Le Blog des Fondateurs

IMMENSE FATIGUE


00-CALENDRIER-REPUBLICAIN

En matière d’inepties concernant la Révolution et son acmé, la Terreur, l’actualité ne déçoit pas (Voir mon Blog « Les cons osent tout. »). Au fil d’une tribune consacrée à Daech, parue dans le Journal Le Monde daté du 9 Juin 2016 – page 23 – Débats et Analyses, Rachid Benzine qui se définit comme islamologue, trouve à son tour pertinent d’établir une parenté idéologique monstrueuse.
Citation : « Daech, c’est, en même temps, l’Inquisition médiévale espagnole, la Terreur révolutionnaire de 1793, la tentative nazie d’extermination des juifs considérés comme les responsables des malheurs de l’Europe, les procès et les goulags staliniens, le génocide des populations « nocives » cambodgiennes mis en oeuvre par les Khmers rouges… »
Accablé par tant de stupidité, il serait légitime de ressentir une grande lassitude, voire une immense fatigue. Il convient pourtant de s’insurger contre un tel contresens.
Rachid Benzine cite donc cinq épisodes historiques violents qui expliqueraient la nature profonde de Daech. Le choix de ces épisodes est totalement artificiel et leur seul point commun est la violence. Soit. Voyons rapidement le but, l’impact quantitatif, les suites politiques, le type de propagande et le contexte extérieur propres à ces épisodes et à Daech.

Pourquoi la Terreur ? Pour défendre la République porteuse d’incalculables progrès universels au contraire des autres épisodes qui se concurrencent en barbarie et en régression, de la folie sanguinaire de dictateurs à l’intolérance religieuse mortifère.

Combien de morts ? Les épisodes violents ont eu des conséquences quantitatives diverses. On compte en millions les victimes du nazisme, du stalinisme et des Khmers rouges. L’Inquisition espagnole a donné lieu à quelques dizaines de milliers de morts mais la chasse aux hérésies a émaillé l’histoire de la chrétienté depuis toujours. Le nombre des victimes civiles de la Terreur est de l’ordre de dix mille exécutions (dont 2500 à Paris). Bref, l’échelle varie de un à plusieurs centaines. De ce point de vue quantitatif, les épisodes violents de la Guerre de Sécession ou de la répression anti-communiste de 1965 en Indonésie avaient davantage leur place que la Terreur.

Quelles suites politiques à ces violences? A plus ou moins long terme, les violences et les responsables ont été condamnés, au moins moralement. D’autre part, personne, sauf exception, ne se réclame du nazisme ou du stalinisme désormais. Pendant la Révolution au contraire, la Terreur Blanche a immédiatement sévi contre les responsables de la Terreur Rouge alors même que les principes démocratiques ont heureusement survécu. Gageons que les dirigeants de Daech seront éliminés et que leurs «valeurs» mourront avec eux.

Quel type de propagande ? Staline et Hitler ont soigneusement évité toute propagande sur les massacres, les exécutions et le génocide. Délibérément, ces horreurs se sont déroulées à l’abri des regards, honteusement, et l’on comprend pourquoi. A l’inverse, l’Inquisition et Daech ont multiplié et multiplient les atrocités « exemplaires ».
La Convention, elle, met la Terreur à l’ordre du jour; c’est dire assez que les républicains veulent publiquement punir les traîtres, mais surtout, par cette publicité bruyante, neutraliser les opposants. Ainsi en est-il par exemple de Couthon, député du Puy de Dôme, membre du Comité de Salut Public, envoyé à Lyon pour appliquer le fameux décret de la Convention du 12 Octobre 1793: « La ville de Lyon sera détruite. (…) Lyon fit la guerre à la Liberté, Lyon n’est plus. » En réalité, Couthon fit détruire quelques maisons et sut limiter la répression; l’objectif était de frapper les esprits.

Le contexte extérieur ? Staline, les Khmers rouges et l’Inquisition sévissent sans être menacés d’invasion. L’idéologie nazie porte le génocide des juifs, indépendamment de la guerre mondiale. A l’inverse, la République assaillie par une multitude de puissances, n’utilise la Terreur que pour neutraliser leurs complices sur le territoire.

Au final, quelle pitié d’amalgamer ainsi des époques et des violences sans rapport, résultat de l’ignorance et d’une paresse intellectuelle trop répandues ! Non, la Terreur Révolutionnaire n’a pas sa place dans ce Panthéon des abominations et, quel que soit l’approche considérée, rien à voir avec Daech,

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