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Le concours du pantalon baissé

01-VENDEMIAIRE

On connaît les concours de maillots mouillés. Le grand concours des pantalons baissés, pour être moins spectaculaire, n’en est pas moins fascinant. Sa dimension internationale en fait un objet d’étude incontournable, un « must ». Car on ne compte plus les candidats haut placés, partout dans le monde. Deux exemples.
En France, on déroule des tapis rouges de plus en plus épais pour attirer les Français de l’étranger déjà partis, ceux qui sont sur le point de partir, retenir ceux qui partent…. Que de cadeaux aux privilégiés en dix-huit mois. Disparition de l’ISF, que, par parenthèse, les « Gilets Jaunes » dénoncent comme le péché originel. Mais aussi instauration de la « flat tax» sur les revenus du capital ; la suppression de l’exit tax pour ceux qui vendent leur entreprise afin de s’installer à l’étranger ; gel des droits de succession malgré la pression de ministres et de députés. Pourquoi tant de générosité ?
Parce que d’autres pays baissent leurs taux et également leurs pantalons, nous dit-on. Ainsi dans une spirale descendante sans fin, les cadeaux s’accumulent et facilitent l’optimisation fiscale…. alors que rien ne prouve l’utilité collective de ces cadeaux.
C’est déjà baisser son pantalon bien bas. Mais dans le concours, Emmanuel Macron a trouvé plus fort et plus cynique que lui.
Monsieur Jamal Khashoggi nous a quittés le 2 Octobre dernier. Accident regrettable, il est malheureusement tombé sur une scie à os qui échappait des mains maladroites d’une quinzaine de paisibles touristes d’Arabie Saoudite. C’est jouer de malchance. Résultat, M. Khashoggi a abandonné le désormais fameux Consulat d’Istanbul, en plusieurs fois, façon puzzle.
Là, Donald Trump entre en scène. Il refuse de reconnaître la culpabilité de Mohamed Ben Salmane (MBS), malgré les preuves données par ses propres services de renseignement, CIA en tête. Que fait Trump ? Il veut conserver 400 milliards de dollars de contrat dont 135 d’armement avec l’Arabie Saoudite. Justification : si les USA bloquent les contrats, un autre, Russie ou Chine, prendra la place. Si Trump avait été président en 1940, il aurait signé des contrats avec Hitler sans plus d’états d’âme. Au concours du pantalon baissé, Donald, malgré ses rodomontades, a une belle tête de vainqueur.

Ce concours existait au temps de la Convention, mais dans le sens inverse. Pour l’anecdote, un certain 25 Septembre 1793, un Représentant en Mission présente un rapport sur son intervention dans Valenciennes assiégée par les Autrichiens. Content de lui, il dit sa fierté d’avoir protégé Valenciennes par une capitulation honorable obtenue après deux mois de siège et: « …si nous avons quitté cette ville trahie, c’était pour ne pas tomber vivants au pouvoir de l’ennemi. » Pour lui, pas de pantalon baissé, donc.
Oui, mais Robespierre exige plus, beaucoup plus: « Je vous le déclare, celui qui était à Valenciennes lorsque l’ennemi y est entré, n’est pas fait pour être membre du Comité de Salut Public. Ce membre ne répondra jamais à cette question : « Etes-vous mort ? » Si j’avais été à Valenciennes dans cette circonstance, je n’aurais jamais été en situation de vous faire un rapport sur les évènements du siège. » Intransigeance fanatique ?
Peut-être. Mais au moins, on est loin des pantalons baissés. Ces temps héroïques nous apprennent en outre qu’un excès de raideur peut affecter l’espérance de vie. On ne demande pas d’y revenir. La « realpolitik » proscrit un tel sens du sacrifice et de la dignité. Mais faut-il renoncer à la morale et à l’éthique ? Faut-il s’habituer à la bassesse et à l’hypocrisie? Espérons des politiques un sursaut de fierté. Le compromis honorable, oui ! Le pantalon aux chevilles, non !

L’INVASION DES PINOCCHIOS

PETION

La marionnette Pinocchio, en tant que telle, n’a aucune consistance. Elle ment, c’est tout. De nos jours, des responsables politiques en nombre croissant semblent s’en inspirer.
Quelques rappels :
Royaume Uni: un Nigel Farage, un Boris Johnson ont fait croire, à coups de promesses insensées et mensonges rassurants que le Brexit, le retour aux frontières étriquées d’avant l’Union Européenne, allait ouvrir un nouvel âge d’or pour les seuls Britanniques. Et ils s’esquivent ou démissionnent quand il s’agit d’assumer les conséquences de ce choix calamiteux.
Etats-Unis: on ne présente plus Donald Trump, VIP comme Vulgaire, Ignare, Paresseux. L’homme des fake news, des traités internationaux déchirés, des discours haineux, du flux incessant de déclarations contradictoires et mensongères. Un élément positif apparaît ? C’est grâce à son glorieux nombril ; dans tous les autres cas, des boucs émissaires choisis sont cause des déconvenues.
Italie: Matteo Salvini a promis sciemment l’intenable : une baisse des impôts couplée à une augmentation des dépenses publiques. Ainsi, l’Italie triomphera, seule, avec le gonflement de sa dette nationale, déjà démesurée, contre l’odieuse Europe de la Commission. Particularité du Pinocchio de la Ligue (ex du Nord): les mouches ont changé d’âne. Il y a peu, le mezzogiorno était la cause de tous les maux et vices de l’Italie. Mafieux, paresseux, parasite, le Sud de l’Italie justifiait un projet de scission du pays. Désormais, la Ligue trouve toute l’Italie sympathique, honnête et travailleuse. Les malheurs de l’Italie viennent de l’Europe, dont la dictature s’exerce à partir de Bruxelles.
Brésil : Dernier arrivé, Jair Bolsonaro, minable choisi parce qu’insipide, ou inversement. Elu sur la haine du Parti des Travailleurs, et l’apologie de la dictature, fantasmée en régime d’ordre bienfaiteur. Il se sait incompétent ; mais ses recettes et sa personnalité forment un copié-collé de celles de Donald Trump. Ici, cerise sur le gâteau, la caste militaire tient les ficelles de la marionnette.

