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2014 = 1799 ?

GREGOIRE

C’est peu de  dire que ceux qui ont entouré François HOLLANDE, ne sont pas toujours tendres avec lui. Le propos n’est pas de mesurer le bien fondé des critiques mais d’envisager les conséquences de ces dénigrements répétés et de ces attaques « ad hominem ».

 

En peu de temps, aux confins de la politique et du spectacle, on a vu au moins trois sources de fiel se manifester :

  • des anciens ministres (Delphine BATHO, Cécile DUFLOT, Arnaud MONTEBOURG, Benoit HAMON, Aurélie FILIPETTI),
  • de supposés alliés aux élections (Jean-Luc MELENCHON, Pierre LAURENT)
  • et des intimes (Valérie TRIERWEILER)

cracher leur venin à travers des livres et des déclarations publiques. Tous font passer leur « ego » avant l’intérêt général. Que leur ressentiment soit ou non justifié, ils sont incapables de répondre à des questions simples : « Pourquoi avez-vous suivi et accepté les propositions de François HOLLANDE ? Pourquoi avez-vous soutenu  un homme si lamentable ? »

 

En mai et juin 1799, de la même manière, des hommes vexés s’attaquent aux Directeurs. Sans doute, en arrière-plan, des difficultés politiques réelles, surtout d’ordre militaire, justifient des critiques. Elles peuvent se comparer aux problèmes économiques d’aujourd’hui. Mais à cette époque aussi, les attaques personnalisées manquent de hauteur (corruption supposée de REUBELL, délire sectaire de LAREVELLIERE-LEPEAUX, vanité hautaine de MERLIN DE DOUAI)

Le 9 Juin, SIEYES remplace le Directeur REUBELL. Le 16 Juin, l’élection du Directeur TREILHARD est invalidée. Le 18 Juin, les Directeurs MERLIN DE DOUAI et LAREVELLIERE-LEPEAUX sont poussés à la démission. Le 15 Juillet, ces quatre hommes sont mis en accusation. Tous les quatre, de même que SIEYES, ont fait partie de l’Assemblée Constituante et de la Convention Nationale. Ils participent au combat politique depuis le début de la Révolution. Ils ont voté la mort du Roi Louis XVI sans sursis (sauf REUBELL, absent).

En dehors de SIEYES, les remplaçants n’ont pas l’expérience, la notoriété, l’influence et la clairvoyance voulues. Roger DUCOS, ex-conventionnel régicide, n’existe que par SIEYES. Le général MOULIN et GOHIER, sincèrement républicains, manquent d’envergure et de lucidité.

Parmi les initiateurs des attaques qui ont amené ces résultats, on trouve sans surprise des hommes comme BOULAY de la MEURTHE (futur Comte et Conseiller d’Etat) et FRANÇAIS de NANTES (futur Comte, Préfet et Conseiller d’Etat), qui sont des opportunistes, futurs séides de Bonaparte. Ceux-là cherchent à se faire une place.

Mais on trouve aussi des républicains de premier plan comme BERTRAND-LHODISNIERE, GENISSIEU et LAMARQUE, pourtant alliés naturels des Directeurs remplacés. Tous trois, anciens Conventionnels régicides, et de très nombreux républicains avec eux, se trompent tragiquement de cible. Ils contribuent à la chute des Directeurs parce que les Conseils (CINQ-CENTS et ANCIENS) n’ont pas assez de pouvoir. Mais quatre mois plus tard, ils lutteront de toutes leurs forces, sans espoir, contre le Coup d’Etat de Bonaparte au 19 Brumaire. Et les Conseils sont dissous…

La dictature bonapartiste chercha à écraser les Républicains indomptables. Elle sut séduire, voire corrompre les autres. Les complicités de Bonaparte étaient immenses et puissantes. Cependant, risquons une hypothèse : un homme comme LAREVELLIERE-LEPEAUX, resté au Directoire, pouvait se révéler un obstacle insurmontable.

A l’époque, les Républicains, divisés, consacrent plus de temps à s’autodétruire qu’à circonscrire la menace qui plane.

Ne peut-on pas en dire autant des progressistes d’aujourd’hui ? Il faut être aveugle pour ignorer que ces comportements irresponsables d’enfants gâtés et de divas favorisent le Front National.

