 des 18 premières présidences, les 9 autres, sauf celle de Hérault de Séchelles, Dubois-Crancé et Delmas, vont à des personnalités que les Girondins comptent rallier. De juin à novembre 1793, les 13 présidences suivantes vont aux montagnards marquants. Les 16 suivantes, de décembre 1793 à juillet 1794, vont, à l’exception significative de Tallien, aux membres des Comités de Gouvernement. Les Thermidoriens prennent 9 des 15 présidences suivantes. Quatre autres vont à des centristes marquants et deux à des montagnards. Au printemps 1795, les Royalistes prennent 3 présidences sur 6, les autres vont à deux conservateurs et un girondin réactionnaire. Les 8 dernières présidences traduisent la fusion des autres tendances. Elles vont à 4 girondins progressistes, 2 girondins réactionnaires, 2 montagnards modérés.
Dans les élections à la présidence, des duels instructifs opposent des personnalités. Les luttes tactiques entre Girondins et Montagnards trouvent là un exutoire relativement inoffensif. Le suspense est constant car les écarts de voix sont très faibles. Le 18 octobre 1792, Guadet l’emporte sur Danton avec 11 voix d’écart. Le 24 janvier 1793, Rabaut Saint-Etienne bat le même Danton avec 3 voix d’écart. Le 21 février, Dubois-Crancé bat Gensonné avec 16 voix d’avance. Thuriot, successivement battu par Gensonné et Isnard, est enfin élu le 27 juin 1793. Il n’a plus d’adversaire et la Montagne est souveraine. Par la suite, des majorités claires de l’ordre de 70 à 98% se portent sur le même candidat. Le nom de l’adversaire, s’il existe, est inconnu.
Une seule exception mais quelle exception ! A l’été 1795, après cinq présidents choisis parmi les députés réacteurs, anciens proscrits ou condamnés à mort, un sixième candidat se présente le 18 août 1795, Henry-Larivière. Parmi les chefs royalistes, il représente la tendance absolutiste. Il recueille une majorité relative de 106 voix sur 237. Les républicains, même conservateurs, s’émeuvent et après un débat houleux entre royalistes et républicains, l’élection est refusée. Toutes les tendances républicanes se rassemblent au deuxième tour sur le nom de Marie-Joseph Chénier pour que Henry-Larivière soit écarté. Henry-Larivière, l’homme qui jusqu’à sa mort sera fidèle au Droit Divin, a failli être président de la Convention ! Son échec marque le reflux royaliste à la Convention. La mobilisation de la Convention à cette occasion, à quelques semaines de sa fin, souligne l’importance du rôle du président.

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