Le Sang des Députés
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Morts

GREGOIRE

La Convention laisse beaucoup de ses membres en cours de route. Trente huit députés ont donc démissionné. Quatre députés ont été livrés par Dumouriez aux Autrichiens : Camus, Lamarque, Quinette et Bancal des Issarts. Un cinquième a été fait prisonnier les armes à la main : le fameux Drouet. Cent-vingt six députés ont été emprisonnés ou sont recherchés sur l’ordre de la Convention. Pour combler les vides, la Convention appelle des suppléants par dizaines. Cent six députés meurent pendant la session : vingt six de mort naturelle et quatre vingts de mort violente.
Le nombre de 26 morts naturelles pendant la session s’explique en partie par l’excès de fatigues, les tensions et même les mauvais traitements. D’ailleurs, deux députés, Gillet et Palasne-Champeaux, meurent quelques jours après la clôture de la session, comme épuisés d’avoir atteint la rive.
Quatre députés meurent des suites d’emprisonnements. Doublet est un paisible cultivateur. Arrêté pour avoir protesté contre l’arrestation des chefs girondins, il ne supporte pas la prison plus de sept semaines. Il y meurt de chagrin. Beauvais de Préau, médecin et savant réputé, est en mission à Toulon quand la ville se révolte contre la Convention, en juillet 1793. Député montagnard, il est arrêté par les rebelles royalistes. Il subit toutes sortes d’humiliations et est jeté dans un cachot à l’arrivée des Anglais. Sans feu, au pain et à l’eau, il survit jusqu’à la libération de la ville par les Républicains, cinq mois plus tard. Mais, atteint de paralysie, il meurt peu après. Sautayra, montagnard également, est un entrepreneur de travaux publics respecté. Il se porte volontaire pour une mission à Lyon, afin de ramener la ville dans la voie républicaine. Mais il est aussi arrêté par les rebelles royalistes. Relâché quinze jours plus tard, il a été tellement malmené qu’il meurt deux mois après. Enfin, la fin la plus misérable est celle du député Perrin de l’Aube. Commerçant libéral, il est accusé de s’être enrichi au dépens de la République. C’est une pure invention de son suppléant David-Delisle, un protégé de Robespierre, qui convoite le siège de Perrin à la Convention. Au Tribunal Révolutionnaire, sans avoir pu se défendre et sans aucune preuve, le représentant du peuple Perrin est condamné en douze minutes à douze ans de bagne. Cette injustice s’explique par la présence de David-Delisle comme juré au Tribunal. Perrin est embarqué comme forçat sur une galère et meurt de chagrin et d’épuisement trois mois plus tard. C’est le seul député victime d’une machination interessée. Les autres Conventionnels, au moins, ne sont pas morts pour le profit d’un individu. Qu’un député devienne galérien après avoir jugé un roi, donne à méditer sur la grandeur et la décadence des hommes politiques sous la Première République !
La Convention est sinistrement connue par l’image forte d’un flot ininterrompu de sang, d’autant plus que les trois “vedettes” connues du grand public, Danton, Marat et Robespierre, ont quitté la Convention de cette manière brutale et spectaculaire. Cependant, surtout dans une matière si sensible, si affective, il convient de cerner la réalité de près. Sur 749 députés d’origine, soixante ont été guillotinés, treize se sont suicidés et sept ont été tués pour des raisons diverses.Exactement 69 Conventionnels ont été guillotinés ou se sont suicidés pour éviter l’échafaud. Les 11 autres morts violentes sont 4 suicides, 2 assassinats, 2 morts au combat, 1 accident et 2 lynchages. Quatre vingt morts violentes ! Si le taux de mortalité avait été connu d’avance des parlementaires, nul doute que les candidatures auraient été plus mûrement pesées.

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