Experience

Anciens Constituants

PETION

Plus généralement, tous les députés des assemblées précédentes, qui n’ont même pas à changer de salle, ont déjà une certaine notoriété. Parmi les 1200 anciens Constituants, 92 sont députés à la Convention, 84 dès le début de la session. Ce sont les personnalités les plus marquantes de la gauche de la Constituante. Treize anciens présidents de la Constituante sont élus membres de la Convention : Camus, Rabaut-Saint-Etienne, Siéyès, Lepeletier de Saint-Fargeau, Treilhard, Merlin de Douai, Chasset, Pétion, Grégoire, Reubell, Defermon, Vernier. Neuf d’entre eux présideront la Convention. Dans l’ensemble, les constituants comptent des personnalités de premier plan par leur sens politique, leur popularité et leur expérience.
Pour autant, les anciens constituants ne sont pas nécéssairement des révolutionnaires farouches. Politiquement, ils sont même plus modérés que la moyenne des députés. Par exemple, dans le procès du Roi, ils votent à 43% contre le sursis à l’éxécution, sursis que la Convention rejette par 55%.
Les constituants, qui font déjà figure d’anciens bien qu’ils ne soient en moyenne âgés que de 45 ans, ont un certain prestige. Pendant toute la session, ils font preuve d’un relatif esprit de corps. Au début, Lebas, jeune et néophyte député du Pas de Calais, se dit impressionné par tous les talents rassemblés à la Convention, et en particulier par ceux qui ont tenu tête à Louis XVI en 1789. Pendant la période montagnarde, en l’An II, on compte encore trois constituants au Comité de Salut Public et deux au Comité de Sûreté Générale. En l’An III, six ex-constituants siègent à la Commission des Onze qui élabore la Constitution du Directoire.
Dans le même temps, leur influence à la Convention est ambigüe. Tout ce qui a appartenu à l’Ancien Régime est suspect. Or beaucoup de Constituants ont pris des positions modérées qui les gênent à la Convention. Ainsi, le Girondin Salle est attaqué par Robespierre comme révisionniste le 28 décembre 1792 et Salle est obligé d’invoquer le témoignage d’autres ex-constituants comme Pétion, Barère, Merlin de Douai, Siéyès et Rabaut Saint-Etienne pour se disculper. De même, Siéyès défendait la dîme, Barère avait été président du Club modéré des Feuillants, Reubell avait lutté contre l’assimilation des Juifs.
Les Constituants, en tant que tels, font même l’objet d’un décret spécial le 5 octobre 1793. Le décret indique que les ex-constituants seront arrêtés s’ils ont voté ou agi dans un sens contre-révolutionnaire à la Constituante. Mais Robespierre fait rapporter le décret le soir même comme fauteur de guerre civile.
Ce passé au moins criticable, sinon suspect, en a incité beaucoup, comme Barère et Lepeletier, à se montrer plus ardents qu’ils ne l’auraient souhaité au fond. C’est ainsi que les membres de la Noblesse aux Etats-Généraux qui siègent à la Convention comme le Duc d’Orléans, Chateauneuf-Randon, Lepeletier, d’Aoust, se rangent parmi les Montagnards. D’autres ex-constituants tentent de se faire oublier et siègent dans un anonymat protecteur, comme Célestin Poulain, le marquis de Rochegude ou le marquis Mailly de Chateaurenaud. Reconnaissons qu’ils ont atteint leur objectif : l’Histoire n’a pas retenu leur nom.
Tous ces éléments, prestige et soupçon, amènent les ex-constituants à resserrer leurs rangs. En 1795, les ex-constituants Pémartin et Palasne-Champeaux proposent la liberté à l’ex-constituant Barère, emprisonné pour terrorisme. En échange, Barère doit accepter d’attaquer et de charger ses collègues du Comité de Salut Public, accusés comme lui, Billaud-Varenne et Collot d’Herbois. Barère refuse. C’est encore une brochette d’anciens constituants, Palasne-Champeaux, Dubois-Dubais, Durand-Maillane et Boissy d’Anglas, qui assure les conjurés Thermidoriens de la neutralité du Marais lors du complot du 9 Thermidor.

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