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SERVICE NATIONAL OU COLONIE DE VACANCES ?


10-MESSIDOR

Supprimé par le Président Chirac sans véritable débat en 1996, à l’époque d’une durée d’un an, le Service National réapparaîtrait donc. Ce 31 Janvier, on devait en savoir plus sur une promesse ressuscitée du candidat Macron. Hélas, on apprend, dans la plus grande confusion, que la Commission de la Défense de l’Assemblée Nationale ne détaillera qu’ultérieurement le projet de Service National Universel. Ce Service devait s’inscrire dans la Loi de programmation militaire, pour les sept années qui viennent. A voir.

Dans une problématique voisine, l’action de la Convention Nationale peut encore alimenter la réflexion des pouvoirs publics.
D’abord un échec cinglant. Après un appel aux volontaires en 1792, une première levée de 300000 hommes est décrétée le 23 Février 1793. Seulement, le contingent réclamé néglige la démographie et se répartit inégalement sur le territoire. Les techniques honnies du tirage au sort et de l’achat de remplaçant restent usuelles. Résultat, de graves difficultés d’application, surtout évidemment en Bretagne et en Vendée, où éclate la guerre civile.
La levée en masse du 23 Août 1793, intitulé Décret qui détermine le mode de réquisition des citoyens français contre les ennemis de la France ne pâtit pas des mêmes tares.
« Art Ier : Dès ce moment, jusqu’à celui où les ennemis auront été chassés du territoire de la République, tous les Français sont en réquisition permanente pour le service des armées. Les jeunes gens iront au combat; les hommes mariés forgeront des armes et transporteront des subsistances; les femmes feront des tentes, des habits et serviront dans les hôpitaux; les enfants mettront les vieux linges en charpie; les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, la haine des rois et l’unité de la République. »
Les articles suivants détaillent toutes les réquisitions d’armes, de chevaux, de salpêtre, de subsistances et autres, ainsi que l’organisation d’ensemble de cet immense effort sous le contrôle de « représentants en mission aux pouvoirs illimités. »
Bien sûr, on peut s’amuser des aspects attendrissants de ce décret. L’Article I surtout retient l’attention. Combien de vieillards impotents furent en réalité portés sur la place publique ? Dans leur état, avaient-ils la force d’exciter le courage des guerriers ? Les autres, les valides, se déplacèrent-ils par leurs propres moyens ? Etait-ce bien raisonnable ? Combien prêchèrent la haine des Rois ? Quel fut le public des valeureux orateurs ? Par ailleurs, les fermiers, tisserands, cordonniers, notaires, appelés soudain à forger des armes, ne risquaient-ils pas de graves accidents du travail ? Et à partir de quel volume de charpie, les enfants pouvaient-ils aller jouer?
Bref, dans ce décret fameux, cohabitent lyrisme et ridicule. Mais sa force est ailleurs : il fait appel à tous les Français. Plus d’inégalité, plus de tirage au sort, plus de privilège. Le décret fixe un terme : la libération du territoire. Et une règle ; Article VII : « Nul ne pourra se faire remplacer. » En outre, les gouvernants d’alors surent animer l’armée d’un sentiment nouveau : l’appartenance à une communauté nationale menacée. Les traditions et particularités des uns et des autres, régionales, culturelles, religieuses, sans disparaître, passèrent au second plan.
En quelques mois, l’armée nationale se retrouva en supériorité numérique sur tous les fronts. Ce surnombre et cette conviction ont permis, en définitive, la survie de la Première République.

Transposée à l’époque contemporaine, on sent bien que la question du sentiment d’appartenance à la communauté nationale redevient d’une brûlante actualité. Depuis une série d’attentats barbares commis par des Français, on ne peut pas s’empêcher de penser nation et patriotisme, accaparés trop longtemps par l’extrême droite.
Pour l’heure, on en sait donc peu sur ce Service National Universel. Il s’appuierait sur un financement « ad hoc », à déterminer donc, et, seule certitude, durera un mois. Son objectif serait de faciliter l’intégration, le vivre ensemble, « répondre à ce qui corrode au plus profond la cohésion de la Nation », former « le socle d’une solidarité nationale affermie ». Comment ne pas s’en féliciter? L’école montrant ses lacunes, quand et comment peut-on en effet mieux sensibiliser et intégrer les Français et Françaises de tous horizons que par une période de service national ?
En l’état, on peut craindre l’opération de communication sans lendemain ou un dispositif dérisoire et inopérant. Le flou entretenu avec le mot « Universel » permet d’éviter la question déterminante : volontaire ou obligatoire ? Même si le projet est sérieux, même s’il concerne tous les Français, en toute hypothèse, il ne faut pas espérer la panacée miraculeuse. Compte tenu de l’ampleur de la tâche et de l’ambition affichée, sa durée programmée d’un mois en limite d’avance singulièrement la portée.

Une réflexion sur “ SERVICE NATIONAL OU COLONIE DE VACANCES ? ”

  1. les vieillards se feront porter sur les places publiques pour exciter le courage des guerriers, la haine des rois et l’unité de la République.

    J’adore !!!!!
    Cela dit, toute est intéressant, cher ami

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