Politique
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Urgence

05-PLUVIOSE

S’il faut d’un seul mot décrire la marche de la Convention, le mot “urgence” s’impose. La Convention avance chaque jour sous la pression tumultueuse d’évènements décisifs, d’impératifs absolus, de nécessités critiques. Ses principaux acteurs semblent avoir été conscients de la brièveté de leur rôle. Dès sa première séance, Collot d’Herbois donne le ton: “Il est une question que vous ne pouvez remettre à demain, que vous ne pouvez remettre à ce soir, que vous ne pouvez différer un seul instant (!) sans être infidèles au voeu de la nation: c’est l’abolition de la royauté.”

Plus tard, dans la séance du 5 septembre 1793, si caractéristique de cette perpétuelle atmosphère de stress, les orateurs successifs se réfèrent tous au temps perdu. Ce jour-là, l’assemblée est envahie de sans-culottes patibulaires qui réclament des « subsistances » à grands renforts de piques et de cris. Pour en obtenir, ils demandent aussi qu’on ne fasse « plus de quartier, plus de miséricorde aux traîtres ». Robespierre, qui préside, leur répond brièvement et les invite aux honneurs de la séance.

Mais les cris redoublent. Billaud-Varenne intervient: « Il est temps enfin, et plus que temps, de fixer le sort de la Révolution … Je demande séance tenante (!) que le ministre nous présente le mode d’organisation de l’Armée Révolutionnaire (qui doit rechercher les traîtres)… Si les révolutions traînent en longueur, c’est parce que les révolutionnaires ne prennent jamais que des demi-mesures! »

Saint-André parle alors des mesures méditées par le Comité de Salut Public, dont il est membre. Drouet, l’homme qui reconnut Louis XVI en fuite, l’interrompt: « Il faut les décrèter sur-le-champ! » Saint-André reprend: « Le rapporteur va paraître dans une heure. » Billaud-Varenne l’interrompt encore: »Le temps des délibérations est passé. Il faut agir! » Saint-André n’a pas le temps de reprendre la parole. Gaston intervient: « Il n’est plus temps de temporiser! »

Finalement, Danton obtient le vote d’une série de mesures révolutionnaires. Ce jour-là, la Terreur est mise à l’ordre du jour et quelques semaines plus tard, l’article 6 du décret instituant le Gouvernement Révolutionnaire stipule: »L’inertie du gouvernement étant la cause des revers, les délais pour l’éxécution des lois et des mesures de salut public seront fixées; la violation des délais sera punie comme un attentat à la liberté. »

Ce genre de situation haletante se répète souvent dans l’Histoire de la Convention. Il faut toujours avoir à l’esprit cette contrainte obsédante: avant tout, le temps lui manque. Travailler au salut du peuple dans cette ambiance n’est pas un mince prodige.

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