Deux listes de 17 conventionnels face à face

DESMOUNLINS

Au 20 Brumaire An VII (10 Novembre 1799), dix sept ex-Conventionnels sont compris dans la proscription qui frappe les députés opposants au Coup d’Etat. Dix sept ex-Conventionnels, complices du Coup d’Etat, proscrivent (entre autres) dix-sept de leurs anciens collègues.

Qui trouve-t-on dans ces listes ?

Parmi les opposants, à part GARRAU et LESAGE-SENAULT, ex-Montagnards passés à travers les mailles des répressions, beaucoup appartenaient à la Gironde modérée mais républicaine tels FRONTON-DUPLANTIER, QUIROT, POULLAIN-GRANDPREY, BERTRAND-LHODIESNIERE. D’autres siégeaient dans le Marais à la Convention avant de se révéler tardivement franchement républicains comme LEGOT et BORDAS par exemple.

Enfin, notons la présence surprenante d’ex Thermidoriens. Leurs positions étaient évolutives, voire opportunistes, à la Convention. Aujourd’hui, ils font face. GOUPILLEAU-MONTAIGU est de ceux-là.

Presque tous sont harcelés, voire persécutés, à partir du Coup d’Etat. Tous sont espionnés. Treize sur dix-sept rentrent dans la vie privée, dont TALOT  et BERTRAND-LHODIESNIERE, qui refusent avec hauteur toutes les propositions de postes, grades et gratifications. Plusieurs (5) sont mis en résidence surveillée ou condamnés à l’exil intérieur. D’autres (4) sont arrêtés et séjournent en prison. Plusieurs cumulent peines et vexations.

 

Mais nécessité fait loi pour ceux (4) qui n’ont pas les revenus ou le patrimoine qui auraient permis de conserver toute sa dignité. BORDAS rentre au Ministère de la Justice, LEGOT dans l’administration fiscale, GARRAU dans l’Armée. L’exemple le plus frappant est celui de JOUBERT de l’Hérault, qui à peine proscrit, fait allégeance et obtient un poste modeste dans l’administration militaire. « Les citoyens qui en sont chargés (du Gouvernement Provisoire-NDR) offrent aux Républicains une garantie irrécusable ». Cette humiliation ne lui porte pas bonheur. Il meurt après deux mois d’agonie en 1812 lors de la retraite de Russie.

 

Ceux qui se sont opposés au 19 Brumaire méritent en tous cas le respect. Notons que ne figure parmi eux aucun personnage de premier plan. Mais ces hommes se sont battus sans espoir pour la Liberté, invoquant la Loi devant les bayonnettes de Bonaparte. En outre, à la persécution du Consulat et de l’Empire a succédé pour beaucoup celle de la Restauration. Leur vie à tous a basculé ce 19 Brumaire. Aucun d’entre eux ne vivra l’avènement de la IIè République.

 

Les dix sept ex-Conventionnels complices du Coup d’Etat forment eux un groupe plus diversifié. Notons tout d’abord que des célébrités de l’époque et encore de nos jours figurent parmi eux. Ils ont en effet occupé des postes importants avant le 19 Brumaire.

A la Convention, sept ont été membres du Comité de Salut Public, trois du Comité de Sûreté générale, quatre du comité de Législation et deux de la Commission des Onze (qui a préparé la Constitution de l’An III). Surtout, cinq ont eu l’immense responsabilité de présider la Convention (CHENIER, DAUNOU, MATHIEU, LALOY et VERNIER).

Ensuite, là aussi, observons que leur positions politiques ont été très diverses. Par exemple, lors du Procès de Louis XVI, quatre avaient voté pour l’extrême sévérité, sept avaient choisi les votes les plus indulgents, deux avaient opté pour des votes intermédiaires. Quatre ne siégeaient pas encore en Janvier 1793.

Notons enfin que cinq d’entre eux ont favorisé et soutenu le Coup d’Etat du 18 Fructidor An V (4 Septembre 1797) qui avait neutralisé la menace Royaliste sous le Directoire. Ils ont eu alors le courage de se compromettre contre le pouvoir personnel.

Arrive le 20 Brumaire auquel ils prêtent main forte. En récompense de leurs services, sept complices rentrent au Tribunat, cinq au Sénat, quatre au Corps Législatif, un devient Préfet. Bien.