La gangrène se répand. L’invasion se poursuit. Points communs entre les Pinocchios : exaltation d’un nationalisme étroit, désignation de boucs émissaires aux confins de la xénophopbie et du racisme, libéralisme à tout va, enrichissement des privilégiés, défaut de vision internationale, déni de réalité écologique, discours belliqueux ultra-agressifs, techniques modernes des fausses informations, complotisme.
Dans l’opposition, leur démagogie est criante. Au pouvoir, leurs responsabilités deviennent écrasantes. La déception inéluctable qui s’ensuivra promet des conflits mortifères. On n’attend rien des dictatures mais les démocraties méritent mieux. Constat inquiétant, l’invasion des Pinocchios tend à détruire la notion d’intérêt général. Or l’intérêt général devient celui du Globe: le XXIème siècle est le moment où la survie de l’espèce humaine passe nécessairement par une politique planétaire, transcendant les frontières.
Quel rapport avec la Convention Nationale, me direz-vous ? Aucun. Mais alors aucun. Quel contraste en effet entre les Pinocchios dont l’horizon s’arrête aux barbelés d’un enclos national et les hommes du XVIIIè siècle qui envisageaient une longue marche de tous les peuples vers une émancipation commune. Robespierre : «La famille du législateur français, c’est le genre humain tout entier. »

Histoires de Constitutions

COLLOT-DHERBOIS

On fête ces jours–ci le 60è anniversaire de la Constitution de la Vè République. Réformée 24 fois, elle mérite de l’être encore. Mais elle dure. A l’inverse, la première Constitution républicaine appliquée en France, la Constitution de l’An III, celle du Directoire, a duré quatre petites années. Et tout comme la Constitution de la IVè République, elle a été malmenée par l’Histoire. Les régimes forts qui leur ont succédé ont imposé une Histoire officielle biaisée.
Or curieusement, la Constitution de l’An III et la Constitution de la Vè République ont plusieurs points communs. Dans les deux cas, il y a urgence. Trois ans de tourmente révolutionnaire ont rendu la Convention impopulaire. La IVè République quant à elle ne parvient pas à en terminer avec la guerre d’Algérie. Il en résulte des processus étonnamment rapides. En 1795, la Constitution fait l’objet de débats du 23 Juin au 22 Août. Puis une consultation populaire vient légitimer la Constitution. Les résultats sont proclamés le 23 Septembre. En 1958, la Constitution est préparée entre le 12 Juin et le 4 Septembre. Le referendum du 28 Septembre la valide sans contestation. Trois mois.
Autre point commun : un nombre restreint de concepteurs. En 1795, une Commission de Onze membres, d’origines politiques diverses, jusqu’aux nostalgiques de la Monarchie (!) comme Boissy d’Anglas ou Lanjuinais, élaborent la Constitution républicaine. En 1958, au plus une dizaine de conseillers et hauts fonctionnaires, réunis dans un groupe de travail, dit de la place Vendôme. Là aussi, grande diversité : Debré, Janot, Mamert, plutôt gaullistes, Solal-Céligny, Chandernagor, plutôt socialistes.
Troisième parallèle possible : la nécessité de faire la paix. En 1795, une occasion historique se présente de conclure la paix avec les puissances encore en guerre, Autriche et Angleterre. Mais malgré l’épuisement, les pertes humaines, les destructions, les trahisons, la Constitution du Directoire entre en vigueur à l’aube d’une nouvelle et massive campagne militaire. Erreur tragique : la suite montre qu’il fallait à tout prix ramener les soldats et les généraux à la maison. En 1958, le Général de Gaulle a mieux mesuré la nécessité de la paix et, au prix du parjure, a liquidé la question algérienne.
Ici s’arrêtent les ressemblances. A l’opposé en effet, des différences fondamentales sautent aux yeux. Que manquait-il à la Constitution du Directoire pour atteindre les 60 ans ?
D’abord une assise parlementaire. Rappelons que, fin 1795, près d’une petite centaine de députés, la plupart très républicains, ont disparu de mort violente dans le tourbillon. Rappelons qu’une autre petite centaine de députés, républicains énergiques également, sont en état d’arrestation, inéligibles ou rejetés par leurs pairs. Bref le personnel parlementaire restant, largement discrédité, dépourvu d’allant, se détache en pratique de la République. Sauf exceptions, une espèce de résignation molle doublée d’opportunisme s’est répandue.
Ensuite, manque une assise populaire. La Constitution interdit de fait le suffrage universel. La menace royaliste s’en trouve renforcée par les urnes. Plus grave, face à ce péril, le pouvoir, fragilisé, accorde aux militaires un rôle croissant dans les affaires civiles. Pour sauver la Constitution, le pouvoir civil s’appuie de plus en plus sur les généraux. Au final, le Général Bonaparte, présenté à l’époque comme un recours, piègera les derniers démocrates.
En 1958, au contraire, la base du régime s’appuie sur une large alliance parlementaire qui englobe la majorité des socialistes et le résultat du referendum (Oui à près de 83%) consolide l’édifice. Cela dit, De Gaulle a réussi, lui, à mater les militaires et leurs tentatives de coups de force. Tout en préservant, pour l’essentiel, les libertés publiques. Point d’orgue de sa prise de pouvoir, sa réponse en conférence de presse : « Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ? » A qui pensait-il?

