Mentalite
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Raison

GUADET

Autre trait dominant de la mentalité du député de base : le pouvoir du raisonnement. Les bienfaits de la Révolution sont si évidents que les Conventionnels croient aux seules vertus de la pédagogie pour convaincre les égarés et les récalcitrants. A l’origine, la Raison portée par la Parole doit amener tous les citoyens à l’amour de la liberté. Les Conventionnels veulent débattre, convaincre et triompher enfin par la fraternité. Dans cet esprit, leurs discours les plus remarquables sont imprimés et envoyés dans les départements pour former l’esprit public.
Cependant, des évènements têtus viennent contrecarrer ces visions angéliques. Le décalage entre rêve et réalité devient dramatique. L’incompréhension des députés est en effet lourde de conséquence. Pénétrés de l’idée que les lumières et la Raison progressent de manière ininterrompue, ils sont étonnés de voir leur politique bienfaitrice susciter dans toute la France tant d’oppositions sauvages et violentes. Pour eux, les rébellions sont inintelligibles. La révolte armée de Lyon les prend de court. Ils ne veulent et ne peuvent pas croire à sa rébellion. De même, la cruelle insurrection vendéenne est pour eux une aberration. Son caractère populaire est un défi au sens de l’histoire. En guise d’explication, on stimatise les manigances des agents de l’étranger au service des Bourbons. Barère exprime la pensée profonde de l’assemblée quand il déclare à la tribune, accablé et incrédule, qu’en dépit de tout, “l’inexplicable Vendée existe toujours.” Les députés aux abois lancent alors des décrets désespérés, inhumains, pour briser cette opposition absurde et pourtant si réelle. Ils tentent de détruire ce qu’ils ne comprennent pas. Le décret sur la révolte de Lyon précise : “La ville de Lyon sera détruite.” La Vendée est méticuleusement ratissée parce qu’aucune démarche rationnelle et progressive n’a donné de résultat.
Dès la Législative, le problème se pose de savoir si les ennemis de la liberté peuvent jouir de la liberté, si les armes du mal peuvent être utilisées au profit du bien, si la morale et la raison n’ont pas besoin d’une aide plus concrète et plus immédiate. Jean Debry avait proposé le 26 août 1792, de créer une compagnie de douze cents tueurs qui auraient eu pour seule mission de tuer les rois et chefs des armées ennemies. Mailhe avait soutenu le projet : “Il n’est rien qui ne paraisse juste pour soustraire un peuple à l’esclavage !” Vergniaud était parvenu à faire échouer le projet comme “immoral” et “injure au peuple français”.
Aussi, le débat n’est pas nouveau et permet de mieux comprendre l’esprit dans lequel sont rendus ces décrets irréalistes.Ils sont ambigüs parce qu’au fond, ils ne sont pas éxécutoires. Ces décrets terribles répondent au besoin de propagande, d’exaltation, de stimulation. La Convention lance l’idée de la foudre mais elle ne veut pas que la foudre atteigne son but, ou plutôt, elle ne veut pas en voir les dégâts. En plein paroxysme, elle se défoule par le discours et même Danton, pourtant si humain, se laisse aller :“Buvons le sang des ennemis de la liberté !” Drouet invoque la barbarie vengeresse :“Puisque notre modération et nos idées philantropiques ne nous ont servi de rien, soyons brigands pour le bonheur du peuple !”.
Mais la Convention n’entend pas que le mot entraîne la chose. Les pires violences décrètées à Paris doivent s’atténuer au contact des réalités. Certes, Collot d’Herbois à Lyon, Carrier à Nantes, appliquent les décrets de la Convention à la lettre. Mais cette lettre qui tue, ces décrets si violents, cette terreur officielle, la Convention, l’orage passé, ne les reconnaîtra pas.

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