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LA JEUNESSE DES PRESIDENTS


09-PRAIRIAL

On se gargarise, on s’extasie, on se pâme devant ses 39 ans. Les medias, dès avant son élection, mettaient en avant sa jeunesse et pendant longtemps cet argument a constitué le fer de lance de sa campagne électorale. Et puis Emmanuel Macron a été élu.
Toujours aussi jeune, le nouveau Président de la République Française va peut-être finir par trouver encombrant cet aspect réducteur de son potentiel. Car on nous le montre complaisamment vainqueur d’une poignée de mains virile avec Donald Trump, de 31 ans son aîné, ferme devant Vladimir Poutine âgé de 64 ans, et ainsi de suite avec presque tous les dirigeants de la planète. Comme si le seul mérite de notre Président était son âge. Tout cela est excessif, et heureusement erroné.
Sans doute, c’est un lieu commun de dire que l’enthousiasme de la jeunesse, historiquement, stimule les changements et surmonte les blocages. Mais si « la valeur n’attend pas le nombre des années », cette jeunesse ne génère pas mécaniquement un programme ambitieux, une perspective progressiste, un avenir prometteur. Pourvu que notre Président ait d’autres qualités et d’autres mérites que sa jeunesse !

En d’autres temps, des hommes bien plus jeunes encore ont exercé d’immenses responsabilités. Rappelons pour mémoire que la Convention Nationale a été élue au suffrage universel masculin. Pour voter, les citoyens devaient avoir 21 ans; pour être élus députés, 25 ans. C’est le cas des quatre plus jeunes Conventionnels : Louis-Antoine de Saint-Just, Jean-Lambert Tallien, François-Joseph Gamon et Charles Barbaroux, soit quatre personnages illustres ou connus.
De même, sont portés à la Présidence de la Convention, la plus haute fonction de la République à l’époque, des députés jeunes, sans créer l’étonnement. Bien sûr d’immenses et innombrables différences dans tous les domaines rendent la comparaison impossible, voire absurde, entre le Président d’aujourd’hui et ces Présidents de la Convention. Mais on note au moins deux points de réflexion : la notoriété et surtout la difficulté de la tâche.
La France entière connaît rapidement le nom des Présidents de la Convention, élus pour 15 jours. C’est un honneur et une distinction. Aucun individu, ni Roi, ni Directeur, ni Consul, ne le surpasse. Le Président de la Convention porte la parole de l’Assemblée, qui elle-même représente la République. Surtout, il doit à chaque instant maîtriser une assemblée tumultueuse, divisée, agitée, dans un contexte de guerre civile et étrangère.

Soixante-quatorze Conventionnels ont successivement rempli la mission de présider l’assemblée. Trente-neuf d’entre eux avaient moins de 40 ans et quatre d’entre eux n’avaient pas 30 ans : Louis-Antoine de Saint-Just et Jean-Lambert Tallien, déjà cités, Jean-Baptiste Boyer-Fonfrède et Antoine Thibaudeau.
L’on voit que, par hypothèse, Emmanuel Macron se situerait par son âge dans la moyenne des Présidents de la Convention. Dans le même temps, on constate qu’à l’époque, la jeunesse ne joue aucun rôle apparent dans le choix des Présidents, ni en bien, ni en mal.
Pour illustrer la difficulté de leur rôle, il suffit de rappeler que neuf des trente-neuf « jeunes » Présidents ont connu une mort violente avant la fin de leur mandat et que quatorze autres ont été privés provisoirement de leur liberté pendant la session.

Après l’orage politique, les contemporains ont cru pouvoir expliquer par la jeunesse de certains acteurs une des raisons des excès de la Convention. En 1795, à la veille de se séparer pour laisser la place au Directoire, les Conventionnels prévoient dans la nouvelle Constitution d’élever l’âge légal d’éligibilité, à 30 ans pour le Conseil des Cinq Cents, à 40 ans pour le Conseil des Anciens ainsi que pour les cinq Directeurs.

Pour nous, il importe qu’Emmanuel Macron remplisse sa tâche au mieux de l’intérêt général. Laissons de côté son état-civil. Souhaitons pour lui et pour nous que les difficultés ne produisent pas les mêmes effets qu’autrefois…

Une réflexion sur “ LA JEUNESSE DES PRESIDENTS ”

  1. A défaut d’avoir la légitimité électorale : seuls 18-19% des inscrits ont fait un premier choix sur son programme ??! (plutôt des ‘intentions’), Macron et ses oligarques sont bien forcés d’utiliser le seul argument de sa jeunesse dans une campagne médiatique qui fait pâlir d’envie Pyongyang.
    A défaut de soutien populaire sur le fond transformons-le en un demiurge !
    Les difficultés, dont parle l’auteur du blog, ne seront pas moindres pour lui. On voit déjà, à peine 3 semaines après son élection, éclater les contradictions au sein de son attelage hétéroclite. Cela montera en puissance jusqu’au feu d’artifice final . … dans 10-14 mois. Parions !
    Et il faudra bien convoquer une Convention à ce moment là, mais dans un contexte autrement plus tendu que si on l’avait fait maintenant.

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