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L’oxymore du pape progressiste


GUADET

Nouvel oxymore à la mode, la presse en général exalte la personnalité du pape François et son prétendu progressisme. Cette pression médiatique se heurte à la réalité à deux niveaux, celui de l’individu pape et celui de l’institution Eglise Catholique.

A propos du pape, on ne peut que s’interroger sur sa conduite sous la sanguinaire dictature militaire du Général Videla en Argentine dans les années 1976-1983. Ses convictions progressistes ne l’ont en tous cas pas amené à lutter franchement contre la dictature, à l’inverse de nombre de ses collègues emprisonnés, torturés, assassinés parce qu’ils s’étaient engagés dans la théologie de la Libération. Son comportement douteux a donné lieu à des accusations de complicité avec la Junte militaire mais ces scandales ont été étouffés par le Vatican. En tous cas, le futur pape a su louvoyer et conserver ses privilèges de prélat installé : recteur de collège et d’université, professeur de théologie, provincial des Jésuites… On lui prête le mérite de n’avoir pas dénoncé des ecclésiastiques menacés. C’est bien le moins.

Plus récemment, ses interventions à la suite de la tuerie de « Charlie Hebdo » devraient avoir permis de cerner le personnage. Pour mémoire, il condamne les attentats : « Tuer au nom de Dieu est une aberration. » mais il fixe des limites à la liberté d’expression sur un ton trivial qui dépare avec la gravité du sujet : « Si un grand ami dit du mal de ma mère, il doit s’attendre à recevoir un coup de poing ! » Notons au passage qu’il assimile abusivement le personnage de la mère à celui d’un prophète quelconque et qu’il justifie la violence et la vengeance. Comme il a par ailleurs dénoncé « des gens qui provoquent » et « l’héritage des Lumières », il donne un formidable encouragement aux tenants de tous les intégrismes cléricaux, encouragement cristallisé dans le fameux « Ils l’ont bien mérité ! » si répandu dans le public.

Cela dit, même si un pape irréprochable était élu, pourrait-il réformer l’Eglise ? Sans même parler du mode de recrutement de la hiérarchie catholique, on peut en douter dans la mesure où jamais l’Eglise, en tant qu’institution, ne s’est remise en cause. Ainsi, le pape actuel peut-il condamner la Saint Barthélémy sans critiquer le comportement de l’Eglise de l’époque. Ainsi en est-il de tous les conflits que l’Eglise a encouragés, attisés, voire fomentés. Ainsi en est-il également de toutes les positions rétrogrades adoptées par l’Eglise, comme la condamnation de la pilule contraceptive par Paul VI.

Pendant la Révolution, le Pape Pie VI a pris position dès le 13 Septembre 1789 puis le 29 Mars 1790 contre la Déclaration des Droits de l’Homme. Il proteste également, préoccupations bien matérielles, d’une part, contre l’annexion du Comtat Venaissin et d’Avignon par la France, d’autre part contre la nationalisation des biens du Clergé. Surtout, il lance l’anathème contre les auteurs de la Constitution Civile du clergé. Le pape demande à Louis XVI le 10 Juillet 1790 de ne pas la valider. Pie VI fait connaître sa position officielle par les brefs Quod aliquantum du 10 Mars 1791 et Caritas du 13 Avril 1791. Pour le pape, la Constitution Civile du Clergé est sacrilège et schismatique. La position du pape, relayée, enflée, déformée, stimule les préjugés et transforme une masse de prêtres réfractaires en une armée d’incendiaires. Dans la guerre civile qui s’ensuit sous la Convention à partir de Mars 1793, la hiérarchie catholique réfractaire récompense les pires atrocités commises contre les républicains, au nom de Dieu et du Roi, par la promesse de la vie éternelle. On chercherait en vain une condamnation ultérieure de ces comportements criminels.

De nos jours, les papes se gargarisent de la défense des Droits de l’Homme ou de la Liberté d’Expression et tentent de se les approprier. Mais on n’entend jamais d’autocritique sur les innombrables violences suscitées par l’Eglise quand elle s’est opposée à ces progrès (diabolisation des auteurs de la Déclaration des Droits, mise à l’index d’innombrables ouvrages considérés comme subversifs). C’est bien là qu’un pape véritablement progressiste est impossible. D’abord, le dogme de l’Infaillibilité papale veille et, plus généralement, la masse de la hiérarchie de l’Eglise Catholique, fruit autoproclamé de la volonté divine, ne peut admettre s’être trompée.

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