Le Blog des Fondateurs

SE FÂCHER POUR SI PEU?


DESMOUNLINS

A l’heure où tant de sujets angoissants préoccupent les pouvoirs publics d’ici et d’ailleurs, il peut paraître déplacé de s’appesantir sur un débat d’apparence mineure. Prenons le risque.
Il s’agit d’une tribune parue dans le journal Le Monde en date du 30 Mai. Que demandent les signataires ? Que l’Article 34 de la Constitution fixe noir sur blanc des limites à la liberté d’entreprendre et au droit de propriété en vertu du bien commun. Sur un ton modéré et pédagogique, ils dénoncent les puissances privées qui dévorent la planète, qui échappent à l’impôt, qui se renforcent de l’exploitation des enfants, des atteintes au climat, du pillage irresponsable de ressources précieuses. En filigrane, sont visées notamment toutes les multinationales, qui se jouent des gouvernements et n’ont d’autre moteur que l’appétit des actionnaires et des dirigeants.
Bien, l’histoire pourrait s’arrêter là. On ne peut en effet que souscrire à cette noble démarche. Mais le 16 Juin, une réponse triplement absurde et haineuse vient assombrir la question. Parmi les signataires, les incontournables Michel Onfray, Pascal Bruckner et surtout Luc Ferry, jamais avares de paresse intellectuelle et de mauvaise foi.

D’abord, le souci du bien commun devient pour eux l’apologie de l’arbitraire, le creuset des pires arrière-pensées, violentes et marxistes. Avec eux, une démarche qui, semblait-il, devait recueillir un soutien unanime cache de noirs desseins. Bref, à partir de ce procès d’intention, les signataires considèrent la promotion du bien commun comme un danger !

Ensuite, la Révolution française est prise à partie. « On commence par le bien commun et on finit par le Comité de Salut Public. » disent-ils. Ils auraient pu prendre en compte les principes novateurs de l’époque toujours en vigueur tels que « la loi est l’expression de la volonté générale » ou « le but de la société est le bonheur commun ». Mais pas du tout: la Révolution ne leur apparaît que comme repoussoir.

Enfin, les signataires se trompent et développent un contresens historique inouï. Habituellement, pour dénigrer le Première République, il suffit de ressortir l’arsenal des mots et noms bien connus tels que Robespierre, terreur, guillotine, Fouquier-Tinville ou Tribunal Révolutionnaire. L’ignorance et la paresse font le reste.
Mais là, ils prennent pour cible le Comité de Salut Public, et visent évidemment la période où la composition du Comité est restée stable, la période dite du Grand Comité. Au risque de redites, rappelons que, sous sa houlette, une immense œuvre législative progressiste a été entreprise, à commencer par l’abolition de l’esclavage, oeuvre inspirée par des principes devenus fondateurs de toutes les démocraties modernes. En outre, ce Comité a su imposer la Première République à l’Europe entière. Il a soutenu un colossal effort de défense nationale. Billaud-Varenne a montré la voie à Gambetta, Clémenceau, De Gaulle, quand il s’est agi de défendre la patrie avec détermination, sans répit ni état d’âme.
Ce Grand Comité a payé le prix fort. Sur douze hommes, quatre ont donné leur vie, six sont morts à l’étranger, bannis et poursuivis par la haine des réacteurs de l’époque; deux seulement ont fini leurs jours en France, bravant l’ingratitude et l’humiliation.
Certes, son histoire est entachée d’abus de pouvoirs réels. Les Luc Ferry et consorts, et l’infinie cohorte de leurs prédécesseurs, cherchent à réduire la Révolution exclusivement à ce registre afin d’en faire un épouvantail, inlassablement, invariablement, depuis plus de deux siècles. Et depuis plus de deux siècles, ils veulent enraciner la caricature, perpétuer l’ignorance et pour y parvenir, ils usent et abusent de malhonnêteté intellectuelle.
Décidément, on peut se fâcher pour si peu. Georges Clémenceau a raison pour l’éternité, lui qui déclarait : « Nous ne laisserons pas salir la Révolution Française. » « Cette admirable Révolution, par qui nous sommes, n’est pas finie. »

3 réflexions sur “ SE FÂCHER POUR SI PEU? ”

  1. Bonjour l’ami,

    Alors ça!
    Comme disait l’oncle de Séraphin Lampion (chacun a les références qu’il peut): c’est plus fort que de jouer au bouchon!
    Bon, Onfray, une connerie de plus ou de moins, au point où il en est….
    Bruckner, je n’en attendais pas moins de lui…. Je préfère ses symphonies!珞樂
    Pour ce qui concerne Luc Ferry, et nous pourrons en discourir à loisir à l’occasion, je ne le pensais pas capable d’aller aussi loin dans la mauvaise foi. Difficile d’imaginer qu’il ne connaisse pas le rôle qu’a joué le Comité de Salut Public dans la construction de notre idéal républicain! Et comme il m’est arrivé de lire des choses intelligentes sous sa plume, forcément, je suis déçu…..

    Merci à notre veilleur républicain préféré!

    Bises

    Jacques

  2. Super article!
    Qd je te lis
    Je me sens plus intelligente!
    Tu me diras que c’est pas difficile !
    Je rentre de ma cure le 8
    Bises à tous les deux
    Michèle

  3. Je n’ai pas lu cette tribune, ni la réponse du trio philosophique. Pourquoi M. Onfray fraye -t-il avec ces deux philosophes des plus réactionnaires ?
    Effectivement, je ne connais pas en détail l’évolution du CSP (code de la santé publique !?), on ne se souvient que de son évolution tardive et de sa fin tragique.

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