POT POURRI DE RENTREE

DUBOIS-CRANCE

Parmi les soucis du moment, on a l’embarras du choix. Survolons quelques actualités. A tout seigneur tout honneur : l’Eglise et le pape. Le vice-dieu ne sait pas où donner de la tête : au Chili, en Pennsylvanie, en Irlande, chaque jour apporte son lot d’écoeurement. Partout où le scandale éclate, la pédophile apparaît comme une pratique courante, presque une tradition. Vu l’ampleur, on suppose le scandale étouffé ailleurs par l’omerta ambiante. Sans aborder d’autres turpitudes comme la mise en esclavage des filles-mères, l’enlèvement de nouveau-nés, le soutien aux dictatures, l’homophobie, le pape doit aussi s’occuper du mouvement d’apostasies collectives en Argentine, là où l’avortement reste interdit grâce à l’Eglise … et au Sénat. Pape: un boulot tuant.
Autre sujet, les libérateurs et révolutionnaires décevants. Au Vénézuela, la sympathique aventure chaviste tourne au chaos. Maduro tangue et son pays avec. Au Zimbabwe déjà, Robert Mugabe, héros de l’indépendance, n’avait lâché un pouvoir devenu dictatorial que contraint, par l’âge surtout. Au Nicaragua, Daniel Ortega, chef révolutionnaire sandiniste qui a chassé l’atroce dictature de Somoza, roule désormais pour lui seul (et sa femme). Trop d’hommes qui ont vécu la tragédie des opprimés, passent de l’autre côté du miroir, traîtres à leur cause. Inquiétant.
Revenons en France. L’affaire Benalla a rempli le vide estival des medias jusqu’à saturation. Les oppositions stériles se sont gargarisé d’une prétendue affaire d’Etat. Elles se sont coalisées pour une motion de censure-défouloir, absurde et ridicule. En réalité, si les cafouillages gouvernementaux et l’erreur de casting originelle ne font pas débat, une seule chose émerge après l’effervescence : la réforme constitutionnelle est reportée sine die. Et cela, on le doit au Sénat, toujours habile pour préserver ses intérêts corporatistes, et à Benalla, à son insu.
Enfin, toujours en France, on cherche un ministre de l’Ecologie fiable et crédible : objet introuvable. Ainsi, Nicolas Hulot a du abandonner la fiabilité du faire-valoir docile. Il ne veut plus se mentir et espère un électrochoc, redevenant crédible. Selon lui, la politique suivie « n’est pas à la hauteur des enjeux ». C’est le fond du problème. Une croissance infinie dans un monde fini est impossible. Chacun le comprend (sauf Donald Trump). Si le productivisme n’est pas condamné, l’humanité le sera. Plastique, pesticides, déforestation, nucléaire, énergies fossiles, effet de serre, tout annonce donc des catastrophes inédites et, par suite, des révisions déchirantes du mode de production. Plus on tarde, plus ces révisions seront douloureuses.

Le point de vue de la Convention Nationale ? Sur l’Eglise, sa réponse avérée reste d’actualité : séparation des Eglises et de l’Etat, surveillance des prêches, incitation au mariage des prêtres.
Sur les traîtres à la cause (et à la patrie), le principe de la peine de mort était l’usage. Hélas, il faut reconnaître que, d’une part, les traîtres patentés comme les généraux en chefs La Fayette, Dumouriez et Pichegru sont passés au travers des mailles du filet et que, d’autre part, d’autres personnalités, subjectivement considérées comme traîtres, à tort ou à raison donc, ont payé à leur place. Exemple à manier prudemment…
Sur la réforme constitutionnelle : parmi d’autres particularités, la Convention a produit et adopté successivement deux constitutions. La première, dite de l’An I ou Montagnarde, ne prévoyait qu’une assemblée, plus propre à l’action. La Convention elle-même était une assemblée unique aux pouvoirs illimités. La deuxième constitution, dite de l’An III, voulue par l’alliance modérée, prévoyait une deuxième assemblée aux pouvoirs équivalents à la première. Napoléon en a fait le Sénat, avec l’adjectif bien choisi de « Conservateur ». (Voir mon blog Le Sénat…). Pas de changement depuis la création de ce boulet politique.
Sur la crise climatique enfin, la Convention n’en serait pas restée aux mesurettes, aux dérogations, aux interdictions avec sursis, aux louvoiements, aux courbettes devant les lobbys. Bien que confrontée à des défis et des dangers immenses, on lui a assez reproché son énergie révolutionnaire ! Un Conventionnel célèbre (Voir mon blog Panache) déclarait encore en 1813 devant un parterre d’officiers chamarrés en parlant de la France menacée : « Alors on verra si on la sauvera par des moyens anodins.» Pensait-il à la planète ? Non bien sûr, mais l’idée reste d’actualité: les « moyens anodins » ne sont « pas à la hauteur des enjeux. »

SE FÂCHER POUR SI PEU?

