Les Journées de Thermidor, Fin Juillet 1794

Que mon Cadavre serve de Trône à un ambitieux

09-PRAIRIAL

Troisième accroc : tout de suite après, la Convention entend précisément Billaud-Varenne. Fidèle allié de Robespierre dans les situations difficiles, profond théoricien politique, concepteur du Gouvernement Révolutionnaire, surnommé le Patriote Inflexible, Jacques-Nicolas Billaud-Varenne a scandalisé les Jacobins en réclamant dès juin 1791, le premier, la République. Le premier encore, il a dénoncé les dangers de la guerre, comme marchepied d’un dictateur. Aussi, depuis que la guerre est déclarée, il a toujours montré une dureté inouïe, assorti d’un dévouement sans bornes aux sans-culottes et à la République.
Billaud-Varenne se sent obligé de réagir aux attaques de Robespierre contre le Comité de Salut Public, estimant que Robespierre a violé le pacte de solidarité gouvernementale. “J’aime mieux que mon cadavre serve de trône à un ambitieux que de devenir, par mon silence, le complice de ses forfaits !” Cependant, il garde une relative modération, comme s’il ne voulait pas couper tous les ponts. A l’inverse de Barère, son collègue du Comité, Billaud-Varenne se prononce contre l’impression : “Ce discours inculpe les Comités. Qu’on le soumette d’abord à un examen sévère !”. Cambon et Billaud-Varenne aujourd’hui, plus Dubois-Crancé la veille, cela fait trois réputations de patriotisme irréprochable réunies contre Robespierre. L’avenir dira que cela faisait trop.
Après quoi, les intervenants s’enfoncent dans la brèche. La peur parle par la bouche de Panis qui demande des précisions sur les six députés que Couthon attaque sans les nommer depuis plusieurs jours aux Jacobins. Il demande à Couthon s’il fait partie avec Fouché des six hommes dénoncés. Pas de réponse. Le mutisme de Couthon inquiète nombre de députés. Charlier, s’adressant à Robespierre, renouvelle la demande du 12 juin :“Quand on se vante d’avoir le courage de la vertu, il faut avoir celui de la vérité. Nommez ceux que vous accusez !”. Robespierre se drappe dans une dignité devenue insupportable : “Ne me demandez pas de blanchir tel ou tel !” Fréron, qui croit l’affaire entendue, propose de retirer au Comité de Salut Public la prérogative d’arrêter des députés. Cette motion imprudente et prématurée, est une bévue telle qu’elle aurait pu faire échouer le complot. Billaud-Varenne la repousse.

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