Girondins Discrédités, Janvier - Mai 1793

Ne sommes-nous pas tous Représentants du Peuple ?

DESMOUNLINS

Le 24 avril, autre sujet de déconvenue pour les Girondins : la discussion s’engage sur la Constitution. C’est un terrain où ils sont supposés montrer leur supériorité. Or dans le cours du débat, ils sont encore victimes de leur individualisme forcené et de leur manque de sens politique. En une seule journée, les Girondins accumulent les échecs.

Robespierre et Saint-Just présentent des projets constitutionnels.Salles et Lanjuinais demandent la priorité pour le projet du Comité (girondin).Seulement, ce projet a été ajourné le 16 fevrier. Les Montagnards Thuriot et Fabre d’Eglantine s’y opposent donc à bon droit. Sur ces escarmouches, Marat, acquitté par le Tribunal, rentre dans la salle, porté en triomphe par la foule, et repart presque aussitôt. Les Girondins sont humiliés.

Retour à la discussion. Le Girondin Isnard présente un projet constitutionnel de Pacte Social entre toutes les communes de la République, d’inspiration pré-anarchiste.Soutenu par le seul Buzot, le projet est repoussé par Danton comme fédéraliste. Les Girondins font pâle figure.Condorcet demande la convocation d’une nouvelle Convention de droit au 1er novembre. Les Montagnards refusent d’envisager que la Convention puisse être assez lâche pour ne pas établir une Constitution. Thuriot obtient l’ajournement de ce projet et les Girondins abandonnent ce combat.

Le soir, une pétition des trois sections du faubourg Antoine, fer de lance du sans-culottisme, demande des mesures extrêmes. La pétition se termine par : “Si vous ne les admettez pas, nous vous déclarons … que nous sommes en état d’insurrection.” Les Girondins essaient de profiter de ce propos déplacé, mais Danton et Thuriot, en obtenant la rétractation de la phrase incriminée, empêchent Boyer-Fonfrède d’envenimer les choses. Ouf !

Les nouvelles de la Vendée, où rien ne résiste aux rebelles, enfièvrent Paris.La Convention, quand elle ne se dépense pas en escarmouches interminables, vote une série de décrets énergiques. Paris lève 12 000 hommes pour combattre les Vendéens, la Convention vote un emprunt forcé sur les riches. L’application de ces mesures, recrutement et recouvrement, qui déplaisent aux sections conservatrices, rencontrent des difficultés. Les royalistes réapparaissent et font acclamer Louis XVII dans plusieurs quartiers. Cette fois, l’agitation, oeuvre des commis et autres clercs, garçons de boutiques, domestiques, oisifs, déserteurs, est d’origine réactionnaire.

Thuriot demande l’armement et l’envoi à la frontière de tous ces agitateurs contre-révolutionnaires. Lecointe-Puyraveau s’y oppose mais quand on lui demande ce qu’il préconise, il reste sans voix. De même, sans indiquer de remède, Vergniaud déplore la guerre entre les sans-culottes et les messieurs dans les sections. La situation dépasse complètement les Girondins.

Le 30 avril, le Comité de Salut Public, soutenu par les Montagnards, obtient de nouvelles mesures exceptionnelles : départ de 82 représentants en mission dans les départements, arrestation de tous les suspects dans les sections, prélèvement sur les riches et les suspects pour armer les citoyens qui partent en Vendée. Anéantis politiquement, les Girondins sont à nouveau hors du coup. Même s’ils peuvent encore réunir la majorité de la Convention de loin en loin, le pouvoir leur échappe. Désespéré de leur inutilité, Buzot s’écrie :“Ne sommes-nous pas tous représentants du peuple ? Le Comité de Salut Public a-t-il seul le pouvoir et le droit de parler en son nom ?” La seule initiative des Girondins consterne une grande partie de l’assemblée. Guadet et Viger veulent que la Convention aille sièger à Versailles, au besoin le sabre à la main, si d’aventure, le peuple de Paris voulait l’en empêcher !
La Convention ne s’occupe pas de ces divagations, ni de ces états d’âme. Le 2 mai, Cambon fait voter l’Emprunt forcé, le Maximum du prix des grains, et une nouvelle émission d’assignats. La Convention s’oriente de plus en plus vers une lutte à caractère social. Le Montagnard Bentabole réclame, en vain, la réquisition des voitures de luxe pour acheminer les troupes (il invente les taxis de la Marne avec 120 ans d’avance) et un prélèvement d’un dixième des grandes fortunes.

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