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Tribunes

ROGER-DUCOS

Les tribunes de la Convention méritent à elles seules une étude. Elles comptent mille cinq cents places environ, et ont certainement contenu fréquemment plus de trois mille spectateurs. On imagine le bruissement et l’agitation qui parcourent cette foule à l’entrée du député dont on parle. Formidable témoin du travail parlementaire, la foule reste le plus souvent disciplinée, mais il n’en est pas toujours ainsi.
Au début, certaines tribunes sont payantes, d’autres réservées aux députés, d’autres gratuites. Le 31 mai 1793, les places payantes et les places réservées sont supprimées. Selon les époques, elles sont occupées par des publics divers, des Sans-culottes aux Muscadins. Les tribunes sont de plus en plus utilisées et les places distribuées en fonction des luttes de parti. Quelques spectateurs sont « invités » pour faire pression, en huant, en conspuant, en applaudissant. Les agitateurs des tribunes interviennent même dans les débats et des individus se permettent d’interpeller les députés. Quand l’agitation devient insupportable, et c’est fréquent, le public perturbateur est rappelé à l’ordre.
Le 14 décembre 1792, la Commune de Paris, chargée de la surveillance de la famille royale, demande l’autorisation de déshabiller complètement les défenseurs de Louis XVI en vue d’une fouille méticuleuse. La Convention est scandalisée. Elle l’est davantage encore quand les tribunes applaudissent et soutiennent la demande de la Commune. Les 26 et 27 décembre 1792, après avoir interrogé Louis XVI, les Conventionnels assistent à de véritables combats dans les tribunes. Les députés s’y mettent.La droite se précipite sur la gauche au milieu de la salle. Bentabole provoque la droite en prenant les tribunes à témoin. Il a été trop loin: il est rappelé à l’ordre par Legendre, pourtant un de ses amis montagnards. Le 10 mars 1793, Gamon croit voir les tribunes remplies d’assassins de septembre qui veulent recommencer leurs forfaits sur les représentants de la Droite.
Malgré ces incidents, les tribunes ne sont que rarement évacuées. La Convention, enfreignant alors le principe sacré du débat public, se constitue en comité secret. C’est le cas le 30 avril 1793, où la salle est évacuée pour ne pas donner au peuple le spectacle d’un tumulte dégradant entre ses représentants ou le 14 octobre 1795, quand Tallien prétend révéler des secrets dont la publicité pourrait nuire à l’assemblée.
Les députés siègent donc constamment sous les regards de mille cinq cents témoins, dominant l’assemblée, scrutant, parfois actifs, toujours prêts à marquer leur approbation ou leur désaccord. Il faut sentir combien les spectateurs sont proches, tant physiquement qu’humainement, des députés, leurs égaux. De nos jours, le public des séances de l’Assemblée Nationale est réduit, soigneusement trié et tenu à une distance respectable des députés. Aux tribunes de la Convention, le public accède sans contrôle. Les spectateurs peuvent presque toucher les députés des plus hauts gradins.
A l’inverse, les députés peuvent identifier les membres du public. Dans la séance du 4 février 1794, l’Assemblée, qui vient d’abolir l’esclavage, rend un hommage appuyé à une nourrice noire, fidèle spectatrice, qui pleure d’émotion. Ou encore, le 9 Thermidor, Billaud-Varenne reconnaît dans les tribunes, un homme qui, la veille aux Jacobins, applaudissait Robespierre.Il le fait arrêter.
Cet environnement peut inspirer la crainte à certains députés, mais il exalte et stimule la plupart d’entre eux. Tels les supporters d’une équipe, les spectateurs soutiennent les initiatives généreuses de leurs représentants.

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