CHABOT

A l’heure où tant de sujets angoissants préoccupent les pouvoirs publics d’ici et d’ailleurs, il peut paraître déplacé de s’appesantir sur un débat d’apparence mineure. Prenons le risque.
Il s’agit d’une tribune parue dans le journal Le Monde en date du 30 Mai. Que demandent les signataires ? Que l’Article 34 de la Constitution fixe noir sur blanc des limites à la liberté d’entreprendre et au droit de propriété en vertu du bien commun. Sur un ton modéré et pédagogique, ils dénoncent les puissances privées qui dévorent la planète, qui échappent à l’impôt, qui se renforcent de l’exploitation des enfants, des atteintes au climat, du pillage irresponsable de ressources précieuses. En filigrane, sont visées notamment toutes les multinationales, qui se jouent des gouvernements et n’ont d’autre moteur que l’appétit des actionnaires et des dirigeants.
Bien, l’histoire pourrait s’arrêter là. On ne peut en effet que souscrire à cette noble démarche. Mais le 16 Juin, une réponse triplement absurde et haineuse vient assombrir la question. Parmi les signataires, les incontournables Michel Onfray, Pascal Bruckner et surtout Luc Ferry, jamais avares de paresse intellectuelle et de mauvaise foi.

D’abord, le souci du bien commun devient pour eux l’apologie de l’arbitraire, le creuset des pires arrière-pensées, violentes et marxistes. Avec eux, une démarche qui, semblait-il, devait recueillir un soutien unanime cache de noirs desseins. Bref, à partir de ce procès d’intention, les signataires considèrent la promotion du bien commun comme un danger !

Ensuite, la Révolution française est prise à partie. « On commence par le bien commun et on finit par le Comité de Salut Public. » disent-ils. Ils auraient pu prendre en compte les principes novateurs de l’époque toujours en vigueur tels que « la loi est l’expression de la volonté générale » ou « le but de la société est le bonheur commun ». Mais pas du tout: la Révolution ne leur apparaît que comme repoussoir.

Enfin, les signataires se trompent et développent un contresens historique inouï. Habituellement, pour dénigrer le Première République, il suffit de ressortir l’arsenal des mots et noms bien connus tels que Robespierre, terreur, guillotine, Fouquier-Tinville ou Tribunal Révolutionnaire. L’ignorance et la paresse font le reste.
Mais là, ils prennent pour cible le Comité de Salut Public, et visent évidemment la période où la composition du Comité est restée stable, la période dite du Grand Comité. Au risque de redites, rappelons que, sous sa houlette, une immense œuvre législative progressiste a été entreprise, à commencer par l’abolition de l’esclavage, oeuvre inspirée par des principes devenus fondateurs de toutes les démocraties modernes. En outre, ce Comité a su imposer la Première République à l’Europe entière. Il a soutenu un colossal effort de défense nationale. Billaud-Varenne a montré la voie à Gambetta, Clémenceau, De Gaulle, quand il s’est agi de défendre la patrie avec détermination, sans répit ni état d’âme.
Ce Grand Comité a payé le prix fort. Sur douze hommes, quatre ont donné leur vie, six sont morts à l’étranger, bannis et poursuivis par la haine des réacteurs de l’époque; deux seulement ont fini leurs jours en France, bravant l’ingratitude et l’humiliation.
Certes, son histoire est entachée d’abus de pouvoirs réels. Les Luc Ferry et consorts, et l’infinie cohorte de leurs prédécesseurs, cherchent à réduire la Révolution exclusivement à ce registre afin d’en faire un épouvantail, inlassablement, invariablement, depuis plus de deux siècles. Et depuis plus de deux siècles, ils veulent enraciner la caricature, perpétuer l’ignorance et pour y parvenir, ils usent et abusent de malhonnêteté intellectuelle.
Décidément, on peut se fâcher pour si peu. Georges Clémenceau a raison pour l’éternité, lui qui déclarait : « Nous ne laisserons pas salir la Révolution Française. » « Cette admirable Révolution, par qui nous sommes, n’est pas finie. »

ON A L’AIR FIN AVEC BACHAR

03-FRIMAIRE

On a été gentil avec Bachar El Assad. Mais Bachar est un méchant. Tortionnaire, massacreur, trafiquant, menteur : tout pour plaire. Le constat n’est pas récent mais à l’occasion d’une nouvelle attaque chimique le 7 Avril 2018 sur une population civile, et des bombardements qui s’ensuivent le 14, la France découvre que la distinction de Grand-Croix de la Légion d’Honneur lui a été décernée en 2001 par Jacques Chirac.
On aurait dû y penser plus tôt mais le pouvoir veut désormais lui retirer séance tenante. Une procédure est lancée dans ce sens le 16 Avril. Pour la France, le problème est réel. Le pouvoir est pris la main dans le sac des compromissions honteuses. Pour Bachar, la perte d’un ruban rouge est un non-évènement. L’homme qui écrase et asphyxie à tout va ne tremble pas pour si peu. Sans s’émouvoir, il donne la leçon à la France et lui rend sa distinction le 19 Avril, au motif que « la France est l’esclave des Etats-Unis ». On a l’air fin.

