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Que faire des langues régionales ?


LOUVET

Donc depuis 1992, la France ne ratifie pas la Charte Européenne sur les Langues régionales. Faut-il le regretter ? Faut-il s’en étonner ? Ni l’un, ni l’autre.

La Convention a accompli un travail titanesque en matière d’enseignement et a établi le principe de l’éducation gratuite, laïque et obligatoire. A l’époque, on ne parle pas de Langues régionales mais de patois. Le contexte de la guerre civile avec la Vendée royaliste sensibilise l’opinion à la nécessaire unité nationale. En outre, les Montagnards perçoivent les Girondins comme des diviseurs, voire des traîtres. Leur crime porte un nom : le Fédéralisme. Face à cette obsession de l’unité nationale, les patois sont perçus comme des résidus d’ancien régime, des traces de la féodalité honnie et des alliés objectifs de la Contre-Révolution. Il convient donc de les éradiquer.

Dans cette entreprise, des hommes comme BARERE ou JEAN BON SAINT-ANDRE, au nom du Comité de Salut Public, par exemple avec la Loi du 8 Pluviôse An II (27 Janvier 1794) qui crée les premiers instituteurs fonctionnaire publics, jouent les premiers rôles. Mais l’Abbé GREGOIRE, au nom du Comité d’Instruction Publique, a le plus marqué les esprits par son discours exhaustif du 16 Prairial An II (4 Juin 1794) et l’Adresse aux Français qui en découle.

Quels arguments développe-t-il ? La conjoncture crédibilise son approche simpliste : parmi toutes les insurrections que la Convention doit juguler, certaines sont favorisées par l’ignorance du Français, assimilé à la langue de la Liberté, et le maintien des patois. « Nous avons encore trente patois. » « La féodalité (…) conserva soigneusement cette disparité d’idiomes comme un moyen de reconnaître, de ressaisir les serfs fugitifs et de river leurs chaines. » ou encore : « L’idiome est un obstacle à la propagation des lumières » « Les dialectes (…) empêchent l’amalgame politique et d’un seul peuple en font trente. » « Nos frères du Midi ont abjuré et combattu le fédéralisme politique, ils combattront avec la même énergie celui des idiomes. »
Ceci posé, GREGOIRE utilise aussi des arguments très actuels. Il mentionne l’aspect financier de la question. Pensons par exemple aujourd’hui au gaspillage inouï de fonds publics à force de remplacer la signalétique routière par des panneaux bilingues, par ailleurs confus. Autre argument de bon sens: il serait absurde de prétendre tout traduire, tout le passé littéraire, francophone ou non, en patois.
« Proposerez-vous de suppléer à cette ignorance par des traductions ? Alors vous multipliez les dépenses en compliquant les rouages politiques. » Il ajoute qu’une nouvelle aristocratie pourrait se faire jour. L’intolérance menace au bout de ce chemin si, par exemple, l’occupation des emplois publics était réservée à ceux qui maîtrisent l’idiome local. « Si (…) cette ignorance exclut des places, bientôt renaîtra cette aristocratie. »
Enfin, préoccupation très actuelle, l’utilisation des patois recèle une incertitude juridique, dans le temps et l’espace, incompatible avec la clarté revendiquée dans le projet de Code Civil en gestation. « Les droits des citoyens seront-ils bien garantis par des actes dont la rédaction présentera l’impropriété des termes, la confusion des idées, en un mot tous les symptômes de l’ignorance ? »
GREGOIRE mentionne aussi la difficulté de maintenir en vie des idiomes agonisants, dont la survie artificielle serait source d’efforts inutiles, et surtout rétrogrades. « L’état politique du globe bannit à jamais l’espérance de ramener les peuples à une langue commune.(…) mais au moins on peut uniformiser le langage d’une grande nation. » « Les langues naissent, vieillissent et meurent. »

La problématique actuelle porte plutôt sur l’invasion de la langue anglaise, par le rayonnement de la culture anglo-saxonne, les nouvelles technologies, la domination du vocabulaire dans certaines corporations (marine, hôtellerie, etc.). La langue anglaise est la menace du jour. Dans ces conditions, faut-il vraiment chercher à morceler la langue française, encourager les petits nationalismes étriqués ? Qui ne voit, surtout depuis le 7 Janvier 2015, que l’attachement aux valeurs universelles de la République doit prévaloir sur toute autre forme d’attachement politique?

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