Le Blog des Fondateurs

QUAND LE LIBERALISME DEVIENT DANGEREUX


GUADET

A l’exception de quelques climato-sceptiques rétrogrades, la planète entière s’accorde à prendre en compte désormais le danger du réchauffement climatique et des multiples types de pollution. Même s’il fait craindre des retards calamiteux, l’aveuglement de Donald Trump et consorts ne doit pas empêcher l’organisation de la lutte au niveau international. La réflexion lucide porte moins aujourd’hui sur le diagnostic que sur la recherche des solutions.

Or que voit-on ? Alors que l’impact et le rythme des catastrophes augmente sans fin, la formule qui semble recueillir l’assentiment général consiste à valoriser et commercialiser la tonne de CO2 produite comme un bien quelconque, ajouté sans dommage à la liste des biens et services digérés par le libéralisme.
D’abord, si ce système se généralisait, en résulteraient une inégalité criante, selon la richesse des nations, et une division entre celles qui ont le droit de polluer et les autres. La situation deviendrait vite explosive.
Ensuite, il est impossible de déterminer précisément le prix de poisons tels que les déchets nucléaires, les montagnes de plastiques, les dégâts sur la santé collective, la faune, la flore…
Mais surtout, il y a absurdité à prétendre que les lois du libéralisme ont réponse à tout. De deux choses l’une : ou bien le CO2 est anodin, et alors, oui, on peut l’acheter et le vendre ; ou bien il est toxique, et il faut un programme contraignant de réduction des émissions. Il doit en être de même pour les déchets nucléaires et toutes les menaces environnementales.

Des remises en cause colossales des modes de production sont inévitables. Plus tôt elles seront prévues, organisées, mises en œuvre, moins elles seront douloureuses. Mais de grâce, abandonnons le mythe de la loi du marché quand il s’agit de la survie de l’Humanité. Abandonnons la mesure des Produits Intérieurs Bruts comme étalon du bien-être. Distinguons le superflu du nécessaire. Produisons moins, mieux, plus durable. Utilisons les énergies renouvelables à outrance, proscrivons les énergies fossiles et le nucléaire. A l’évidence, ces orientations ne peuvent être fixées par la loi de l’offre et de la demande.

On nous ressasse l’argument selon lequel les énergies renouvelables sont trop chères. L’énergie renouvelable ne peut être trop chère dans la mesure où le coût des énergies fossiles ne prend pas en compte les dégâts écologiques collatéraux. Par exemple, si les enfants commencent à mourir d’asphyxie faute d’air respirable, de combien faudra-t-il surenchérir le prix de la tonne de charbon exploitée ? A partir de combien d’enfants morts par tonne de CO2, la planète abandonnera-t-elle ce système pervers qui consiste à commercialiser un poison.

A l’époque de la Convention, l’écologie comme préoccupation politique n’existe pas. Pour autant, la question s’est posée de la survie des Français. Face à d’immenses difficultés frumentaires, et bien que les Conventionnels soient en principe favorables à la liberté du commerce et donc à la libre circulation des grains, fourrages et toutes denrées, la Convention établit un Maximum des prix de trente-neuf produits par la Loi du 29 Septembre 1793. Les débats ont mis en lumière l’urgence de la situation. En réponse à RAMEL-NOGARET, député de l’Aude, membre respecté du Comité des Finances, qui veut maintenir pour l’essentiel la seule loi du marché, (« Ces mesures sont douces et ne produiront point de secousses violentes »), THURIOT, député de la Marne, explique : « Dans tout autre temps, je rendrais hommage aux vues de Ramel ; mais le besoin extrême ne s’accommode point de la rigueur des calculs. »
DANTON le soutient : « N’abandonnons pas le peuple ; il se ferait justice lui-même, il tomberait sur les aristocrates et leur arracherait de vive force ce que la Loi aurait dû lui accorder. »
Au prix d’une baisse de la richesse globale produite, la République put maintenir un niveau de ressources suffisant pour la masse de la population, armées comprises.
Trente-cinq ans plus tard, l’ex-Conventionnel Montagnard, LEVASSEUR, député de la Sarthe, devait encore batailler pour convaincre de l’urgence et de la gravité des circonstances en 1793: « … il est de l’intérêt du producteur de vendre, aussi bien que de l’intérêt du consommateur d’acheter. Ces principes sont incontestables et je ne veux pas les nier ; mais dites-nous, grands discoureurs, qui refaites l’Histoire après coup, et voudriez prescrire a posteriori à des hommes aussi bien intentionnés que vous, et peut-être aussi sages, ce qu’ils auraient dû faire au milieu d’orages que vous ne sauriez envisager en face sans en être submergés, dites-nous si votre recette de liberté et concurrence eût donné du pain aux masses populaires le lendemain, le jour-même : non, sans doute ; eh bien ! nous ne pouvions pas attendre les effets de vos maximes ; nous ne le pouvions pas, car chaque minute était grosse alors des évènements d’un siècle entier ; nous ne le pouvions pas car c’était à l’instant même qu’il fallait pousser le peuple à la frontière, et le citoyen n’y pouvait courir qu’en sentant qu’une protection forte était assurée à sa famille, et que sa femme, ses fils, son père, n’étaient pas exposés à toutes les angoisses de la faim. »
Aujourd’hui comme hier, il y a urgence. Aujourd’hui comme hier, le libéralisme ne peut apporter la réponse au défi majeur du temps présent.

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