Le Blog des Fondateurs

Le Passager Clandestin


LOUVET

A partir de l’émeute du 12 Germinal An III (1er Avril 1795), la Convention Nationale accélère sa marche rétrograde initiée depuis la chute de Robespierre. La Convention a réhabilité et réadmis en son sein tous les députés proscrits, au nom de la réconciliation et de l’inviolabilité de l’assemblée. Le 9 Mars 1795, les derniers proscrits, vingt-deux (1) députés survivants mis en accusation ou hors-la-loi les 28 Juillet et 3 Octobre 1793, sont réintégrés. Pendant quelques jours, l’effectif de la Convention est presque « complet ». On pourrait croire à l’apaisement et à la stabilité mais le balancier de l’Histoire poursuit sa course.
Car le Rapport SALADIN vise une nouvelle amputation de l’assemblée, objectif de nature à préoccuper les Républicains. En arrière plan, plus menaçant encore, le peuple de Paris a faim. L’aveuglement des Comités de Gouvernement sur sa souffrance, ce déni de réalité d’une terrible disette imputée à la malveillance, entraînent la recherche éperdue de coupables.
Ce 12 Germinal, l’émeute de la faim envahit la salle de la Convention… et déclenche un déluge de dénonciations, basées sur la participation supposée de tel accusé à l’émeute, voire à un complot criminel. Une surenchère malsaine élargit vite le champ des accusations jusqu’à l’arbitraire et l’invraisemblable.

Ce jour-là, les quatre (2) membres des anciens comités sont condamnés précipitamment et sans jugement à la déportation. Huit (3) députés sont mis en état d’arrestation. Neuf (4) autres, le 5 Avril. Le 18 Avril, MARIBON-MONTAUT est à son tour arrêté. Plusieurs autres députés mis en cause (5), trouvent des défenseurs dans l’assemblée, puis sont oubliés… certains provisoirement. On les accuse globalement, et sans crainte des contradictions, de former « la minorité qui conspire » (THIBAUDEAU), d’être les « successeurs de ROBESPIERRE » (PEMARTIN) ; ou les « véritables royalistes » (André DUMONT). Les accusations sont infondées, voire loufoques. Ainsi, selon TALLIEN, THURIOT est le « chef de la faction » et CAMBON « s’est signalé par la défense qu’il a faite des prévenus ».
Bref, tout cela débouche sur une purge de grande ampleur. En écho aux vingt-deux réintégrations récentes, la Convention décrète vingt-deux exclusions de toutes natures. Qualifiés de complices des émeutiers, aussi absurde que soit cette accusation, ces députés n’ont le plus souvent qu’un seul tort: leur républicanisme prononcé.

La psychologie des Conventionnels prend ici une place décisive. Parmi les accusateurs, figurent d’abord des Thermidoriens. Ces anciens Montagnards, peu nombreux mais actifs, se sont enrichis au cours de leurs missions. Certains ont pu même commettre des atrocités Il leur faut le silence des témoins gênants (6).
Quelques députés de bonne foi, marqués peut-être par leur vécu familial (CHENIER dont le frère a été guillotiné, THIBAUDEAU dont le père a été emprisonné, …) participent à la curée.
Des accusateurs figurent en grand nombre parmi la centaine de députés rappelés. Ceux-là ont vécu la peur quotidienne et, malgré leurs proclamations conciliatrices, au fond d’eux-mêmes, beaucoup veulent se venger. Ils soutiennent et stimulent la Réaction politique du moment (BAILLEUL, BLAD).
Dans cette ambiance, nombre de députés discrets s’encouragent pour accabler la minorité Montagnarde qui leur a imposé silence autrefois. La plupart ont peu parlé et peu agi jusqu’ici. Ces seconds couteaux trouvent un moyen confortable d’exister en hurlant avec les loups. De toutes ces attaques, résulte déjà un certain affaiblissement de la République.

Mais l’affaiblissement provient surtout d’une frange de nostalgiques de la Monarchie qui prend à cette occasion conscience de sa force. Pour aller à ce but, ils calculent que la destruction de la République passe par la destruction des Républicains. Ils appliquent avant l’heure le programme du Duc d’Harcourt, porte-parole du futur Louis XVIII : une république sans républicains. Dans cette logique, chaque exclusion d’un Montagnard rapproche la perspective d’une Restauration Monarchique. Donc une masse de députés, masse jusqu’ici peu étudiée, s’active alors en sous-main en faveur de la Royauté, méthodiquement et sournoisement. Aussi incroyable que cela paraisse, la Convention, l’assemblée fondatrice de la République, subit l’influence d’une minorité résolue de députés qui s’est fixé un objectif clandestin inavouable. Certains émergent alors d’un quasi-néant, osent parler haut et dénoncent frénétiquement (7).
Très vite, l’assurance de ces néo-royalistes est telle que PELET peut se permettre par un discours argumenté, le 8 Avril 1795 (19 Germinal An III), de démonter pièce à pièce le totem républicain, la Constitution Montagnarde de l’An I. Insidieusement, il propose exclusivement des mesures compatibles avec le retour de la Monarchie. De même, le 12 Avril, la Convention accepte de réintégrer le dernier député proscrit, DELAHAYE, royaliste notoire qui s’est battu parmi les chouans contre les républicains.
La Convention commence alors à se découvrir un dangereux passager clandestin, le Royalisme.

1) DOULCET-PONTECOULANT, GAMON, MOLLEVAULT, VALLEE, BONET de TREYCHES, DEFERMON, SAVARY, HARDY, ROUYER, ISNARD, Jean-Pierre DUVAL, BRESSON, ANDREI, LANJUINAIS, LOUVET, BERGOEING, HENRY-LARIVIERE, KERVELEGAN, CHASSET, MEILLAN, LESAGE d’Eure et Loir, LAREVELLIERE-LEPEAUX

2) BARERE, BILLAUD-VARENNE, COLLOT D’HERBOIS, VADIER

3)DUHEM, CHOUDIEU, CHASLES, Léonard BOURDON, HUGUET, AMAR, FOUSSEDOIRE, RUAMPS

4) THURIOT, CAMBON, GRANET, LECOINTRE, HENTZ, MAIGNET, LEVASSEUR de la Sarthe, CRASSOUS de MEDEUIL, MOYSE BAYLE.

5) MILHAUD, LESAGE-SENAULT, VILLARS, DUROY, TAILLEFER, FOUCHE, PRIEUR de la Marne, BORIE.

6) BARRAS, FRERON, TALLIEN, André DUMONT, MERLIN DE THIONVILLE, ROVERE, …

7) Par exemple HENRY-LARIVIERE, PELET, BOISSY D’ANGLAS, DELECLOY, PEMARTIN, MAREC, BOISSIEU, OLIVIER-GERENTE, AUBRY, BION, THIBAUT, DURAND-MAILLANE, …

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.