Glaciation, Avril - Juillet 1794

Que tardons-nous à Prononcer ?

ISNARD

Pour les Indulgents qui tentent de s’opposer à l’arrestation de Danton, c’est le sauve-qui-peut. Legendre, Delmas et Tallien, se trouvent vite dangereusement isolés. Merlin de Thionville, Thuriot, Bourdon de l’Oise, les cousins Goupilleau, se taisent. Dans l’immédiat, pitoyables, ils pratiquent la surenchère et implorent leur pardon. Tallien préconise des mesures violentes que Robespierre repousse. Legendre et Bourdon de l’Oise dénoncent froidement “Danton et ses complices”. Quand le 7 avril, Barère demande le décret d’accusation contre le député Simond, l’ami d’Hérault de Séchelles, contre lequel il n’y a pas grand chose non plus, Legendre, encore livide, cherche à sauver sa peau en enterrant les autres :“Que tardons-nous à prononcer ?” A l’entendre, il n’y aurait même pas besoin d’entendre le rapport. Simond est condamné. Le même Legendre dénonce une lettre qu’il a reçue de son amie, la femme de Camille, Lucile Desmoulins. Du fond de sa prison, dévorée de chagrin, elle lui demande d’assassiner Robespierre. Bourdon de l’Oise a reçu la même lettre et commet la même bassesse. Ils craignent que le Comité de Sûreté Générale ait décacheté leur courrier pour les pièger. Lucile Desmoulins est condamnée.
Le même jour, Fouché, rescapé des Ultras, demande à présenter le rapport sur sa mission à Lyon. Bourdon de l’Oise s’y oppose et obtient le renvoi du rapport au Comité de Salut Public, non sans provoquer l’inquiétude de Fouché. Bourdon ne peut pas s’aplatir davantage. Mais quel autre moyen de s’attirer les bonnes grâces des puissants ?
Le lendemain 8 avril, Legendre, dénoncé comme royaliste par des lettres anonymes adressées au Comité de Sûreté Générale, demande instamment un rapport sur lui-même. Cependant, Merlin de Thionville, son ami Merlin, rembarre Legendre. Merlin, qui veut lui aussi se montrer docile, exalte les mérites du Comité de Sûreté Générale qui, selon lui, sait ce qu’il a à faire. Le Comité de Sûreté Générale condescend néanmoins à préciser qu’il n’y a pas de décret d’arrestation contre Legendre, qui, ce jour-là encore, déglutit difficilement.
Le 10 avril, Fouché obtient l’aval du Comité, auquel appartient son ami Collot d’Herbois, sur sa mission à Lyon. Pourtant, au même moment, son autre ami, Chaumette, ancien Procureur de la Commune de Paris, est accusé par le Tribunal Révolutionnaire d’avoir voulu fonder le gouvernement sur l’athéisme”. Fouché, qui a proclamé que “la mort est un sommeil éternel”, passe une nuit blanche.
Le 11 avril, Bourdon de l’Oise chante les louanges du Gouvernement Révolutionnaire et des Comités. Mais sa bonne foi ne trompe personne. Le 15, quand Saint-Just propose une réorganisation de la police, Bourdon de l’Oise l’approuve très chaleureusement. Trop. Couthon lui impose sèchement silence. Le lendemain, Legendre, en plein délire répressif, réclame le refus en bloc des congés de députés. Le 18, Merlin de Thionville et Legendre soutiennent pompeusement le Comité de Sûreté Générale. Ainsi, les Indulgents rescapés retournent leur veste précipitamment pour écarter le danger. Ils se rachètent et se rassurent. Puis, révolutionnaires vidés, zombies méconnaissables, ils attendent, se renforcent, se regroupent, dans l’ombre.

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