Trois Montagnes, Janvier - Mars 1794

Un Orage horrible gronde

CHENIER

Après des débats dramatiques au sein des Comités, Saint-Just, Vadier, Collot d’Herbois et Billaud-Varenne emportent enfin l’adhésion de Robespierre. Le 31 mars 1794 ou 11 germinal An II, au petit matin, Danton, Philippeaux, Desmoulins et Lacroix sont arrêtés sur ordre des deux Comités. Dès cet instant, le Comité de Salut Public ne peut plus reculer, s’il ne veut pas être renversé. La fin, inexorable, passe par des moyens ignobles.
A la Convention, quelques Indulgents tentent une défense maladroite de Danton. Le président Tallien les y encourage. Legendre dit ne pas croire coupable, “l’homme qui, en 1792, fit lever la France entière par des mesures énergiques … L’ennemi était alors aux portes de Paris. Danton vint et ses idées sauvèrent la Patrie.” Se croyant sûr du soutien de l’assemblée, Delmas demande impérieusement des explications aux membres des Comités et réclame leur présence. Erreur consternante ! Il fallait à tout prix obtenir un vote en l’absence des Comités, et le défendre pied à pied en leur présence.
Robespierre, à peine arrivé, toise la Convention, improvise et fait face : “Au trouble, depuis longtemps inconnu, qui règne dans cette assemblée, il est aisé de s’apercevoir qu’il s’agit de savoir…. si quelques hommes aujourd’hui l’emporteront sur la Patrie. … Nous verrons dans ce jour si la Convention saura briser une prétendue idole, pourrie depuis longtemps.” Puis le rapport de Saint-Just, bien que mensonger et absurde, mate les velléités de la Convention. Pour les députés, ce rapport plein d’expressions définitives comme “il est clair que” ou “il est évident que” était tout sauf clair et évident. Danton et ses amis étaient eux aussi accusés, entre autres crimes odieux et imaginaires, d’avoir voulu rétablir la Monarchie !
En quelques heures, Legendre est métamorphosé par la terreur. Le nouveau Legendre est misérable, hypocrite et lâche. Au comble de l’angoisse, il se déclare hautement confiant dans la Justice Révolutionnaire. Livide, il balbutie en guise d’excuses : “On se trompe si l’on me croit capable de sacrifier la liberté à un individu.” Le procès-verbal note sans scrupule excessif que le décret est adopté à l’unanimité !
L’Histoire retiendra que Robespierre a tué Danton. Pourtant, parmi les hommes de pouvoir, il est celui qui a au contraire le plus résisté. Mais pour lui, une fois la décision prise, il faut l’appliquer. Il y va de l’unité du gouvernement révolutionnaire. Ainsi s’explique son intervention déterminante du 31 mars, intervention que les véritables instigateurs de l’arrestation, ne veulent ou ne peuvent assumer. C’est le sombre courage de Robespierre de se mettre en avant là où il n’y a aucun laurier à récolter et toutes les épines à redouter.
Pour désarmer l’opposition Indulgente, le 1er avril, Carnot, au nom du Comité de Salut Public, propose l’adoption d’une revendication des Indulgents.Les ministres sont remplacés par des Commissions Exécutives. Exit Bouchotte, le Ministre de la Guerre Ultra, bête noire des Indulgents. Le 2, le procès commence et tourne à la confusion des accusateurs. Danton forge sa légende. Le 4, des survivants du Club des Cordeliers et des sympathisants Indulgents, autrefois ennemis, se rassemblent enfin et forment des attroupements.
De leur côté, les accusés et surtout Danton, ébranlent les certitudes des jurés. Ils citent comme témoins seize députés, parmi lesquels Legendre et Merlin de Thionville. Danton menace de révéler des vérités gênantes. Il accuse Saint-Just, Billaud-Varenne et Barère de tromper Robespierre. Des groupes remuants entourent le Tribunal Révolutionnaire et paraissent suspects à l’accusateur public Fouquier-Tinville qui, alarmé, écrit au Comité :“Citoyens, un orage horrible gronde.” Les Comités craignent de ne plus contrôler la Convention si le procès traîne et si des députés sont cités comme témoins. Saint-Just et Billaud-Varenne inventent alors une conspiration des prisons et le 4 au soir, obtiennent de la Convention que les accusés “qui insulteraient à la justice”, soient mis hors des débats. Sous ce prétexte, le procès de Danton, qui se défend toujours avec insolence et conviction, est aussitôt conclu. Le lendemain matin, les Indulgents sont guillotinés.

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