Environnement
Famille   |   Terroir   |   Groupes de Pression   |   Salle   |   Tribunes   |   Pétition   |   Débats   |   Votes   |   Présidents et Secrétaires   |  

Terroir

SAINT-JUST

Pendant les élections, quelques grands révolutionnaires ont renoncé à se faire élire à Paris, où l’influence des Jacobins est déterminante.On en a vu courir dans les départements périphériques pour être député d’Eure-et-Loir comme Brissot et Pétion, de l’Oise comme Cloots ou de Seine-et-Oise comme Tallien. Ainsi, dans les délégations des départements limitrophes de Paris, l’attachement au terroir est faible.
En revanche, les délégations départementales de province sont souvent soudées.Au début, les élus sont tentés de se rapprocher, dans la capitale et dans la salle de la Convention. Les députés de même origine géographique habitent souvent des appartements ou des immeubles voisins. Parfois même ils partagent le même appartement. A l’assemblée, ils siègent sur le même banc. Au début de la session, la solidarité départementale est réelle. Elle tient lieu de solidarité politique. Les députés d’un même département ont en commun le terroir, la ville, les relations, le milieu social. Beaucoup se connaissent et sont liés d’amitié depuis de nombreuses années, parfois depuis le Collège comme Danton et Courtois de l’Aube, Cambon, Cambacérès et Bonnier de l’Hérault, Ducos et Boyer-Fonfrède de la Gironde, Duprat et Minvielle des Bouches du Rhône. Rebecqui et Barbaroux, des Bouches du Rhône, se comportent comme père et fils.
Par la suite, certaines attitudes curieuses s’expliquent par la résurgence de cette solidarité. Lors du coup d’état de la Commune de Paris, le 2 juin 1793, de nombreux députés décident de protester contre le coup de force. Des protestations émanent de députations entières, gommant les différentes sensibilités politiques. Presque tous les députés de la Haute-Vienne, de l’Aisne, du Calvados et de la Somme signent des documents qui leur seront parfois fatals.
Dès lors, Paris se méfie. Lorsque des villes se révolteront contre la Convention, rien d’étonnant à ce que les premiers députés dénoncés, qualifiés presque systématiquement d’agitateurs, soient les représentants de ces villes, même restés à l’assemblée. Quand Lyon se révolte, les députés du Rhône-et-Loire sont en masse soupçonnés. Quand Marseille se révolte, les députés des Bouches-du-Rhône sont menacés.
Les délégations peuvent même être dénoncées par leurs propres électeurs. En novembre 1793, une lettre lue à la Convention, couverte de plus de 700 signatures de citoyens des Basses Pyrénées, dénonce tous les députés du département comme des « scélérats vomis du Marais fangeux » pour avoir voté l’Appel au peuple et le Sursis lors du Procès du Roi. La lettre réclame leur arrestation. Les sept députés concernés ont dû se serrer un peu plus sur leur banc pour se sentir moins seuls, sous les regards de toute l’assemblée. Heureusement pour eux, la Convention a d’autres chats à fouetter et personne ne soutient la dénonciation.
Tous les députés ont des amis parmi leurs collègues du même département. Les amitiés antérieures à la Convention reparaissent quelquefois. Carnot et Prieur-Duvernois, de la Côte d’Or entrent au Comité de Salut Public en août 1793 et se défendent mutuellement en 1795. Milhaud défend Carrier, son compatriote du Cantal accusé, en novembre 1794. Soubrany refuse de quitter Romme, son ami du Puy de Dôme proscrit, en 1795. André Dumont protège Doulcet-Pontécoulant accusé de royalisme en 1795 et proscrit en 1797. Ils sont élus tous les deux de la Somme. Là, l’affaire s’apparente plutôt à un marché car c’est Dumont lui-même qui avait dénoncé les autres députés de la Somme en 1793. Cassanyès le Montagnard vient en aide à Birotteau le Girondin, tous deux des Pyrénnées Orientales. Oudot de la Côte d’Or, cache Carnot, du même département, proscrit au 18 Fructidor. Beaucoup plus tard, Picqué cache Barère, son « pays » des Hautes Pyrennées, menacé par la Terreur Blanche en 1815. Mieux encore, après 1816, Montaut, le maratiste, partage son exil avec Descamps, le Girondin rescapé, pour la seule raison qu’ils sont tous deux du Gers, et on les voit se déplacer en couple de ville en ville à travers la Suisse.
Dans le cas général, le berceau rassemble mais l’idéal politique peut diviser. La solidarité départementale s’estompe devant la solidarité politique. Reynaud dénonce Barthélemy, député comme lui de la Haute-Loire: “Autrefois, il était mon ami.Que sa tête tombe plutôt que la République !”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.