Le Blog des Fondateurs

UN CHOUETTE ASSASSINAT


07-GERMINAL

L’assassinat d’un prêtre près de Rouen est une nouvelle abjection. A cela s’ajoutent des éléments barbares qui visent à frapper les esprits : un homme âgé, sans défense, tué dans son église, égorgé comme un mouton, devant des paroissiens. Tout cela est vrai.
Néanmoins, on peut s’interroger sur le traitement médiatique de l’affaire qui a littéralement étouffé les 85 morts et plus de 200 blessés de Nice. A la réflexion, ce mort-là semble avoir plus de poids que la multitude des victimes de la Promenade des Anglais. Pourtant, douze jours seulement séparent les deux évènements. En outre, l’individu choisi est tué parmi beaucoup d’autres cibles interchangeables que sont les autres prêtres. Mais qui remplacera Cabu, Charb et Wolinski ?
Cet habituel déferlement panurgien des télés et radios, qui enchaînent inlassablement des reportages d’une vacuité confondante, s’explique par la recherche de l’audience à tout prix, facile à obtenir auprès de la France encore imprégnée de religion. Mais surtout, on baigne là dans le politiquement correct. C’est presque l’évènement attendu, simpliste, pur, facile à traiter, propre à l’attendrissement. Or qu’a-t-on vu depuis ?

Les religions se sont emparées de l’affaire. D’abord l’Eglise Catholique qui retrouve enfin le prestige du martyre des premiers chrétiens dans l’arène sous les empereurs romains. L’Eglise retrouve là la posture adoptée sous la Révolution lorsque par exemple Louis XVI a été guillotiné. L’ex-roi de droit divin, malgré ses multiples mensonges et trahisons, est devenu, même pour beaucoup de progressistes, le Roi-martyr. Il faut reconnaître aussi que la Première République, par des regrettables excès, a facilité la restauration de l’image déjà bien altérée à l’époque du clergé. Souvenons-nous de l’exécution de seize religieuses, carmélites de Compiègne, royalistes mais incapables de conspiration, le 17 Juillet 1794 (29 Messidor An II). Le peuple de Paris les a entendu chanter des cantiques, de la Conciergerie jusqu’à l’actuelle Place de la Nation. La dignité et le courage des carmélites a impressionné le public. Leur supplice a pu écoeurer une partie de la population patriote. Quoi qu’il en soit, l’Eglise a su exploiter leur mort inique et ce, durablement, puisqu’elles ont été béatifiées en 1906.
Aujourd’hui comme alors, le bénéfice politique est immense. L’Eglise a une victime, au même titre que les dessinateurs de Charlie Hebdo, les juifs de l’Hyper Casher, les jeunes des terrasses et du Bataclan, les promeneurs de Nice. « Enfin ! » pourrait-elle s’écrier. Car les innombrables scandales, la pédophilie, la corruption vaticane, le soutien aux dictatures, les positions rétrogrades sur tous les sujets de société, tout ce qui fait le quotidien de l’Eglise Catholique passe au second plan, voire à la trappe.

Que dire de l’Islam ? Ses responsables naviguent dans le flou et restent sur des positions ambigües depuis le début. Surtout, les dessinateurs de Charlie n’ont eu aucun soutien de leur part. Ils ont pourtant été assassinés également. Est-ce à dire que l’Islam dénonce certains assassinats et en tolère d’autres ? En tous cas, pour rétablir le mythe de l’Islam, religion de paix et d’amour, rien de tel qu’une recommandation aux musulmans d’aller en visite dans une église pour marquer leur sympathie et compassion. Quelle hypocrisie ! On attend toujours la manifestation de masse organisée par les leaders musulmans pour dénoncer Daech, s’en désolidariser clairement et surtout soutenir les principes républicains.
Si l’on osait, l’on dirait que les états-majors religieux sont devenus copains comme cochons. Les victimes collatérales de ce crime sont les laïcs qui ont désormais du mal à faire entendre leur voix. En définitive, cet assassinat est une bénédiction pour les religions et ceux qui en vivent. Décidément, un chouette assassinat !

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