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MEMOIRE SELECTIVE EN CORSE


GREGOIRE

Ce 1er Janvier 2018, une nouvelle assemblée élue prend en mains les destinées de la Corse. La majorité vise l’indépendance à horizon dix ans. En attendant, elle revendique trois petites choses :
– Que les prisonniers politiques soient rapatriés en Corse
Seulement, voilà : qu’on qualifie de prisonniers politiques les assassins du Préfet Erignac, c’est un « anoblissement » difficile à concevoir. Cet assassinat, unique en son genre, émerge de la multitude des crimes imputables aux différentes fractions armées, toujours courageusement encagoulées, issues des mafias corses. Parler de « prisonniers politiques. », c’est le comble de l’impudence.
– Que la langue Corse devienne officielle
Seulement, voilà : la langue corse n’existe que comme un dialecte issu de l’Italien. D’ailleurs, la Corse a adopté l’Italien comme langue officielle pendant sa courte période d’indépendance au XVIIIè siècle. Et puis, de quoi se compose la culture corse, la littérature et les arts corses ? En dehors de Tino Rossi… En tous cas, que l’on doublonne une fois de plus la signalétique routière ; à la rigueur. Mais rendre officielle la « langue » corse ; très compliqué.
– Que les non-résidents ne puissent investir dans l’immobilier en Corse
Seulement, voilà : un blocage des investissements immobiliers de non-résidents serait absurde. Une telle discrimination ne s’appuie sur aucun fondement juridique. L’important ne porte pas sur la personne des propriétaires mais sur ce qu’ils font. L’intérêt des Corses réside dans le respect scrupuleux de la Loi Littoral et dans une gestion transparente des permis de construire, par tous, Corses ou non.

Le problème ne s’arrête pas là. Les revendications gagnent en légitimité quand elles s’appuient sur un historique étayé, et non pas fantasmé. Or, les indépendantistes ne cessent de glorifier Pascal Paoli comme héros de l’indépendance, au prétendu progressisme visionnaire, « père de la patrie ».
A tort.
Qu’a, en effet, réalisé le grand homme en 1793 et 1794 ?
Sa réputation le fait nommer Gouverneur de la Corse en 1792.
Déjà suspect, Paoli est appelé à Paris le 2 Avril 1793 pour s’expliquer. Paoli refuse poliment, parle de la France comme de sa patrie et, au même moment, par le biais d’une « Consulta » (assemblée de toutes les communes corses), constituée sur mesure en Mai 1793, il s’octroie tous les pouvoirs d’un dictateur. Il se fait nommer Généralissime (le même titre que Franco) et cherche à contrôler toute la Corse où débute une véritable guerre civile.
Déclaré traître à la patrie et mis hors-la-loi par la Convention, le 17 Juillet, Paoli soutient la trahison de Toulon que les royalistes locaux vendent aux Anglais. Paoli écrit le 25 Août 1793 à l’Amiral Hood et demande « la protection de Sa Majesté Britannique ». Son appel aux Anglais est entendu, leur corps expéditionnaire bienvenu.
Lors de la Consulta de Corte en Juin 1794, toujours à la botte de Paoli, avec la bénédiction de Sir Elliott, représentant de Georges III d’Angleterre, il n’est plus question de la patrie Corse : un royaume anglo-corse est créé!
Cette Consulta, interdite aux opposants républicains, soumet et vend la Corse à l’Angleterre. Les Corses deviennent sujets de Sa Majesté Britannique.
Paoli engage alors une politique de réaction et de ségrégation dans tous les domaines, exaltant l’Eglise et la Noblesse, supprimant le divorce et l’état-civil, politique assortie du dépouillement et de la proscription des républicains, avec assassinats et cruautés sans nom. Le dictateur ambitieux lorgne alors le trône de Vice-Roi de Corse… qui échoit finalement à Sir Elliott.
Car le traître est trahi. Le modèle du fier patriotisme corse s’est vendu pour un plat de lentilles : un portrait de Georges III, « entouré de brillants et suspendu à une chaîne en or », plus une pension annuelle. Sur ce, Sir Elliott, l’ami Anglais invité, devenu le patron de l’île, fait expulser le héros. Paoli quitte piteusement la Corse et débarque à Livourne le 20 Octobre 1794, en route pour Londres…

Les nationalistes Corses doivent mieux choisir leurs modèles. Qu’ils laissent de côté les Paoli ou les Bonaparte. Qu’ils honorent d’autres Corses, comme Jean-Charles Abbatucci, général républicain, commandant une division à l’Armée du Rhin, mort en combattant le 2 Décembre 1796, à l’âge de 26 ans et 17 jours ; ou Christophe Salicetti, député Montagnard à la Convention où, le premier, il dénonça Paoli et, envoyé en mission en Corse, risqua sa vie pour la République. C’est peu, sans doute, mais par rapport à Paoli…

3 réflexions sur “ MEMOIRE SELECTIVE EN CORSE ”

  1. Très utile à la réflexion sur un sujet brûlant dont on se dit et se redit au fil de toutes les années passées que beaucoup de ficelles et de ressorts sont masqués et échappent au commun…

  2. Edifiant, le profil de Pascal Paoli.
    Je partage beaucoup moins les autres considérations sur la culture et la langue, sur les prisonniers politiques, sur l’occupation des sols … Si l’on ne veut pas une proclamation d’indépendance à terme (« on ne peut pas mettre des portes aux champs »), il vaut mieux avancer vers un statut fédéral (les pays qui l’ont ne s’en portent pas mal du tout) en commençant par de petits pas : réformer la constitution pour la langue …

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