Mais Bachar n’est pas seul. D’autres membres étrangers de la Légion d’Honneur se concurrencent en ignominie. Cette Légion d’horreurs comprend – on a peine à le croire – Mussolini, Franco, Ceaucescu, Khadafi, Omar Bongo, Noriega, et d’autres, aujourd’hui disparus et, en conséquence, titulaires pour l’éternité. L’honneur a également été souillé dans d’autres affaires et la France a dû retirer les récompenses accordées à John Galliano pour antisémitisme, Lance Armstrong pour tricherie, Harvey Weinstein, le dernier, en Octobre 2017, pour abus sexuels. Tous les espoirs sont donc permis pour les titulaires en vie que sont Ben Ali, Ali Bongo, Vladimir Poutine.

Deux remarques s’imposent. D’une part, la sélection laisse à désirer. D’autre part, les hommages rendus aux vivants comportent leurs risques d’erreurs et de révisions déchirantes. Comment en est-on arrivé là ?
Petit rappel : la Noblesse est abolie par l’Assemblée Constituante le 19 Juin 1790 et les distinctions le 30 Juillet 1791. Sans surprise, le principe d’égalité s’applique. Arrive Bonaparte et la création de la Légion d’Honneur le 19 Mai 1802. L’institution et ses choix sont le fait du prince. Le fonctionnement napoléonien a été conservé jusqu’à aujourd’hui.
Cela dit, à l’époque, malgré la servilité ambiante, des oppositions se manifestent, parmi lesquelles celles de trois régicides, anciens présidents de la Convention Nationale, Théophile Berlier, Antoine Thibaudeau et l’illustre Lazare Carnot. Pour eux, c’est une question de principe : il est inconcevable d’établir une nouvelle aristocratie, prélude à la monarchie héréditaire…
Bon ; pour Berlier et Thibaudeau, l’opposition n’a qu’un temps. Confession ingénue de Berlier : « Singulière destinée! Je m’étais opposé à l’institution de la Légion d’honneur, et l’institution admise, je fus nommé commandant ; depuis, je m’étais opposé aux institutions héréditaires qui devaient amener la noblesse, et je fus nommé comte… »
Sur le risque d’erreurs d’attribution, un autre Conventionnel illustre, Marat, donne la solution. Au sujet d’un général vainqueur : « Je veux voir la fin de sa carrière avant de le féliciter » et, à propos de lui-même, alors au sommet de sa gloire : « J’invite les citoyens à attendre la fin de ma carrière pour décider. »

Que faire pour éviter les rétropédalages peu glorieux ? Que le mode de sélection soit transparent et, qu’au moins, la République sache attendre et patienter, avant de décorer des dirigeants étrangers potentiellement indignes. Pour l’admission au Panthéon (Voir mon blog « Du bon usage du Panthéon ».), une règle de prudence avait été adoptée en 1795 par la Convention. Vraiment dommage que Napoléon ait supprimé cette règle de sagesse. Bachar et les autres le remercient.

