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INCORRUPTIBLE FILLON


ISNARD

Ce pauvre François Fillon traverse une période tendue. Se laisser prendre les mains dans le sac quand le Graal, la Présidence de la République, paraît si proche, doit ou devrait le faire réfléchir aux comportements des grands ancêtres.
Robespierre a combattu toute sa vie et a défendu ses convictions inlassablement. Qu’on en juge par ces quelques exemples tirés de ses discours à la tribune de l’Assemblée Constituante
Le 24 Août 1789 : « Vous ne devez pas balancer de déclarer franchement la liberté de la presse. »
Le 22 Octobre 1789 : « Tous les citoyens, quels qu’ils soient, ont le droit de prétendre à tous les degrés de représentation. Rien n’est plus conforme à votre déclaration des droits devant laquelle, tout privilège, toute distinction, toute exception doivent disparaître. […] Sinon, il n’est pas vrai que tous les hommes sont égaux en droits. »
Le 23 Janvier 1790, la Constituante ayant néanmoins admis le principe d’un paiement pour élire et être élu (le marc d’argent): « Dans l’état actuel, l’égalité politique est détruite. » et Robespierre propose que « tous les Français […] seront admissibles à tous les emplois publics sans autre distinction que celle des vertus et des talents. »
Le 23 Septembre 1790 : « … le droit de citoyen est un droit naturel dont doit jouir tout membre d’une société politique. »
Le 28 Octobre 1790, à propos des jugements militaires : « Il est impossible de décréter que les soldats n’auront pas d’autres juges que les officiers. »
Le 2 Février 1791, pour l’unanimité des jurys de condamnation : « L’Angleterre et l’Amérique n’ont-elles pas adopté cette sage pratique de ne condamner les accusés qu’à une unanimité parfaite ? Et c’est avec raison, car il n’est peut-être pas extraordinaire de voir la raison du côté de la minorité. […] Cette loi ne sauvât-elle qu’un innocent dans un siècle, ce serait une forte raison pour la porter. »
Le 5 Février 1791, invoquant encore et toujours l’égalité : « C’est d’après ces principes que je propose que tout citoyen puisse être admis aux fonctions de juré. »
Le 11 Avril 1791, se méfiant apparemment des emplois fictifs : « A moins qu’on ne me prouve qu’il est nécessaire d’accorder aux ministres un traitement extraordinaire pour les dîners qu’ils donnent, je ne vois pas qu’ils aient besoin d’une somme aussi considérable… »
Le 27 Avril 1791 : « Tous les citoyens doivent être admis à remplir les fonctions de garde nationale […] ceux qui ne paient pas de certaines contributions sont-ils esclaves ? Sont-ils étrangers aux autres citoyens ? »
Le 13 Mai 1791, à propos des assemblées coloniales esclavagistes : « Périssent les colonies, s’il doit vous en coûter votre bonheur, votre gloire, votre liberté. Je le répète : périssent les colonies si les colons veulent, par les menaces, nous forcer à décréter ce qui convient le plus à leurs intérêts. »
Le 28 Mai 1791, Robespierre revient à la charge : « C’est ici le moment de réformer le décret du marc d’argent. Je demande que tout Français domicilié soit déclaré citoyen actif et éligible. »
Le 30 Mai 1791 enfin, sur la peine de mort, avec un couplet très actuel: « Je viens prier, non les dieux mais les législateurs (…) d’effacer du code des Français les lois de sang qui commandent les meurtres juridiques. (…) Quand le fanatisme, né de l’union monstrueuse de l’ignorance et du despotisme, inventa à son tour les crimes de lèse-majesté divine, quand il conçut dans son délire le projet de venger Dieu lui-même, ne fallut-il pas qu’il lui offrît aussi du sang (…) Je conclus à ce que la peine de mort soit abrogée. »»
On mesure par ces exemples l’incroyable ténacité de Robespierre. Il y a gagné le surnom magnifique d’Incorruptible et un immense soutien populaire. Même ses adversaires les plus acharnés, les plus malveillants, les plus fourbes, après sa mort, ont renoncé à salir sa mémoire sur le terrain de l’intégrité.
C’est la grande leçon à tirer. Quelque soient les convictions des hommes publics, il leur faut être irréprochable. Non seulement la morale s’en satisfait mais l’efficacité y trouve également son compte. Quoique dise désormais François Fillon, il sera renvoyé à ses turpitudes et ses discours à lui seront moins audibles. Déjà ses leçons de morale, dispensées par exemple à destination de Nicolas Sarkozy, lui reviennent violemment au visage. Un homme politique sans casserole voyage léger. Fillon s’est alourdi gravement.

Pour Benoît Hamon, Robespierre a également un message. A supposer que l’Etat ait les moyens de distribuer entre trois cents et cinq cents milliards d’Euros, l’aumône, appelée Revenu Universel, altèrerait nécessairement la dignité des citoyens concernés. Ainsi en jugeait Robespierre le 23 Septembre 1790 qui considérait que tout citoyen devait s’acquitter de l’impôt, même minime. Décidément, l’idée d’un tel dispositif ne peut que désagréger encore davantage la République et séparer les citoyens en deux classes, les actifs et les passifs….. comme en 1791.

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