Mais les choses se compliquent et l’épuration commence. Des sept complices membres du Tribunat, six sont exclus en 1802, le septième en 1804 ! Des quatre complices membres du Corps Législatif, l’un est exclus en 1802, un deuxième en 1803, un troisième en 1806 ! Les cinq complices membres du Sénat sont plus dociles : un seul est disgracié en 1808. Au total, onze complices sur dix-sept déplaisent au fil du temps au nouveau pouvoir. Quelques uns s’humilient encore d’avantage et reviennent en grâce comme CHAZAL (Préfet) ou GIROT-POUZOL (Sous-Préfet). Mais d’autres, à leur tour – hélas, trop tard – s’enveloppent dans leur manteau et rentrent dans la vie privée. Cela dit, ils ne sont pas persécutés comme les opposants au 19 Brumaire. Les plus serviles conservent leurs charges et deviennent Chevaliers (deux), Barons (deux) ou Comtes d’Empire (quatre). Deux de ces « fondateurs » puis fossoyeurs de la République seront même Pairs de France sous Louis XVIII !

 

Que conclure ? D’abord que de nombreux complices du Coup d’Etat, pourtant a priori bien informés, ont été victimes d’un formidable mirage politique. Que des hommes comme CHENIER, DAUNOU, LALOY et MATHIEU aient pu croire que Bonaparte préserverait les libertés si chèrement acquises montre qu’avant d’être Empereur, Napoléon était déjà roi de la propagande. Que Bonaparte a su diviser les Républicains pour installer sa dictature. Qu’au fil des années, il a proscrit la moindre velléité d’indépendance d’esprit. Qu’enfin, ceux qui sont restés « sages », couverts d’or et de broderies, ne lui ont été d’aucune utilité le moment venu où le courage et l’énergie étaient si nécessaires, en 1813.

Les grands Conventionnels manquaient tous à l’appel.

 

De l’huile sur le feu

02-BRUMAIRE

L’imbroglio règne au Moyen Orient depuis des décennies. Les USA envahirent l’Irak qui avait envahi autrefois le Koweit. Les USA eurent l’appui des monarchies du Golfe et Saddam Hussein fut abattu.

Mais ensuite le chaos s’installe en Irak à l’instar de l’Afghanistan qui a subi également l’intervention occidentale.

La Libye de son côté traverse une période d’anarchie violente depuis la chute de Kadhafi à la suite d’une autre intervention occidentale.

Là-dessus intervient le printemps arabe avec quelques résultats éloquents : l’Egypte retombe en dictature et la Syrie est déchirée. Bachar El Assad fait face d’abord a une opposition laïque progressiste qu’il parvient à écraser à grands renforts de massacres et tortures.

 

Au Moyen Orient aujourd’hui, tout est imbriqué et presque incompréhensible quand on intègre à la réflexion l’Iran chiite, les moyenâgeuses et théocratiques monarchies sunnites, la division de l’Irak et de la Syrie entre ces deux faces de l’Islam, le Kurdistan, le Hezbollah libanais, et le dernier arrivé : DAECH, l’Etat Islamique, avec en toile de fond pétrole et terrorisme.

Entre tous ces acteurs aux intérêts si divergents, aux idées, cultures et fanatismes si éloignés de notre univers démocratique, ces acteurs qui rivalisent de barbarie, qui invoquent la religion musulmane à tout propos, faut-il vraiment chercher un bon face aux méchants ?

 

Or, des puissances occidentales dont la France, envoient des armes perfectionnées aux kurdes.

Cette décision n’a pas été discutée. Il est temps d’en parler et de se poser au moins trois questions

Faut-il intervenir ?

Faut-il envoyer des armes ?

Pourquoi aux Kurdes ?

 

Les interventions précédentes ont montré leurs limites, d’abord parce que des arrière-pensées immondes (pétrole et reconstruction) ou des mensonges cyniques (armes de destruction massives) ont entaché leur sincérité, ensuite parce que des violences sans sont suivies. Mais enfin, les motifs paraissaient légitimes. Au vu des résultats cependant, il y aurait lieu d’appliquer désormais le précepte de DANTON énoncé le 13 Avril 1793 : la République Française ne s’immisce pas dans les affaires d’autres nations… sauf si elle est agressée.

 

En dépit de ce sage décret, aujourd’hui, la France invoque la menace terroriste de DAECH et intervient. Soit.

Mais alors, que la République conserve la maîtrise de ses actions militaires, sur la base de raids aériens, sans envoi de troupes au sol. (Un enlisement militaire meurtrier est toujours à craindre.). Au-delà, les démarches diplomatiques devraient viser à priver DAECH de ses anciens soutiens financiers, logistiques et militaires. Et c’est là que les monarchies du Golfe ont une immense responsabilité, elles qui ont caressé le serpent qui les menace aujourd’hui.

