Glaciation, Avril - Juillet 1794

Se bruler la Cervelle

SAINT-MARTIN-VALOGNE

L’été arrive. Dans la salle surchauffée, il faut se faire violence pour ne pas somnoler. Pourtant, la Convention va se réveiller pour quelques séances haletantes, comme elle n’en connaît plus depuis longtemps.
Robespierre préside la Convention. Il a guidé la marche de l’assemblée pendant la fête de l’Etre Suprême, le 8 juin.Cette fête, instaurée par la loi qu’il a fait voter le 7 mai, est peu du goût des députés. Soit désaccord avec l’esprit de cette loi qui décrète l’existence de Dieu, soit inquiétude légitime devant l’ascendant moral de Robespierre, des députés Montagnards ont osé crié “A bas le dictateur”.
Le 10 juin, Couthon, au nom du Comité de Salut Public, présente le fameux projet du 22 Prairial. Cette loi extravagante supprime toutes les garanties des accusés et laisse entendre que le Comité s’arroge le droit de décrèter n’importe quel député d’accusation sans l’accord de la Convention. La Loi apporte un surcroit de rigueur alors que tout annonce que la République est définitivement hors de danger. Les députés inquiets se passent la main dans le cou pour se rassurer.
Cette loi est d’ailleurs politiquement incompréhensible. Il semble que deux tentatives d’assassinat les 20 et 23 mai sur Collot d’Herbois et Robespierre aient amené le Comité de Salut Public à surestimer le danger de contre-révolution. La loi vise peut-être aussi les restes des factions Indulgente et Ultra, qui se sont déjà timidement manifestées contre le Comité le 3 juin, ou encore les représentants en mission rappelés pour excès de terreur ou de corruption. Robespierre aurait voulu abattre une nouvelle faction sans craindre cette fois, un retournement de situation, comme lors du procès de Danton.
Quoi qu’il en soit, à la fin de la lecture, qui laisse l’assemblée interdite, se place un incident significatif. Le député Ruamps, pourtant proche du Comité, s’écrie :“Si cette loi passe sans ajournement, il n’y a plus qu’à se brûler la cervelle !” Et les Indulgents Lecointre, Bourdon de l’Oise, Tallien, en profitent pour réclamer l’ajournement. Robespierre, sans doute excédé de retrouver en face de lui les mêmes Indulgents qu’il croyait avoir éliminés, descend du fauteuil présidentiel pour prendre la parole. Il réclame au contraire la discussion immédiate. Bourdon de l’Oise, qui a retrouvé sa combativité, s’y oppose encore. Robespierre répond d’une phrase révélatrice :“Depuis longtemps, la Convention Nationale discute et décrète sur-le-champ parce qu’elle n’est plus sous l’empire des factions.” Silence pesant. Finalement, le projet de Couthon est adopté et Couthon en profite pour obtenir le renouvelement sans discussion des pouvoirs du Comité.

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