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Le Rapport Saladin, un moteur à réaction politique


11-THERMIDOR

LE CONTEXTE
Ce 2 Mars 1795, un homme monte à la tribune sous les applaudissements apparemment unanimes des Conventionnels et des citoyens des tribunes. Le député SALADIN présente le Rapport tant attendu établi par une commission de 21 membres sur la conduite de COLLOT D’HERBOIS, BILLAUD-VARENNE, BARERE, anciens membres du Comité de Salut Public, et VADIER, ancien membre du Comité de Sûreté Générale.

SALADIN a été absent de la Convention et emprisonné pendant la période la plus tendue, d’Août 1793 à Décembre 1794. Dans le contexte, cette absence le sert : il est à la fois victime et absolument étranger aux abus de pouvoir reprochés aux accusés. Sans doute, il a voté la mort de Louis XVI sans appel ni sursis. Mais, il a surtout été membre de la coterie de Philippe d’Orléans dit Egalité. Le républicanisme de SALADIN peut donc être suspecté.

Cette Commission des 21, instituée par le décret du 8 Brumaire An III – 29 Octobre 1794, a vu ses pouvoirs élargis le 4 Pluviôse An III – 23 Janvier 1795 à l’initiative de MERLIN DE DOUAI. En application du Rapport du même MERLIN DE DOUAI en date du 27 Décembre 1794 – 7 Nivôse An II, les quatre accusés ont été « sélectionnés »
L’ambiance politique est très défavorable à ces derniers : des pétitionnaires payés ou manipulés réclament inlassablement le « châtiment des grands coupables » dans le sein de la Convention ; la presse thermidorienne fait caisse de résonance ; le député PENIERES a réclamé la veille sous les acclamations la réintégration des députés mis hors de la loi à l’époque Montagnarde. Donc les quatre accusés sont condamnés avant le jugement

LE CONTENU DU RAPPORT
En outre, le rapport SALADIN suit le rapport COURTOIS du 6 Janvier 1795 qui a en quelque sorte tracé sa route politique : la France a été tyrannisée avant le 9 Thermidor. Paris compterait dix fois plus de prisons que sous les Rois. La Convention a été tyrannisée aussi. S’ensuit la question : Robespierre, Couthon, Saint Just ayant été « punis », reste-t-il des complices ?
Démagogiquement, SALADIN exalte le « courage de la Convention » ( !!) au 9 Thermidor.
Il attaque BARERE qui prétend que le Bureau de Police Générale coupable des mandats d’arrêt « les plus atroces » appartenait à Robespierre. Maladroit : BARERE faisait l’apologie de ce Bureau à la tribune le 7 Thermidor.
SALADIN décrit à l’aide d’exemples le flou des mandats d’arrestation. A cet égard, le 1er exemple, qui porte sur la maîtresse de TALLIEN, la Cabarrus, atteste de l’influence de TALLIEN encore à l’époque. A l’inverse, l’arrestation beaucoup plus grave et sans motif d’HERAULT DE SECHELLES ne vient qu’en 5ème position!
SALADIN cite à charge plusieurs arrêtés cosignés avec Robespierre, Couthon ou Saint-Just . Argument non probant si l’on considère que des milliers d’arrêtés ont été cosignés en dix mois de collaboration au Comité.
Il attaque BARERE sur l’interprétation excessivement large de la Loi des Suspects du 17 Septembre 1793, œuvre du décidément omniprésent MERLIN DE DOUAI, même pas cité. Subjectif.
Il attaque COLLOT D’HERBOIS sur ses opinions en matière de répression et BILLAUD-VARENNE pour ses demandes d’une justice plus expéditive. Mais ce sont des opinions.
Il attaque VADIER sur des exécutions à visée personnelle à Pamiers. Cet acte serait ignoble mais il n’est pas avéré.
Il attaque le zèle outrancier des Commissions populaires dans toute la France. Mais les accusés n’en sont pas responsables.
Il attaque COLLOT D’HERBOIS sur sa mission à Lyon. Le rôle répressif de COLLOT D’HERBOIS est trop réel mais il a été approuvé par la Convention.
Il attaque BILLAUD-VARENNE et BARERE pour leur soutien au député LEBON, trop fameux représentant en mission sanguinaire. Mais là aussi, la Convention a approuvé.

Enfin et surtout, SALADIN attaque les accusés pour avoir exercé une tyrannie sur la Convention, par « divisions entretenues » (!!) entre ses membres, « dénonciations perpétuelles contre ses membres les plus énergiques », par compression de la Convention par la terreur. Pour l’amalgame, il cite Robespierre: « Quiconque tremble en ce moment est coupable » et BILLAUD-VARENNE: « Malheur à ceux qui se sont assis à côté de lui ! » (Fabre d’Eglantine, guillotiné avec Danton)
L’affaire Danton est minutieusement décrite. Elle a en effet été l’occasion d’actes tyranniques. Des manoeuvres mensongères ont permis d’obtenir l’accord de façade de la Convention. Cette accusation, la plus pertinente, révèle ce qu’est le traumatisme suprême des Conventionnels à ce moment-là. Mais au lieu de s’en tenir là, SALADIN synthétise sa liste d’accusations par le concept de « l’influence despotique sur la Représentation Nationale ». Politiquement, il place la Convention en porte-à-faux : soit elle a été lâche, soit c’est une girouette à cinq cents têtes !!! SALADIN révèle un immense malaise.

LE RESULTAT
En tous cas, la conclusion du rapport stipule qu’il y a lieu à accusation contre les quatre prévenus comme « principaux auteurs de la conjuration tramée contre le peuple » Toute liberté est assurée aux prévenus pour leur défense.

A la demande de LEGENDRE, très proche ami de Danton, leur arrestation immédiate est décrétée à une immense majorité. Toutefois, l’unanimité fait défaut, même si aucun opposant ne s’est exprimé.

Cependant, la question de fond reste en suspens jusqu’à aujourd’hui. La Convention a-t-elle été veule ou a-t-elle simplement changé d’avis ?
Ce rapport Saladin a été critiqué comme partial, (rien sur la situation militaire ou les trahisons de l’époque, par exemple), même par des Conventionnels modérés comme ENJUBAULT le 24 Mars 1795. Il a considérablement accéléré la Réaction Thermidorienne en imposant silence aux républicains déterminés de la Convention Nationale.
Les circonstances sont timidement invoquées par Barère dans sa défense. Mais l’Histoire a jugé : succès de la défense nationale, sans crise alimentaire majeure, tout en poursuivant l’œuvre d’émancipation politique.

Quant à Saladin, il fut décrété d’arrestation comme complice des royalistes insurgés au 13 Vendémiaire An IV (5 Octobre 1795), condamné à la déportation comme complice des Royalistes au 18 Fructidor An V (4 Septembre 1797), mort dans son lit en 1812 à Paris.

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