Le Blog des Fondateurs

Le concours du pantalon baissé


12-FRUCTIDOR

On connaît les concours de maillots mouillés. Le grand concours des pantalons baissés, pour être moins spectaculaire, n’en est pas moins fascinant. Sa dimension internationale en fait un objet d’étude incontournable, un « must ». Car on ne compte plus les candidats haut placés, partout dans le monde. Deux exemples.
En France, on déroule des tapis rouges de plus en plus épais pour attirer les Français de l’étranger déjà partis, ceux qui sont sur le point de partir, retenir ceux qui partent…. Que de cadeaux aux privilégiés en dix-huit mois. Disparition de l’ISF, que, par parenthèse, les « Gilets Jaunes » dénoncent comme le péché originel. Mais aussi instauration de la « flat tax» sur les revenus du capital ; la suppression de l’exit tax pour ceux qui vendent leur entreprise afin de s’installer à l’étranger ; gel des droits de succession malgré la pression de ministres et de députés. Pourquoi tant de générosité ?
Parce que d’autres pays baissent leurs taux et également leurs pantalons, nous dit-on. Ainsi dans une spirale descendante sans fin, les cadeaux s’accumulent et facilitent l’optimisation fiscale…. alors que rien ne prouve l’utilité collective de ces cadeaux.
C’est déjà baisser son pantalon bien bas. Mais dans le concours, Emmanuel Macron a trouvé plus fort et plus cynique que lui.
Monsieur Jamal Khashoggi nous a quittés le 2 Octobre dernier. Accident regrettable, il est malheureusement tombé sur une scie à os qui échappait des mains maladroites d’une quinzaine de paisibles touristes d’Arabie Saoudite. C’est jouer de malchance. Résultat, M. Khashoggi a abandonné le désormais fameux Consulat d’Istanbul, en plusieurs fois, façon puzzle.
Là, Donald Trump entre en scène. Il refuse de reconnaître la culpabilité de Mohamed Ben Salmane (MBS), malgré les preuves données par ses propres services de renseignement, CIA en tête. Que fait Trump ? Il veut conserver 400 milliards de dollars de contrat dont 135 d’armement avec l’Arabie Saoudite. Justification : si les USA bloquent les contrats, un autre, Russie ou Chine, prendra la place. Si Trump avait été président en 1940, il aurait signé des contrats avec Hitler sans plus d’états d’âme. Au concours du pantalon baissé, Donald, malgré ses rodomontades, a une belle tête de vainqueur.

Ce concours existait au temps de la Convention, mais dans le sens inverse. Pour l’anecdote, un certain 25 Septembre 1793, un Représentant en Mission présente un rapport sur son intervention dans Valenciennes assiégée par les Autrichiens. Content de lui, il dit sa fierté d’avoir protégé Valenciennes par une capitulation honorable obtenue après deux mois de siège et: « …si nous avons quitté cette ville trahie, c’était pour ne pas tomber vivants au pouvoir de l’ennemi. » Pour lui, pas de pantalon baissé, donc.
Oui, mais Robespierre exige plus, beaucoup plus: « Je vous le déclare, celui qui était à Valenciennes lorsque l’ennemi y est entré, n’est pas fait pour être membre du Comité de Salut Public. Ce membre ne répondra jamais à cette question : « Etes-vous mort ? » Si j’avais été à Valenciennes dans cette circonstance, je n’aurais jamais été en situation de vous faire un rapport sur les évènements du siège. » Intransigeance fanatique ?
Peut-être. Mais au moins, on est loin des pantalons baissés. Ces temps héroïques nous apprennent en outre qu’un excès de raideur peut affecter l’espérance de vie. On ne demande pas d’y revenir. La « realpolitik » proscrit un tel sens du sacrifice et de la dignité. Mais faut-il renoncer à la morale et à l’éthique ? Faut-il s’habituer à la bassesse et à l’hypocrisie? Espérons des politiques un sursaut de fierté. Le compromis honorable, oui ! Le pantalon aux chevilles, non !

3 réflexions sur “ Le concours du pantalon baissé ”

  1. A ce sujet on peut lire le complot contre l’amerique De Philippe Roth: un président américain y reçoit en grandes pompes Ribbentrop, ministre de Hitler.

  2. C’est bien en alignement avec l’équilibre de Nash.
    Les parties prenantes se tirent individuellement des balles sociales dans le pied par peur d’être doublées par les autres. Et ce alors que l’optimal social se situe bien au-delà de la ceinture. Un bloc uni et solidaire serait la (ou a minima, une) solution, mais le profit et le cynisme apparaissent encore bien trop forts… et pour preuve les politiques alimentent le concours des pantalons baissés.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>