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Du bon usage du Panthéon


ISNARD

Par décret du 4 Avril 1791, soit deux jours après la mort de Mirabeau, l’Assemblée Constituante a créé le Panthéon et la dépouille du grand homme y a été placée aussitôt. Seulement, à l’époque, la corruption de Mirabeau reste ignorée. Plus tard, le jour se fait sur le personnage mais Mirabeau reste en place. (La Révolution a d’autres préoccupations)

Le 13 Juillet 1793, Marat est assassiné. Deux décrets du 14 et du 25 Novembre 1793 le destinent à son tour au Panthéon. Là encore, le temps passe jusqu’au 21 Septembre 1794, date à laquelle la dépouille de Marat entre au Panthéon alors que conformément aux mêmes décrets, Mirabeau en sort « par une porte latérale » (Le Moniteur) L’aller-retour de Mirabeau ne semble pas préoccuper les contemporains.

Pourtant, la coalition réactionnaire dominant la Convention, soutenant notamment les Comités de gouvernement dont les Montagnards sont absents, obtient l’expulsion de Marat du Panthéon. Pour y parvenir, ces Comités encouragent la Jeunesse Dorée, suscitent des pétitions de sections parisiennes – plus ou moins sous contrôle royaliste -, font valoir que les bustes de Marat, d’ailleurs détruits ou jetés dans le caniveau,  donnent lieu à des rixes scandaleuses, mécaniquement attribuées aux Jacobins. Au nom des trois Comités, l’ex-maratiste André DUMONT fait ainsi approuver le 8 Février 1795 un Décret habilement non nominatif qui fixe une règle devenue définitive : désormais, «  les honneurs du Panthéon ne pourront être décernés à aucun citoyen (…) que dix ans après sa mort. » Et pour que le décret s’applique rétroactivement à Marat, le décret précise : « Tout décret dont les dispositions seraient contraires est rapporté. ».

Clairement, l’aller-retour de Marat a donné à réfléchir. Le lendemain d’ailleurs, des sections parisiennes défilent pour féliciter la Convention d’avoir épuré le Panthéon et de ne plus permettre les « grands hommes provisoires ».

Marat aurait approuvé ce décret car, ironie de l’Histoire, Marat avait attaqué le général Dumouriez, alors immensément populaire, vainqueur de Valmy et de Jemmapes, en disant : « Je veux voir la fin de sa carrière avant de le féliciter. » Bien vu, Marat : quelques mois plus tard, en Avril 1793, Dumouriez trahit et passe à l’ennemi

Aujourd’hui, François Hollande fait entrer au Panthéon quatre grands résistants, morts depuis plus de dix ans. Très bien. On peut y voir une petite manœuvre politicienne mais rien de grave. En revanche, on peut regretter que cette règle des dix ans, valable pour le Panthéon, ne s’applique pas pour une multitude de stades, piscines, rues, complexes sportifs et toutes sortes d’établissements qui portent le nom de personnes vivantes. On est loin de la sagesse acquise par nos anciens dans une période quelque peu agitée.

 

 

 

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