Le Directoire, Novembre 1795 - Novembre 1799

Fardeau

ISNARD

Ainsi, la République fondée le 21 septembre 1792 adopte enfin son régime de croisière. Certes, elle n’est pas telle que les grands disparus l’ont rêvée. Ni suffrage universel, ni éducation laïque, gratuite et obligatoire, ni referendum populaire. Mais elle existe, et c’est l’essentiel. A la tête de la République Française, se trouvent toujours un grand nombre de ses fondateurs. L’exceptionnelle histoire des Conventionnels se poursuit donc au delà de la Convention. Beaucoup vont rester longtemps proches du pouvoir. Ils n’emmènent pas avec eux la Convention et son souffle grandiose. Cependant, quels que soient leurs opinions, leurs convictions, leurs fortunes, leurs parcours, ils mènent désormais une existence à part. Quel mortel peut s’enorgueillir d’avoir fondé une république et jugé un roi ?
Les Conventionnels portent sur leurs épaules, même s’ils s’en défendent, la République. Qu’ils le veuillent ou non, ils sont compromis.Personne, jamais, nulle part, n’oubliera ce qu’ils ont réalisé. L’attitude des ex-conventionnels face aux évènements est désormais observée et critiquée. Sans cesse confrontés à leurs actes passés, leurs décisions sont disséquées et utilisées par leurs adversaires. Les ex-conventionnels, qui se retrouvent dans les assemblées du Directoire, y défendent ou renient la République, l’oeuvre de la Convention et la mort de Louis XVI.Mais aussi divisés qu’ils aient été, ce fardeau immense de la Révolution, qu’ils supportent avec plus ou moins de facilité et de fierté, les rapprochera à certaines époques.
Car ils traversent pendant une vingtaine d’années des évènements extraordinaires. Leur vie, jusqu’au milieu du 19ème siècle, est souvent pathétique. Quelques uns connaissent un destin fabuleux. Ainsi, le survol, du point de vue des Conventionnels, des années du Directoire et de l’Epopée impériale, montre les Conventionnels aux prises à la fois avec la Coalition étrangère, la Dictature, l’Ancien Régime, leurs propres ennemis de la Convention, et, par dessus tout, leur passé.
A chacun des nombreux carrefours politiques que l’avenir leur réserve, les anciens Conventionnels cherchent à la fois la survie politique et la cohérence. Très vite, le pari devient impossible. Soit ils quittent la scène, drapés dans leur dignité, soit ils se renient, agenouillés devant les monarques successifs.
De plus, la violence rôde encore autour d’eux et les atteint parfois.Les anciens Conventionnels doivent aussi lutter contre les humiliations, les haines et les vexations de toutes natures, en France et à l’étranger. Pendant le Directoire, on verra le Roi de Prusse retarder pendant quinze jours la réception officielle de l’Ambassadeur de France régicide Siéyès et le Roi de Suède refuser de recevoir l’Ambassadeur régicide Lamarque. La mise à l’index des Français les plus célèbres donne une idée du traitement réservé à beaucoup d’autres, moins haut placés.
La violence, qui entoure les individus, paraît devoir aussi entourer le gouvernement. Dès le début du Directoire, l’élection d’un grand nombre d’entre eux au bénéfice du Décret des Deux-Tiers, pouvait passer pour imméritée. Les conventionnels, bientôt mis en minorité, sont alors contraints de violer la Constitution à plusieurs reprises. La base sociale et politique du régime se réduit et les coups de force répètés laminent l’édifice républicain.

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