Le Blog des Fondateurs

Les Emigrés d’aujourd’hui


02-BRUMAIRE

On se souvient qu’à partir de 1789, des aristocrates, furieux d’avoir perdu certains de leurs privilèges, quittent la France. La première des vagues successives de départs fait suite à la prise de la Bastille au 14 Juillet. Parmi d’autres, des personnalités illustres, proches du pouvoir, propriétaires d’immenses fortunes, abandonnent leur pays et leur roi, convaincus d’y revenir après quelques semaines pour y rétablir l’Ancien Régime. Les Condé, les Polignac, les maréchaux de Broglie et de Castries, et surtout le Comte d’Artois, frère de Louis XVI, par exemple, incarnent cette ligne aveugle et intolérante des premiers émigrés, bientôt rejoints par des renforts réguliers. Ainsi, au plus fort de l’Emigration, l’armée du Prince de Condé compte plus de trente mille combattants qui ajoutent leurs forces aux armées coalisées contre la République. Tels sont les traits marquants de cette émigration.

Aujourd’hui, les Panama Papers confirment avec fracas l’existence d’une multitude de fraudeurs du fisc. La France, sans doute subit un manque à gagner important. Dans son principe depuis la Révolution, l’impôt est dû par l’ensemble des citoyens qui contribuent ainsi à l’effort collectif, à plus forte raison quand les citoyens en question jouissent d’une prospérité conséquente. Or parmi les plus favorisés par la fortune, nombre de français cachent en tout ou partie leurs revenus et leur patrimoine à l’étranger.

Sans doute, la soif de justice sociale à elle seule, devrait conduire à une lutte incessante et implacable contre les fraudeurs. Mais dans la période récente, on a eu droit au chantage du mouvement « On n’est pas des pigeons » qui a réussi à faire plier le Président de la République. François Hollande a aussi dû abandonner son projet de taxation à 75% des très hauts revenus. En outre, en toute légalité, des français résident fictivement à l’étranger où le fisc se montre plus compréhensif. Ainsi, l’acteur Christian Clavier qui incarne un des premiers rôles dans un film sur la Révolution Française, devrait méditer ses grands principes, là où il prétend résider, à Londres.

Les émigrés d’aujourd’hui, fraudeurs du fisc ou non, profitent ainsi d’une culture de l’impunité. Il en résulte des avoirs massivement détenus à l’étranger par des français, qui ont peu à craindre. Si, les émigrés de l’argent, les fraudeurs, sont si nombreux, ne faut-il pas leur infliger des pénalités écrasantes telles que la dissuasion fonctionne enfin?

Mais, plus généralement, la question morale du patriotisme se trouve posée à nouveau. Il faut s’interroger sur la qualité de français de ceux qui protègent leurs avoirs dans des paradis fiscaux. Prendre les armes contre la France en 1792, c’est nuire à la nation, c’est mettre la Patrie en danger. Aujourd’hui, la fraude fiscale avec la complicité de l’étranger, « offshore » en franglais, n’est pas autre chose que servir contre sa patrie.

Or le 9 Octobre 1792, le député Girondin Guadet fait décréter la peine de mort contre les émigrés pris les armes à la main ou ayant servi contre leur patrie. Le 23 Octobre suivant, les émigrés sont bannis à perpétuité, déclarés morts civilement, leurs biens acquis à la Nation.

On ne préconise pas de ressusciter le traitement infligé aux émigrés par la Convention. Mais il faut reconnaître que la mentalité de ceux qui se soustraient à la loi française et amputent les ressources de la nation présente un rapprochement frappant avec les émigrés d’autrefois: les deux comportements sont moralement indéfendables.

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