Mobilisation Républicaine, Juillet - Octobre 1795

A l’Union intime avec les Hommes de Thermidor !

12-FRUCTIDOR

Cependant, les républicains relèvent la tête. Le 4, Goupilleau-Montaigu attaque les Royalistes, inspirateurs des meurtriers : “Le chef des assassins du midi porte le deuil de Louis XVII”.Le 14, la fête qui commémore la prise de la Bastille est l’occasion de manifestations républicaines. Le chant de ralliement des royalistes, le Réveil du Peuple, est interdit. Le 16, Louvet, qui a attaqué les royalistes dans son journal, La Sentinelle, est lapidé avec sa femme, chez lui, par les Muscadins.
Les Royalistes se prétendent les représentants du vrai peuple, celui qui a droit de cité et qui s’exprime dans les sections de Paris. Ils cherchent à poursuivre la répression antirépublicaine à travers des pétitions “inspirées”. Le 21 juillet, de nouveaux pétitionnaires royalistes réclament la mise à mort des “terroristes”. Ils demandent la guillotine pour les députés montagnards détenus, soit plus de soixante députés ! Scandalisés, les républicains de la Convention poussent les hauts cris. Ils refusent les égorgeurs à la mode des Compagnons de Jésus. Les Royalistes ont perdu quelques positions. Cependant, la Convention est paralysée. Trois jours plus tard, en effet, les députés républicains proposent d’examiner la conduite des députés montagnards détenus, dans une perspective d’élargissement. A leur tour, les Royalistes sont scandalisés et bloquent le projet.
Pendant ce mois de juillet, la paix avec l’Espagne est signée. Mais la situation économique devient incontrôlable. La quantité d’assignats en circulation est gigantesque : douze milliards de Francs-papier. Les agents royalistes ont envahi le territoire de faux assignats. Il faut ajouter au moins une quinzaine de milliards de faux assignats aux douze milliards officiels. Une confusion indescriptible règne dans toutes les transactions. Le commerce est paralysé. Enfin, la vente des Biens Nationaux donne lieu à toutes sortes de fraudes. La Convention doit à tout prix restaurer la confiance.
Le 27 juillet 1795, un an après le 9 Thermidor, Tallien, ce député si sympathique à Louis XVIII, de retour de sa mission à Quiberon, présente son rapport. Compte tenu de l’influence considérable de Tallien, de son ralliement connu aux Royalistes, de l’importance de sa mission, de la situation critique du moment, rien de moins que la survie de la République dépend de ses conclusions.
Jean-Lambert Tallien, dévoré d’ambition, s’est fait connaître en tenant un discours menaçant aux députés de la Législative au nom de la Commune de Paris. L’un des instigateurs des massacres de septembre 1792, il passe alors pour un patriote intraitable. Il refuse même à Louis XVI le droit d’être défendu. Dès cette époque, Robespierre, qui a percé à jour les vices de Tallien, son arrivisme, son hypocrisie, sa corruption, empêche l’élection de Tallien à Paris.
Démagogue talentueux, sûr de lui, Tallien parle beaucoup à la Convention.Il lance de fréquentes dénonciations et attaque même les révolutionnaires les plus chevronnés. Très lié à Legendre, parisien des faubourgs comme lui, Tallien se croit arrivé et remplit à Bordeaux une mission à la manière d’un potentat. Rappelé à Paris par Robespierre, il assiste à la chute de Danton. Tallien craint tant pour sa vie, sa maîtresse et sa fortune récente, qu’il complote jusqu’à la mort de son ennemi, à laquelle il a le plus contribué. Sous couvert d’apaisement, il gagne à la Convention et en France une popularité inouïe. Approché alors par les agents des Bourbons, Tallien se met à leur service en échange de promesses généreuses et d’espérances substantielles. En cas de Restauration, il réaliserait son ambition en obtenant le pardon, la fortune et la gloire.
Mais Tallien a changé.Echaudé par la Proclamation du Prétendant Louis XVIII, Tallien flaire un piège. Au cours de ce mois de juillet, il est repassé résolument du côté républicain. Dans son rapport sur sa mission à Quiberon, Tallien, qui exalte la victoire des troupes républicaines, se réjouit du cuisant échec des Emigrés. Il stigmatise les crimes des Bourbons. Comble de stupeur, il a appliqué à la lettre la loi concernant les Emigrés pris les armes à la main. En application de cette loi, loi que les Montagnards eux-mêmes n’appliquaient qu’avec réticence, 748 Emigrés sont fusillés. Les Royalistes sont atterrés.
Lors du banquet de fête commémorative du 9 Thermidor qui suit la séance, le Girondin Louvet porte un toast à l’intention de Tallien : “A l’union intime avec les hommes de Thermidor !” Quand on songe que Tallien est à l’origine de la proscription de Louvet, on mesure le sacrifice que fait ce dernier pour défendre la République. Dès lors, le pacte est scellé et la coalition républicaine soudée redresse peu à peu la barre.

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