Girondins Discrédités, Janvier - Mai 1793

Un ennemi de plus pour la France

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Le décalage, qui s’accroît entre le rêve girondin de croisade républicaine et la réalité militaire, devient tel que la Convention paraît déconnectée du reste du monde. Le rêve Girondin, partagé encore par l’immense majorité des députés, se traduit par de nouvelles annexions. En février et mars 1793, successivement, morceau par morceau, toute la Belgique, une partie du Palatinat, le Porrentruy, Monaco, sont incorporés dans la République. Le 1er février, la Convention déclare la guerre à la Hollande et à l’Angleterre. Le 14 février, Carnot réclame les limites naturelles du Rhin, des Alpes et des Pyrenées. Dans le même temps, Dumouriez envahit la Hollande. Le 28 février est votée une levée de 300 000 hommes sans préciser les modalités de la levée. La Convention est en pleine mythomanie.

Après la mort du roi, les Girondins, seulement conscients de leur perte d’influence, tentent d’y remédier par plusieurs manoeuvres, toutes vaines. Le Comité de Constitution, composé de Girondins, précipite la présentation du projet de Constitution afin d’obtenir l’accord de l’assemblée, la ratification par le peuple et la convocation d’une nouvelle assemblée. Mais, le 16 février, le projet de Condorcet est froidement accueilli. Il sera rééxaminé. Pour la Convention, le vote d’une constitution est prématuré. L’heure n’est pas aux spéculations philosophiques. De plus, les députés réalistes sentent que la mise en vigueur d’une constitution doit s’accompagner de circonstances favorables. Elle suppose que la guerre soit terminée ou proche de l’être. Ils ne veulent pas faire comme la Constituante, constituer et disparaître, ou comme la Législative après le 10 Août, convoquer une nouvelle assemblée en se déchargeant sur elle des responsabilités. Les Montagnards font partager à l’assemblée l’idée que les Conventionnels sont là pour longtemps. Echec des Girondins.

Le 25 février, ont lieu à Paris des pillages de boutiques que Marat avait annoncés. Le lendemain, les Girondins Salles et Pénières, qui cherchent à profiter de l’occasion, réclament le décret d’accusation contre Marat pour incitation au pillage.Boyer-Fonfrède et Buzot, plus clairvoyants, sont obligés de contrer leurs amis :“Je dis que le décret d’accusation est impolitique et dangereux ; impolitique parce qu’à la faveur de la liberté illimitée de la presse, Marat serait acquitté de toute accusation ; dangereux parce qu’il donnerait de l’importance à un homme qui n’agit pas par lui-même, mais qui est l’instrument d’hommes pervers”. D’autres girondins y vont de leur proposition personnelle. Boileau réclame l’appel nominal, Carra demande le renvoi de l’affaire au Comité de Législation. Finalement, Tallien sauve Marat en faisant valoir son inviolabilité de représentant du peuple. Nouvel échec des Girondins.

Le 5 mars, pour la première fois, les nouvelles de l’armée sont préoccupantes. Les Fédérés, qui devaient former la garde départementale de la Convention chère aux Girondins, sont envoyés aux frontières à la demande du Montagnard Choudieu.Lanjuinais, Barbaroux et Buzot s’y opposent alors que Boyer-Fonfrède y est favorable. Finalement, l’envoi est décrèté. Troisième échec.

Or, la situation s’aggrave rapidement. Les défaites s’annoncent. Le 1er mars, les Autrichiens envahissent la Belgique, le 2, défaites françaises sur la Roer et à Aix La chapelle, le 3, défaite de Liège. Pendant ce temps, Dumouriez s’éloigne toujours plus vers le Nord et à Paris, la Convention continue de décrèter des annexions comme si de rien n’était. Le sommet de cette mythomanie est sans doute atteint le 7 mars 1793. Ce jour-là, Barère obtient la déclaration de guerre à l’Espagne, en déclarant notamment, comble de l’absurdité : “Citoyens, un ennemi de plus pour la France n’est qu’un triomphe de plus pour la liberté !”

Dès le lendemain, la Convention est obligée de regarder la réalité en face. Danton de retour de Belgique, décrit la situation et annonce les désastres. L’assemblée, à regret, semble peu à peu se réveiller d’un profond sommeil. Encore engourdie, elle annexe des territoires que les armées françaises n’occupent même plus ! Puis le rythme et la dimension des catastrophes augmentent. Le 9, défaite de Maestricht, le 10, insurrection de la Vendée, le 18, défaite cinglante de Neerwinden, le 21, défaite de Louvain, le 28, défaite de Custine sur le Rhin. Le 30 mars, pour la dernière fois, la Convention s’accroche à son rêve et annexe les villes de la rive gauche du Rhin, qui sont déjà évacuées ou assiègées !

Dans le même temps, la situation s’est sensiblement déteriorée à Paris. Une fermentation menaçante gagne les sections. On y tient des propos critiques contre les députés qui ont voté l’appel au peuple, les appelants. Gorsas, journaliste et député, est attaqué par des émeutiers, ses presses détruites. Le 10 mars, Gamon, Royaliste, dénonce les tribunes, composées d’hommes qui doivent massacrer une partie de la Convention. De fait, les troubles ont augmenté dans certaines sections. Dumouriez le général en chef, Roland l’ancien ministre de l’Intérieur, et les députés Brissot, Gensonné, Guadet, Pétion, Barbaroux, Louvet, y sont déclarés traîtres à la patrie. Le Club des Cordeliers approuve cette adresse. Aux Jacobins, l’arrestation des appelants est réclamée. D’autres extrêmistes réclament la tête des Brissotins.Les ministres sont physiquement menacés.Celui de la Guerre, l’ami des Girondins, Beurnonville, est assiègé dans son hôtel. Les chefs de l’agitation se réunissent au Club des Cordeliers.

A ce stade de confusion, les Girondins peuvent canaliser les réactions prévisibles d’indignation vers des mesures positives, dont ils auraient le mérite et le privilège de l’application. Mais les Girondins manquent d’opportunisme et ne saisissent pas les occasions décisives. Les agitations parisiennes leur donnent toute latitude pour proposer des mesures de salut public avant de se les voir imposer par leurs adversaires parisiens, d’autant que les Montagnards sont affaiblis tactiquement par le départ de 82 des leurs en mission. Les Montagnards, traités de désorganisateurs et débordés sur leur gauche, vont au contraire habilement retourner une situation difficile. Aux Jacobins, le Montagnard Dubois-Crancé bloque les adresses anti-girondines. A la Convention,Robespierre demande la réunion des pouvoirs dispersés. Buzot crie au despotisme au lieu de profiter de l’élan des Montagnards.
Alors que l’émeute est dans la rue, que l’anarchie risque de tout emporter, les Girondins refusent d’envisager le renforcement du pouvoir central. Danton rappelle les députés fatigués qui sortent, pour qu’ils organisent séance tenante le Tribunal Révolutionnaire. Dans la foulée, la Convention établit une taxe sur les riches et abolit définitivement la contrainte par corps. Les Girondins se disent menacés, horrifiés et quittent la séance. Le soir, les bancs des Girondins sont vides. Des Montagnards, qui veulent officialiser leur désertion, demandent l’appel nominal.Mais, et c’est là leur seul succès tactique dans ces journées, les quelques girondins présents, Larévéllière, Vergniaud, Rabaut Saint-Etienne, appuient cette demande : l’appel renforcerait l’accusation de dictature à l’encontre des Montagnards, qui sont contraints de retirer leur propre demande.

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