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ON A L’AIR FIN AVEC BACHAR


12-FRUCTIDOR

On a été gentil avec Bachar El Assad. Mais Bachar est un méchant. Tortionnaire, massacreur, trafiquant, menteur : tout pour plaire. Le constat n’est pas récent mais à l’occasion d’une nouvelle attaque chimique le 7 Avril 2018 sur une population civile, et des bombardements qui s’ensuivent le 14, la France découvre que la distinction de Grand-Croix de la Légion d’Honneur lui a été décernée en 2001 par Jacques Chirac.
On aurait dû y penser plus tôt mais le pouvoir veut désormais lui retirer séance tenante. Une procédure est lancée dans ce sens le 16 Avril. Pour la France, le problème est réel. Le pouvoir est pris la main dans le sac des compromissions honteuses. Pour Bachar, la perte d’un ruban rouge est un non-évènement. L’homme qui écrase et asphyxie à tout va ne tremble pas pour si peu. Sans s’émouvoir, il donne la leçon à la France et lui rend sa distinction le 19 Avril, au motif que « la France est l’esclave des Etats-Unis ». On a l’air fin.

Mais Bachar n’est pas seul. D’autres membres étrangers de la Légion d’Honneur se concurrencent en ignominie. Cette Légion d’horreurs comprend – on a peine à le croire – Mussolini, Franco, Ceaucescu, Khadafi, Omar Bongo, Noriega, et d’autres, aujourd’hui disparus et, en conséquence, titulaires pour l’éternité. L’honneur a également été souillé dans d’autres affaires et la France a dû retirer les récompenses accordées à John Galliano pour antisémitisme, Lance Armstrong pour tricherie, Harvey Weinstein, le dernier, en Octobre 2017, pour abus sexuels. Tous les espoirs sont donc permis pour les titulaires en vie que sont Ben Ali, Ali Bongo, Vladimir Poutine.

Deux remarques s’imposent. D’une part, la sélection laisse à désirer. D’autre part, les hommages rendus aux vivants comportent leurs risques d’erreurs et de révisions déchirantes. Comment en est-on arrivé là ?
Petit rappel : la Noblesse est abolie par l’Assemblée Constituante le 19 Juin 1790 et les distinctions le 30 Juillet 1791. Sans surprise, le principe d’égalité s’applique. Arrive Bonaparte et la création de la Légion d’Honneur le 19 Mai 1802. L’institution et ses choix sont le fait du prince. Le fonctionnement napoléonien a été conservé jusqu’à aujourd’hui.
Cela dit, à l’époque, malgré la servilité ambiante, des oppositions se manifestent, parmi lesquelles celles de trois régicides, anciens présidents de la Convention Nationale, Théophile Berlier, Antoine Thibaudeau et l’illustre Lazare Carnot. Pour eux, c’est une question de principe : il est inconcevable d’établir une nouvelle aristocratie, prélude à la monarchie héréditaire…
Bon ; pour Berlier et Thibaudeau, l’opposition n’a qu’un temps. Confession ingénue de Berlier : « Singulière destinée! Je m’étais opposé à l’institution de la Légion d’honneur, et l’institution admise, je fus nommé commandant ; depuis, je m’étais opposé aux institutions héréditaires qui devaient amener la noblesse, et je fus nommé comte… »
Sur le risque d’erreurs d’attribution, un autre Conventionnel illustre, Marat, donne la solution. Au sujet d’un général vainqueur : « Je veux voir la fin de sa carrière avant de le féliciter » et, à propos de lui-même, alors au sommet de sa gloire : « J’invite les citoyens à attendre la fin de ma carrière pour décider. »

Que faire pour éviter les rétropédalages peu glorieux ? Que le mode de sélection soit transparent et, qu’au moins, la République sache attendre et patienter, avant de décorer des dirigeants étrangers potentiellement indignes. Pour l’admission au Panthéon (Voir mon blog « Du bon usage du Panthéon ».), une règle de prudence avait été adoptée en 1795 par la Convention. Vraiment dommage que Napoléon ait supprimé cette règle de sagesse. Bachar et les autres le remercient.

2 réflexions sur “ ON A L’AIR FIN AVEC BACHAR ”

  1. Comme pour les gloires culturelles nationales (les écrivains seulement ?) pour lesquelles le Ministère de la Culture propose de commémorer l’anniversaire, on pourrait imaginer un processus collectif selon lequel des experts dressent une liste proposée aux autorités de tutelle.

  2. Dans la pratique diplomatique, la Légion d’Horreur va à l’étranger qui a rapporté (et rapportera) des sous à la France. C’est un acte comptable de commerce extérieur (regardez du côté de Bercy…). J’estime donc que pour les dictateurs exotiques, auteurs de génocide, le tarif devrait être public et transparent mais surtout sensiblement relevé. Il nous faut rembourser la dette, les amis ! Tout le monde comprendra…

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