Le Blog des Fondateurs

CHAPEAU L’ARTISTE !


GUADET

C’est une performance, un exploit, un tour de force. Emmanuel MACRON en passe de devenir Président de la République Française. Parti de peu de choses, – de brillantes études, un carnet d’adresses, un poste stratégique à l’Elysée, un ministère important – il a su drainer des soutiens, trahir utilement, valoriser son image, rester dans le flou autant que nécessaire. Son ambition personnelle sympathique aux medias l’a propulsé en vitrine de la politique française avec couvertures de magazines, multiples reportages, gros plans avantageux.
Le soufflé, loin de retomber, a pris de la consistance. Malgré quelques erreurs -une forme de mépris social, la colonisation qualifiée de crime contre l’humanité, précisément en Algérie, d’où le soupçon d’opportunisme, la soirée de la Rotonde avec son triomphalisme prématuré, la morgue exprimée ce jour-là – cette aventure humaine individuelle que l’on croyait appelée à se dégonfler dans un pschitt retentissant a donc tenu la route politique jusqu’à la magistrature suprême. Chapeau l’artiste !

Prenons un peu de hauteur. Deux aspects préoccupants méritent spécialement notre attention dans cette élection qui recèle deux dangers pour la République Française.

Le premier porte sur le cynisme possible de l’impétrant. Comme d’autres avant lui, il risque à l’avenir de se gargariser de sa réussite, de ne plus croire qu’en son étoile et de s’affranchir du réel. L’aventure bonapartiste, qui a fini en désastre, doit lui rester à l’esprit. Pour la masse des citoyens, il importe de se prémunir contre le culte de la personnalité, de l’homme providentiel, du pouvoir personnel, de la dépendance d’un seul individu. En outre, pour Macron, la griserie du pouvoir, les postures christiques, qui renvoient nécessairement aux révélations divines, donnent un surcroît d’inquiétude. Il ne faudrait pas que notre futur Président ignore la masse des citoyens, qu’ayant atteint son graal personnel, il plane et se contemple.
Espérons qu’il restera les pieds sur terre et qu’il comptera toujours sur l’intelligence collective. Certes on est soulagé de voir qu’Emmanuel Macron a seul été capable lors du débat d’entre deux tours d’endosser le costume de Président. En outre, les institutions de la Vème République, il est vrai, concentrent l’essentiel du pouvoir entre les mains d’un seul individu. Que celui-ci reste équilibré et lucide nous importe donc avant tout.

L’autre danger, plus immédiat et plus concret, porte sur le choix politique du Centre. Le Centre renvoie à la fois aux notions de modération et de pondération. Mais aussi au défaut de ligne claire, historiquement propre à l’instabilité et aux compromis vaseux.

L’exemple de la Convention Nationale donne une fois de plus un exemple éclairant à cet égard. On sait que, successivement, l’aile Droite Girondine de la Convention a perdu son influence, puis que la Gauche, les Montagnards, s’est déchirée jusqu’à disparaître de la scène politique. Qu’en est-il résulté ? Le Marais, formé de républicains modérés et de néo-monarchistes, aidé de Montagnards repentis, a dominé les derniers temps de la Convention Nationale. Ce Marais, qui a suivi une ligne de crête comparable à celle de Macron aujourd’hui, a notamment produit une Constitution, dite de l’An III, donnant naissance au Directoire.
Aucun danger de culte de la personnalité à l’époque. Les hommes marquants comme Barras, Daunou, Reubell, Larévéllière, Siéyès, Merlin de Douai, Cambacérès, Carnot, partagent le rejet de la Monarchie et surtout, l’influence excessive et traumatisante autrefois acquise par un seul homme, Robespierre.
Mais pas de stabilité non plus car le défaut d’assise parlementaire a amené le Directoire à recourir à des coups d’état ou des coups de force successifs, contre la Droite ou la Gauche selon les cas. La fréquence annuelle des scrutins législatifs et les changements survenus dans les majorités expliquent aussi cette instabilité chronique. Ainsi, sous la Ière République, le Centre a navigué à vue, sans ligne politique déterminée, sous l’empire du pragmatisme cher à Macron.
De ce point de vue, la suite du parcours presque sans faute d’Emmanuel Macron dépend de la stabilité gouvernementale, elle-même résultant d’une majorité législative claire. Pour le coup, rien n’est fait. Les élections législatives déboucheront sur la formation de groupes parlementaires. Le Président devra associer plusieurs de ces groupes dans une majorité solidaire pour un contrat de législature, pour mener à bien un programme – enfin – et atteindre des objectifs. Président, Macron devra à tout prix éviter cinq années de tripatouillages, de débauchages individuels, de demi-mesures, de procrastination.
Faute de quoi, ces cinq années nous paraîtraient bien longues et feraient à coup sûr les délices du Front National.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>