Le Blog des Fondateurs

Nicolas, Bertrand et Jean-Marie


GENSONNE

Rien à voir avec des personnalités actuelles…. A la suite du Rapport SALADIN (voir blog le concernant), Nicolas BILLAUD-VARENNE, Bertrand BARERE DE VIEUZAC et Jean-Marie COLLOT D’HERBOIS sont accusés de différents crimes et sont appelés à se défendre devant la Convention Nationale qui les enverra le cas échéant devant le Tribunal Révolutionnaire. VADIER ayant pris la fuite, ils sont trois à comparaître à partir du 22 Mars 1795 (2 Germinal An III). Depuis plusieurs décades, des pétitions téléguidées se succèdent à la barre de la Convention pour demander leur mort. A cette pression, s’ajoute une campagne de presse et d’affichage d’une violence inouïe, réclamant par exemple également la mort de ceux qui prendraient leur défense (!), campagne relayée dans les tribunes de la Convention par un public trié. Nicolas, Bertrand et Jean-Marie voient donc l’échafaud de très près.
Pourtant, à l’exception d’abus de pouvoir incontestables intervenus lors du procès de DANTON et autres, le rapport SALADIN est d’une vacuité confondante. Quoiqu’il en soit, la Convention de cette époque ne s’arrête pas à de tels détails et veut expédier l’affaire. Tout se présente bien. Le précédent du député CARRIER permet de croire à une exécution rapide. En trois jours, la Convention avait décidé l’envoi de CARRIER au Tribunal qui le condamnait à l’échafaud peu après, comme une formalité.

Oui mais… L’assemblée se montre nerveuse. Confusément, elle ressent l’énormité de l’acte à accomplir. Solennel, le Président THIBAUDEAU invite d’ailleurs chacun au calme. L’enjeu peut se comparer à celui du Procès de Louis XVI. A cela, il convient d’ajouter l’identification possible de nombreux Conventionnels aux prévenus dans la mesure où ils ont soutenu leur politique.

Ce premier jour, après quelques échanges vifs, la majorité découvre que les accusés disposent de soutiens. Citons par exemple FOUSSEDOIRE : « Je crois que l’ancien Comité de Salut Public a sauvé la Patrie. ». Deuxième découverte, Robert LINDET, ancien collègue des prévenus au Comité de Salut Public, livre un discours de plus de six heures qui fait l’apologie détaillée de l’An II, de la politique suivie alors par le Comité, et de l’action menée par les accusés dont il se dit solidaire : « Quoiqu’on m’excepte de l’accusation que l’on porte sur les prévenus, j’appelle sur ma tête la responsabilité que je dois partager avec eux. »
Dans le même temps, comme une sévère disette occasionne des troubles dans les rues de Paris, LINDET donne la leçon au passage à BOISSY D’ANGLAS, chargé des subsistances au Comité de Salut Public. En l’An II, Paris était approvisionné. « Comparez avec ce résultat ce qu’a fait le gouvernement actuel, au milieu de la prospérité que nous lui avons laissée. » De fait, le gouvernement actuel s’est montré incapable de soulager la misère des Parisiens.
(Pour l’anecdote, notons que Robert LINDET et BOISSY D’ANGLAS ont chacun une rue à leur nom à Paris.)
En fin de séance et pendant toute la journée du lendemain, des députés, plus nombreux que prévu, osent, malgré les menaces, apporter leur soutien aux accusés et livrent des témoignages plus favorables les uns que les autres.

Alors que les accusés n’ont toujours pas parlé, l’ambiance a changé. Même le rédacteur du Moniteur, journal de référence, partial au début, adopte une ligne plus équilibrée.

Les accusés ne parlent qu’à partir du 24 Mars et dans les jours qui suivent. Leur éloquence, leur ténacité et leur habileté ne se démentent pas. Par exemple, COLLOT D’HERBOIS : « L’ombre de Capet est là, qui plane au-dessus de vous, et qui anime vos ennemis. Vous qui l’avez condamné, vous êtes désignés ; vous qui ne l’avez pas sauvé, vous l’êtes aussi… »
Contre toute attente, leurs nombreux soutiens, parmi lesquels figurent de fortes personnalités telles que d’anciens Présidents de la Convention, se renforcent. Ce qui était inenvisageable depuis longtemps, ils tiennent tête aux Thermidoriens, ces ex-Montagnards, actifs et entreprenants, passés à la Réaction pour faire oublier leur passé douteux. Une masse d’indécis se forme et dès lors, tout peut arriver.

Quelles erreurs ont été commises ? En fait, les Thermidoriens, qui n’ont limité ni la durée des débats, ni le nombre d’intervenants, ont mal préparé ce procès. Ils s’attaquent à trois accusés au lieu d’un seul. En outre, il s’agit de trois hommes d’envergure, presque déjà des personnalités historiques. CARNOT rappelle d’ailleurs leur républicanisme. COLLOT D’HERBOIS a fait abolir la royauté dans la première séance de la Convention. BILLAUD-VARENNE a fait admettre la République le lendemain. BARERE, par son discours du 4 Janvier 1793 a probablement déterminé la mort de Louis XVI.
Ensuite, les Thermidoriens ont méprisé le parti encore puissant des Montagnards, désinhibé à cette occasion, et dont les membres s’encouragent mutuellement. Surtout, ils ont écarté la question politique de fond : la Convention peut-elle condamner la politique de l’An II, sa propre politique ?
Les Thermidoriens ont sous-estimé leurs adversaires et paraissent débordés à mesure que les auditions se poursuivent.

Arrive le 12 Germinal (1er Avril 1795). Divine surprise, une émeute de la faim force les portes de la Convention. L’agitation dure jusqu’au soir. Dans la nuit, pour en finir avec cette affaire devenue incontrôlable, les députés encore présents décident la déportation des accusés en Guyane…. et décrètent l’arrestation de plusieurs de ceux qui ont pris leur défense.

La Convention aurait dû absoudre les accusés, comme le disait CARNOT, au nom d’ « un torrent de circonstances ». D’une part, elle se serait montrée cohérente dans la mesure où le respect de l’intégralité de l’assemblée avait été l’argument déterminant pour réintégrer en Décembre 1794 et Mars 1795 une centaine de députés proscrits. D’autre part, la Révolution pouvait prendre un cours apaisé. Car la Réaction Royaliste avec sa sanguinaire Terreur Blanche, n’aurait pas reçu un formidable encouragement par la proscription de Nicolas, Bertrand et Jean-Marie.

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