Le Blog des Fondateurs

PAS TOUCHE A L’ISF


ISNARD

Donc l’Impôt de Solidarité sur la Fortune change de nom, et surtout, de philosophie. Ne reste que l’Impôt sur la Fortune Immobilière.
On ne sera pas surpris d’apprendre que la Convention Nationale, sur le terrain de la fiscalité également, était en avance sur son temps. Evidemment soucieuse de solidarité nationale dans une conjoncture critique, la Convention décrète l’Impôt progressif sur le revenu… et invente la déclaration de revenus.
Et quand émerge la question d’une contribution des plus aisés à l’effort national, l’idée de venir en aide aux nécessiteux affleure concomitamment. Dans la culture de temps, et il en reste clairement quelque chose, les deux sont liés : les riches viennent en aide aux nécessiteux. C’est ce qui cimente la nation et lui donne la force indispensable pour soutenir l’effort de guerre et sauver la République.
A l’époque, la solidarité a conduit à établir un « maximum des prix des grains ». Ce n’est pas un hasard si le 1er Mai 1793, des sections de Paris réclament « en même temps » le maximum des prix et l’emprunt forcé sur les riches : « Nos volontaires, nos défenseurs ont manqué des choses les plus nécessaires ; leurs femmes, leurs enfants manquent de subsistances. (…) Que le maximum ait lieu. (…) Que dans chaque département, il soit formé une caisse des sommes prélevées sur les riches.»
Pourquoi ? Parce qu’ « il faut la république une et indivisible. »
Le maximum est décrété le 2 Mai 1793 ; l’emprunt forcé sur les riches le 20 Mai 1793.
A l’époque aussi, certains se sont plaints de l’arbitraire, de la discrimination et de l’injustice faite aux riches. Plaintes d’ailleurs prévues : « Nous sommes bien prévenus à l’avance que les modérés (…) vont crier à l’arbitraire. »
Le 20 Mai 1793, Mallarmé, député Montagnard de la Meurthe : « Il faut empêcher des autorités subalternes d’imposer arbitrairement les citoyens. » Lanjuinais, député néo-royaliste d’Ille et Vilaine : « …il ne faut point dire : les riches, les aristocrates paieront. (…) Ce n’est pas ainsi que les lois se font. Non, ce n’est pas en établissant sans cesse des distinctions odieuses entre les citoyens. » Peut-être, mais Cambon, député Montagnard de l’Hérault résume tout: « C’est par ce moyen que nous pourrons suffire aux dépenses énormes de cette guerre. »
Depuis, s’est ajouté l’argument de l’inefficacité, celui des effets contre-productifs tels que l’émigration fiscale, ou le recours aux placements dans des paradis fiscaux, etc.
Or l’ISF contient paradoxalement une dimension sociale ; il apporte une forme de consolation aux moins fortunés. C’est pourquoi l’ISF, qui répond à un besoin de solidarité nationale, est emblématique. En politique, il renforce le sentiment, peut-être illusoire, d’être soutenu. Il faut tout ignorer de la psychologie de masse pour balayer si légèrement une mesure si chargée d’affect politique: l’appartenance à une vraie collectivité nationale.
En outre, l’utilité financière de l’ISF, contestée encore il y a peu, s’est établie. Pour près de cinq milliards d’Euros, elle contribuait à la réduction du déficit national, devenu le grand défi des autorités, correspondant au défi de la guerre continentale d’autrefois.
De toute façon, il suffit d’agir sur l’assiette et les taux pour rendre l’impôt financièrement efficace. En l’état, avec l’IFI, la France perd plus de 80% du rendement de l’ISF.
Les libéraux débridés défendent l’idée d’un ruissellement favorable à l’économie. Le Président Macron n’y croit pas. Alors ? Pourquoi au fond tuer l’ISF ? Croit-on vraiment récupérer les fortunes de Français moralement apatrides ? Sont-ils à ce point obsédés qu’ils surveillent au jour le jour la politique fiscale de la France ? Et d’ailleurs, quand certains Français partent ou reviennent, comment savoir si le motif de la démarche est d’ordre fiscal ? Personne, jusqu’au Ministère des Finances, n’en sait rien.
Consternante erreur de Macron, compte tenu des talents montrés jusqu’ici. Après un parcours si impressionnant, si impérial, quel dommage de se tirer ainsi une balle dans le pied ! La plaie porte un nom : « Président des riches. »

Une réflexion sur “ PAS TOUCHE A L’ISF ”

  1. L’anomalie essentielle est le dérapage considérable du prix de l’immobilier. LSI est un moyen de donner tous les ans à l’état une partie du gain potentiel accumulé qui résulte non pas d’un quelconque mérite mais d’une conjoncture.
    La taxation des vraies plus values, l’impôt foncier, laTVA sur travaux, la CSG sur les revenus immobiliers sont, parmis d’autres des moyens imparables de se servir sur des biens non delocalisables qui semblaient pouvoir participer à améliorer une retraite qui ne peut faire des envieux.

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