PAS DE QUOI RIRE

HERAULT-DE-SECHELLES

Un 1er Avril sombre cette année : le mois de Mars 2018 nous a offert un festival de bien tristes élections. En théorie, qui dit élection dit démocratie. Mais pour les dictateurs, qui dit élection dit maquillage de la dictature. Prorogation des mandats, pouvoir à vie, mascarade d’élections, vernis démocratique, c’est ce à quoi se sont consacré Xi Jin Ping en Chine le 11 Mars, Poutine en Russie le 18 Mars et enfin Al Sissi en Egypte le 29 Mars. Quel ennui pour eux de devoir organiser un scrutin qui nécessite un surcroît d’efforts en termes d’intimidation, de propagande, de menaces, de surveillance et de neutralisation d’opposants. Quelle fatigue ! Ce n’est pas tout. Les pauvres doivent surmonter les obstacles constitutionnels – maquillage oblige – qui peuvent se présenter.
Voyons la Chine. Depuis Mao, les Chinois se méfiaient du pouvoir à vie et limitaient à deux les mandats de cinq ans des timoniers successifs. Mais Xi a convaincu son peuple de la vétusté de cette disposition. Et l’Assemblée Nationale Populaire en lui offrant un deuxième mandat a supprimé cette épine.
En Russie, même problème. Le tout-puissant Poutine, déjà Président de 2000 à 2008 puis depuis 2012 ne voudra pas subir une nouvelle fois le ridicule des chaises musicales avec son premier ministre Medvedev, président-pantin de 2008 à 2012. Pour l’éviter, une seule solution : supprimer bientôt l’irritante limite à deux mandats de six ans consécutifs.
En Egypte, Al Sissi a moins d’ancienneté mais un avenir comparable. Réélu pour un deuxième mandat de quatre ans, il ne saurait se soustraire au sacrifice que ne tardera pas à lui réclamer l’Egypte, savoir le don de sa personne, bien sûr au service du peuple, sans limite de temps.
Deux conclusions au lieu d’une. D’une part, on ne peut éviter de citer Nicolas Sarkozy, que l’on croyait assagi : « Quels sont les grands leaders du monde aujourd’hui ? Le Président Xi, le Président Poutine (…) Comment peut-on avoir une vision à dix, quinze ou vingt ans, et en même temps avoir un rythme électoral aux Etats-Unis tous les quatre ans ? (…) Le Président Xi considère que deux mandats de cinq ans, dix ans, c’est pas assez (sic). Il a raison ! » Déprimant de constater qu’une fascination irresponsable gagne un ancien Président de la République Française.
D’autre part, un rappel historique et comparatif s’impose. En Russie, Poutine a laissé sept opposants se présenter tout en empêchant la candidature d’Alexeï Navalny, le seul qui pouvait lui faire un peu d’ombre. Habile, Poutine est réélu avec près de 77% des voix, score extrêmement confortable, évidemment suspect. Mais Poutine veut rester crédible. C’est l’objet de ce scrutin maîtrisé, pour lui, irréprochable.
Moins malin, Al Sissi atteindrait 96.9%. A force d’emprisonner, bannir, neutraliser par tous les moyens tous les candidats d’opposition potentiels, il s’est retrouvé seul ! Il lui a fallu solliciter un copain qui, gentiment, s’est présenté contre lui, tout en annonçant qu’il voterait Al Sissi !
Encore plus maladroit, Xi Jin Ping n’a laissé s’exprimer que six voix contestataires sur 2964 représentants à l’Assemblée Nationale Populaire, soit un pourcentage de 99.80% ! Il fallait oser.
Mais Napoléon Bonaparte a fait mieux. Le 7 Février 1800 il enterre de fait la République démocratique par un plébiscite approuvé à 99.93%. Il s’octroie le pouvoir à vie le 2 Août 1802 avec un plébiscite approuvé à seulement – un coup de mou sans doute – 99.77%. Mais il se reprend lors d’un troisième plébiscite le 2 Août 1804 qui le fait Empereur héréditaire avec 99.95% d’approbation. Ces chiffres-records signalent une dictature implacable qui accompagne une ambition démentielle jusqu’à la gigantesque catastrophe finale.
Mais en Mars 2018, les leçons du passé, les souffrances et désastres colossaux imputables aux dictatures de toutes époques, semblent oubliés. Pas de quoi rire.

DANGERS ET MERITES D’UNE GRANDE COALITION

GUADET

La question d’une Grande Coalition se pose, comme rempart au populisme, surtout en Allemagne et en Italie. En France, la situation se prêterait à un parallèle si Macron ne faisait pas une Grande Coalition à lui tout seul. Les deux bouts du camembert politique, populistes ou non, sont neutralisés pour quatre ans au moins. De La France Insoumise aux Républicains en passant par les Verts, le PS, le FN, les oppositions vont à vau l’eau.
Paysage différent en Allemagne : à l’extrême Droite, l’AfD. A droite de l’extrême Droite Pegida. A gauche, Die Linke et les Verts. Du centre droit au centre gauche, CDU-CSU (33%) et Sociaux-Démocrates (21%), sur le point de gouverner dans une Grande Coalition…. si les adhérents du SPD l’approuvent. Réponse le 4 Mars.
En Italie, à l’extrême Droite, la Ligue du Nord. A droite de l’extrême Droite Fratelli d’Italia. A Gauche, LEU. Ailleurs et isolé, le Mouvement Cinq Etoiles (30% !). Du centre droit au centre gauche, Forza Italia et le Parti Démocrate. Pour le moment, une Coalition entre ces derniers ne s’envisage même pas. Berlusconi (Forza Italia) a partie liée avec la Ligue du Nord et Fratelli d’Italia. Mais si la coalition de Droite (37%) n’atteint pas la majorité parlementaire, Forza Italia et le Parti Démocrate devront probablement négocier une Grande Coalition. Réponse le 4 Mars.
Et en France, sous la Convention, me direz-vous ? On le sait, la Convention a suivi un parcours politique erratique. Sur sa fin, avant l’heure et comme un pis-aller, s’est constituée une sorte de Grande Coalition. Les républicains modérés (Daunou, Chénier, La Révéllière-Lépeaux, etc) et les royalistes inavoués (Boissy d’Anglas, Lanjuinais, Pelet, etc) ont scellé un compromis historique de fait pour aboutir à un projet constitutionnel susceptible de satisfaire les deux composantes de cet ensemble, la Constitution de l’An III, adoptée le 22 Août 1795 (5 Fructidor An III). Il s’agissait d’établir à tout prix l’ordre public et de garantir les propriétés.
Qu’en est-il résulté à l’époque ? En cheminant ensemble, les uns et les autres ont donné naissance au régime du Directoire. Ils ont éliminé, en s’appuyant sur l’armée, les menaces violentes des royalistes nostalgiques de l’Ancien Régime, et les mouvements populaires subversifs comme celui de Babeuf.
Et puis la composante royaliste, déjà très puissante, a pris le pas démocratiquement sur les républicains lors des élections du 20 Mai 1797 (1er Prairial An V). La Constitution aurait permis une Restauration de la Monarchie… si le Directoire n’avait appelé l’armée à son secours, lors du Coup d’Etat du 4 Septembre 1797 (18 Fructidor An V). Et puis Bonaparte a écrasé les uns et acheté les autres deux ans plus tard.
Bref, cet exemple montre que le déséquilibre menace une Grande Coalition, au fil du temps. Si le centre de gravité se déplace trop, la coalition s’autodétruit. On veut croire que l’autre danger, la dictature militaire, n’est plus d’actualité.
Mais un autre danger, actuel, émerge : l’explosion de l’Europe politique. En Italie, Fratelli d’Italia, la Ligue du Nord, et même le Mouvement Cinq Etoiles ; en Allemagne, Pegida et l’AFD, et même les Libéraux du FDP, rivalisent d’europhobie. L’Europe, bouc émissaire, responsable de tous les maux, est attaquée.
Les Grandes Coalitions, solutions tactiques provisoires, ont certes le mérite, pour un temps, de barrer la route aux extrêmes, aujourd’hui en particulier xénophobes. Mais les partis extrêmistes, victimisés, ont beau jeu d’attribuer toutes les difficultés aux partis traditionnels, souvent depuis longtemps au pouvoir, à bout d’imagination et de proposition, voire simplement de courage.
Dans la durée, il en faut plus pour empêcher le retour des bêtes immondes.

