Les Journées de Thermidor, Fin Juillet 1794

7 Thermidor An II – 25 Juillet 1794 : Puisque personne n’élève la Voix contre moi

11-THERMIDOR

La séance s’ouvre sur une adresse des Jacobins aussi vague que préoccupante. Puis, Dubois-Crancé monte à la tribune. Edmond-Louis-Alexis Dubois-Crancé est un organisateur militaire de premier ordre. Sa notoriété, sa compétence en matière militaire, l’estime dont il jouit auprès de ses collègues depuis la Constituante, en font un des hommes forts de la Convention, où il a été choisi par quatre départements. Premier élu au Comité de Défense Générale en mars 1793, président du puissant Comité Militaire, il est l’auteur des lois qui ont fondé l’armée républicaine, aujourd’hui crainte et respectée de toute l’Europe. Pourtant, exclu des Jacobins le 11 juillet, il vient d’être rappelé de mission à Paris. Couthon, responsable du rappel, a déjà voulu le faire arrêter sans succès en octobre 1793 au sujet des lenteurs du siège de Lyon. De plus, Couthon a peu apprécié la candidature opportuniste de Dubois-crancé au Comité en décembre 1793.
Dubois-Crancé, arrivé la veille de Saint-Malo, est aujourd’hui très menacé. Son tempérament le porte à prendre une initiative à la fois audacieuse et complètement isolée. Il préfère sûrement se manifester devant la Convention plutôt que d’être traduit directement devant le Tribunal Révolutionnaire. C’est la technique qu’avait utilisée avec succès Collot d’Herbois le 21 décembre. La fatale passivité de Danton est présente à tous les esprits. Dubois-Crancé ne se laissera pas arrêter, comme Danton, chez lui, à l’aube.
Devant la Convention, Dubois-Crancé se prétend calomnié sur les opérations qu’il a menées à Lyon, dont pourtant l’adresse des Jacobins n’a pas dit un mot. Dans son intervention, il est sur la défensive et adopte un ton mesuré. Il cherche la conciliation et un débat au grand jour. “Robespierre a été trompé : il m’a dénoncé comme un traître … Je n’accuse personne … Robespierre lui-même reconnaitra bientot son erreur.” Dubois-Crancé, qui réclame un rapport du Comité de Salut Public dans les 24 heures, sollicite, implore presque, l’intervention de ses collègues.Mais seul un silence glacial lui répond …. “Puisque personne n’élève la voix contre moi …”
Finalement, la Convention décrète que le Comité devra rendre un rapport sous trois jours. Dubois-Crancé, qui cherche à sortir l’assemblée de sa torpeur et de sa routine, a lieu d’être satisfait de cette décision. Mais son plaidoyer tombe à plat. La discussion ne s’engage pas. La Convention attend la sanction du Comité. Ni attaqué, ni défendu, sans aucun soutien, Dubois-Crancé oblige cependant Robespierre à une explication devant la Convention. Il évite ainsi la traduction immédiate devant le Tribunal Révolutionnaire dans la mesure où le Comité doit tenir compte du décret de la Convention. Dubois-Crancé a une chance de sauver sa vie. Pour le moment, son initiative désespérée est indépendante du complot.
Dans la suite de la séance, un autre évènement vient accidentellement changer les états d’esprit. Barère présente un rapport au nom du Comité de Salut Public sur la situation militaire de la République. Fin, brillant, intelligent, talentueux, spirituel, mondain, courtois, éloquent, Bertrand Barère de Vieuzac est un homme facile à tous égards et un habitué de la tribune. Conciliateur né, il met au service des compromis sa phénoménale capacité de synthèse. Du point de vue des Montagnards, il a un passé douteux de Feuillant et de modéré mais Barère a joué un rôle majeur dans la mort de Louis XVI. Premier élu du premier Comité de Salut Public, il a été l’idole de la Convention. Sa popularité aurait été immense dans une assemblée paisible. Mais, parfois léger sur des sujets brûlants, l’orateur infatigable du Comité de Salut Public n’est plus tout à fait pris au sérieux. Robespierre l’a défendu plusieurs fois contre les Montagnards “de souche”. Depuis, Barère est proche de l’Incorruptible. Mais dans les temps troublés, Barère n’est pas fiable et préfère louvoyer le plus possible pour éviter l’affrontement.
Aujourd’hui, Barère compare la situation de la République au 31 mai 1793 et au 7 Thermidor An II, soit pendant les quatorze mois de domination Montagnarde. Comme à son habitude, il trouve des accents lyriques et entraînants pour exalter la fière bravoure des Républicains. Il passe en revue les Armées, entreprend l’historique des victoires et l’éloge de l’unité des Comités. En substance, la République triomphe. Selon Barère, tout va pour le mieux. Seulement, cette réussite militaire contraste tellement avec la rigueur du climat politique que beaucoup de députés en déduisent que la détente est possible et que les hommes qui ont accompli le redressement ne sont plus indispensables. Il semble que Barère n’ait pas eu là sa finesse accoutumée. Robespierre comprend sûrement mieux les inductions de ce discours.

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