Les Journées de Thermidor, Fin Juillet 1794

On ne veut pas vous Égorger

DUBOIS-CRANCE

A ce moment, rien n’est joué. Billaud-Varenne peut encore se réunir à Robespierre par solidarité gouvernementale. Mais la demande téméraire de Fréron ne lui ouvre pas les yeux sur l’objectif final des conjurés. D’autre part, Amar, Charlier, Thirion, qui sont des Montagnards influents, cherchent la conciliation et pourraient donner raison à Robespierre s’il était moins intransigeant. C’est un débat tendu mais pas encore mortel.Barère : “Il n’y a pas d’accusé”. Amar, mis en cause comme membre du Comité de Sûreté Générale, est encore sur la défensive. Il demande, pour prouver son patriotisme, “qu’on consulte les appels nominaux”. André Dumont, un des conjurés, déclare même : “On ne veut pas vous égorger, c’est vous qui égorgez l’opinion publique.”
Finalement, l’impression du discours est rapportée et Robespierre garde un silence dédaigneux. Quand la séance est levée, la Convention a gagné en liberté. Elle espère même éviter une nouvelle saignée à condition que Robespierre s’assouplisse. Si le prestige de Robespierre est atteint, et si le pouvoir a montré des failles, le personnel dirigeant reste inchangé et rien d’irréparable n’est intervenu.
Les conjurés ont cependant lieu d’être heureux de cette journée intense. Au matin de cette séance mémorable, ils craignent pour leur vie au point que Fouché et Sergent se sont cachés. Au moins un des conjurés, Legendre, n’est pas sûr. Après avoir demandé la parole, il glisse au président provisoire Thuriot :“Raye-moi, je verrai comment cela tournera.” Mais les conjurés bénéficient de plusieurs divines surprises. Les renforts aussi involontaires qu’inattendus de Dubois-Crancé, puis de Cambon, utilisés à leur insu, sont extrêmement appréciables. Ils leur apportent les hommes respectés qui leur manquaient. Toutefois, à l’annonce du discours de Robespierre, dans leur esprit, le Comité et Robespierre ne font toujours qu’un bloc. Tant qu’il en est ainsi, il est suicidaire de les attaquer ensemble.
Alors survient le discours de Robespierre qui montre de manière éclatante la division du gouvernement. C’est une aubaine supplémentaire pour les conjurés. Ce discours bouleverse leurs plans. Ils peuvent maintenant jouer une partie du Comité contre l’autre. Mais il ne leur faut pas aller trop vite. Dès que le débat porte sur les pouvoirs du Comité, les hommes du Comité de Salut Public, Billaud-Varenne et Barère se rebiffent. Or les conjurés ont besoin de ces hommes de pouvoir. Ils doivent impérativement les ménager pour profiter de leur concours contre Robespierre. Il convient donc de procéder prudemment. En cours de séance, l’isolement de Robespierre devient évident. Saint-Just et Couthon sont muets.Les conjurés affinent leur tactique. D’abord éliminer Robespierre, puis ses amis du Comité, ensuite seulement les Comités eux-mêmes. Dès lors, les conjurés concentrent l’attaque sur la personne de Robespierre. Tout un chacun ayant des reproches à lui faire, les chances du complot augmentent. Des alliés leur arrivent de tous les horizons.

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