SERVICE NATIONAL OU COLONIE DE VACANCES ?

01-VENDEMIAIRE

Supprimé par le Président Chirac sans véritable débat en 1996, à l’époque d’une durée d’un an, le Service National réapparaîtrait donc. Ce 31 Janvier, on devait en savoir plus sur une promesse ressuscitée du candidat Macron. Hélas, on apprend, dans la plus grande confusion, que la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale ne détaillera qu’ultérieurement le projet de Service National Universel. Ce Service devait s’inscrire dans la Loi de programmation militaire, pour les sept années qui viennent. A voir.

Dans une problématique voisine, l’action de la Convention Nationale peut encore alimenter la réflexion des pouvoirs publics.
D’abord un échec cinglant. Après un appel aux volontaires en 1792, une première levée de 300000 hommes est décrétée le 23 Février 1793. Seulement, le contingent réclamé néglige la démographie et se répartit inégalement sur le territoire. Les techniques honnies du tirage au sort et de l’achat de remplaçant restent usuelles. Résultat, de graves difficultés d’application, surtout évidemment en Bretagne et en Vendée, où éclate la guerre civile.
La levée en masse du 23 Août 1793, intitulé Décret qui détermine le mode de réquisition des citoyens français contre les ennemis de la France ne pâtit pas des mêmes tares.
« Art Ier : Dès ce moment, jusqu’à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat; les hommes mariés forgeront des armes et transporteront des subsistances; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, la haine des rois et l’unité de la République. »
Les articles suivants détaillent toutes les réquisitions d’armes, de chevaux, de salpêtre, de subsistances et autres, ainsi que l’organisation d’ensemble de cet immense effort sous le contrôle de « représentants en mission aux pouvoirs illimités. »
Bien sûr, on peut s’amuser des aspects attendrissants de ce décret. L’Article I surtout retient l’attention. Combien de vieillards impotents furent en réalité portés sur la place publique ? Dans leur état, avaient-ils la force d’exciter le courage des guerriers ? Les autres, les valides, se déplacèrent-ils par leurs propres moyens ? Etait-ce bien raisonnable ? Combien prêchèrent la haine des Rois ? Quel fut le public des valeureux orateurs ? Par ailleurs, les fermiers, tisserands, cordonniers, notaires, appelés soudain à forger des armes, ne risquaient-ils pas de graves accidents du travail ? Et à partir de quel volume de charpie, les enfants pouvaient-ils aller jouer?
Bref, dans ce décret fameux, cohabitent lyrisme et ridicule. Mais sa force est ailleurs : il fait appel à tous les Français. Plus d’inégalité, plus de tirage au sort, plus de privilège. Le décret fixe un terme : la libération du territoire. Et une règle ; Article VII : « Nul ne pourra se faire remplacer. » En outre, les gouvernants d’alors surent animer l’armée d’un sentiment nouveau : l’appartenance à une communauté nationale menacée. Les traditions et particularités des uns et des autres, régionales, culturelles, religieuses, sans disparaître, passèrent au second plan.
En quelques mois, l’armée nationale se retrouva en supériorité numérique sur tous les fronts. Ce surnombre et cette conviction ont permis, en définitive, la survie de la Première République.

Transposée à l’époque contemporaine, on sent bien que la question du sentiment d’appartenance à la communauté nationale redevient d’une brûlante actualité. Depuis une série d’attentats barbares commis par des Français, on ne peut pas s’empêcher de penser nation et patriotisme, accaparés trop longtemps par l’extrême droite.
Pour l’heure, on en sait donc peu sur ce Service National Universel. Il s’appuierait sur un financement « ad hoc », à déterminer donc, et, seule certitude, durera un mois. Son objectif serait de faciliter l’intégration, le vivre ensemble, « répondre à ce qui corrode au plus profond la cohésion de la Nation », former « le socle d’une solidarité nationale affermie ». Comment ne pas s’en féliciter? L’école montrant ses lacunes, quand et comment peut-on en effet mieux sensibiliser et intégrer les Français et Françaises de tous horizons que par une période de service national ?
En l’état, on peut craindre l’opération de communication sans lendemain ou un dispositif dérisoire et inopérant. Le flou entretenu avec le mot « Universel » permet d’éviter la question déterminante : volontaire ou obligatoire ? Même si le projet est sérieux, même s’il concerne tous les Français, en toute hypothèse, il ne faut pas espérer la panacée miraculeuse. Compte tenu de l’ampleur de la tâche et de l’ambition affichée, sa durée programmée d’un mois en limite d’avance singulièrement la portée.

MEMOIRE SELECTIVE EN CORSE

ISNARD

Ce 1er Janvier 2018, une nouvelle assemblée élue prend en mains les destinées de la Corse. La majorité vise l’indépendance à horizon dix ans. En attendant, elle revendique trois petites choses :
– Que les prisonniers politiques soient rapatriés en Corse
Seulement, voilà : qu’on qualifie de prisonniers politiques les assassins du Préfet Erignac, c’est un « anoblissement » difficile à concevoir. Cet assassinat, unique en son genre, émerge de la multitude des crimes imputables aux différentes fractions armées, toujours courageusement encagoulées, issues des mafias corses. Parler de « prisonniers politiques. », c’est le comble de l’impudence.
– Que la langue Corse devienne officielle
Seulement, voilà : la langue corse n’existe que comme un dialecte issu de l’Italien. D’ailleurs, la Corse a adopté l’Italien comme langue officielle pendant sa courte période d’indépendance au XVIIIè siècle. Et puis, de quoi se compose la culture corse, la littérature et les arts corses ? En dehors de Tino Rossi… En tous cas, que l’on doublonne une fois de plus la signalétique routière ; à la rigueur. Mais rendre officielle la « langue » corse ; très compliqué.
– Que les non-résidents ne puissent investir dans l’immobilier en Corse
Seulement, voilà : un blocage des investissements immobiliers de non-résidents serait absurde. Une telle discrimination ne s’appuie sur aucun fondement juridique. L’important ne porte pas sur la personne des propriétaires mais sur ce qu’ils font. L’intérêt des Corses réside dans le respect scrupuleux de la Loi Littoral et dans une gestion transparente des permis de construire, par tous, Corses ou non.

Le problème ne s’arrête pas là. Les revendications gagnent en légitimité quand elles s’appuient sur un historique étayé, et non pas fantasmé. Or, les indépendantistes ne cessent de glorifier Pascal Paoli comme héros de l’indépendance, au prétendu progressisme visionnaire, « père de la patrie ».
A tort.
Qu’a, en effet, réalisé le grand homme en 1793 et 1794 ?
Sa réputation le fait nommer Gouverneur de la Corse en 1792.
Déjà suspect, Paoli est appelé à Paris le 2 Avril 1793 pour s’expliquer. Paoli refuse poliment, parle de la France comme de sa patrie et, au même moment, par le biais d’une « Consulta » (assemblée de toutes les communes corses), constituée sur mesure en Mai 1793, il s’octroie tous les pouvoirs d’un dictateur. Il se fait nommer Généralissime (le même titre que Franco) et cherche à contrôler toute la Corse où débute une véritable guerre civile.
Déclaré traître à la patrie et mis hors-la-loi par la Convention, le 17 Juillet, Paoli soutient la trahison de Toulon que les royalistes locaux vendent aux Anglais. Paoli écrit le 25 Août 1793 à l’Amiral Hood et demande « la protection de Sa Majesté Britannique ». Son appel aux Anglais est entendu, leur corps expéditionnaire bienvenu.
Lors de la Consulta de Corte en Juin 1794, toujours à la botte de Paoli, avec la bénédiction de Sir Elliott, représentant de Georges III d’Angleterre, il n’est plus question de la patrie Corse : un royaume anglo-corse est créé!
Cette Consulta, interdite aux opposants républicains, soumet et vend la Corse à l’Angleterre. Les Corses deviennent sujets de Sa Majesté Britannique.
Paoli engage alors une politique de réaction et de ségrégation dans tous les domaines, exaltant l’Eglise et la Noblesse, supprimant le divorce et l’état-civil, politique assortie du dépouillement et de la proscription des républicains, avec assassinats et cruautés sans nom. Le dictateur ambitieux lorgne alors le trône de Vice-Roi de Corse… qui échoit finalement à Sir Elliott.
Car le traître est trahi. Le modèle du fier patriotisme corse s’est vendu pour un plat de lentilles : un portrait de Georges III, « entouré de brillants et suspendu à une chaîne en or », plus une pension annuelle. Sur ce, Sir Elliott, l’ami Anglais invité, devenu le patron de l’île, fait expulser le héros. Paoli quitte piteusement la Corse et débarque à Livourne le 20 Octobre 1794, en route pour Londres…

Les nationalistes Corses doivent mieux choisir leurs modèles. Qu’ils laissent de côté les Paoli ou les Bonaparte. Qu’ils honorent d’autres Corses, comme Jean-Charles Abbatucci, général républicain, commandant une division à l’Armée du Rhin, mort en combattant le 2 Décembre 1796, à l’âge de 26 ans et 17 jours ; ou Christophe Salicetti, député Montagnard à la Convention où, le premier, il dénonça Paoli et, envoyé en mission en Corse, risqua sa vie pour la République. C’est peu, sans doute, mais par rapport à Paoli…