Que ces monarchies fassent le nécessaire. Qu’elles arment et forment des combattants. Les Occidentaux peuvent appuyer ce projet mais non pas figurer en première ligne.

 

Pourtant, la France envoie des armes « perfectionnées »

L’envoi d’armes soulage peut-être les consciences bouleversées par les images de décapitation. Mais pour ces quelques assassinats barbares, il ne faudrait pas provoquer un bain de sang. En outre, une arme passe aisément à l’ennemi. DAECH a pillé les dépôts militaires Irakiens. En Lybie, des armes fournies par les Occidentaux sont passées entre les mains de clans terroristes. Alors envoyer des armes dans un tel contexte, c’est jouer à la roulette russe.

 

Les Kurdes bénéficient donc de ces envois. Pourquoi eux, dont la principale organisation, le PKK est classée comme terroriste par les USA ? Parce que, dira-t-on, eux seuls luttent contre DAECH. Mais qui ne sait que le but des Kurdes est l’indépendance du Kurdistan qui s’étend sur quatre pays, de l’Iran à la Turquie en passant bien sûr par la Syrie et l’Irak. Le but des Kurdes n’est de lutter contre DAECH que dans la mesure où le Kurdistan est partiellement occupé. Demain, les Kurdes cesseront le combat si le Kurdistan est libéré. De ce point de vue, DAECH a tout intérêt à se cantonner aux zones non kurdes de Syrie et d’Irak.

 

A terme, outre l’hypothèque sur le devenir des armes, se posera inévitablement la question de l’indépendance kurde avec revendications territoriales, perçues nécessairement comme agressives. Aujourd’hui, l’Occident, en permettant aux kurdes de légitimer à bon compte leur indépendance, prépare de nouvelles guerres, de nouvelles misères et de nouvelles barbaries.

La résolution du 19 Brumaire An VIII

LOUVET

Bonaparte a tué la République. La première manifestation officielle du nouveau régime se présente sous la forme d’une résolution. A cet égard, il importe d’examiner cette résolution, approuvée par ce qui reste du Conseil des Cinq Cents dans la nuit du 19 au 20 Brumaire. Après un rapport de BOULAY de la Meurthe, complice du coup d’état, la résolution est justifiée par la nécessité d’un nouvel état de choses « provisoire et intermédiaire ». La scène se déroule bien après minuit, si l’on en croit le Moniteur.

 

L’Article 1er stipule : « Il n’y a plus de Directoire, et ne sont plus membres de la représentation nationale, pour les excès et les attentats auxquels ils se sont constamment portés, et notamment, le plus grand nombre d’entre eux, dans la séance de ce matin, les individus ci-après nommés. » Suit une liste de soixante deux députés.

 

Plusieurs remarques s’imposent.

D’abord, cet Article 1er parle de choses très différentes. A la réflexion, la phrase : « Il n’y a plus de Directoire », devait constituer un Article à elle seule. L’annonce en SEPT mots de la fin d’un régime politique le méritait. L’événement est tout sauf anodin.

Mais les nouveaux maîtres travaillent dans la précipitation, par crainte d’un soulèvement des faubourgs. Ainsi, à une annonce politique majeure, ils sont pressés d’ajouter ce qui s’apparente à une liste de proscription. La cohabitation de ces deux niveaux de préoccupation altère la solennité recherchée et traduisent leur anxiété, presque leur peur physique. On sait que SIEYES avait préparé ses voitures pour échapper aux républicains  en cas d’échec du coup d’état.  Dans le même article donc, il est question de Pouvoir Suprême et de basse besogne répressive.

Ensuite, l’imprécision, le vague et le flou frappent l’esprit : « le plus grand nombre », « notamment », « les excès et les attentats ».

Quel est leur crime principal? Quels autres crimes ont-ils commis ? Qui précisément a fait quoi ? Rien ne le dit. Tout cela laisse planer un parfum de panique.

Enfin, on peut tenter l’hypothèse de la fatigue générale pour expliquer ces erreurs manifestes de communication. L’essentiel était de prendre date et de parer au danger le plus pressé. Il n’empêche que les conjurés trahissent leur angoisse en confondant vitesse et précipitation.

 

D’autant que cette résolution comprend au total 16 articles. L’Article II nomme SIEYES, ROGER-DUCOS et BONAPARTE Consuls de la République Française. L’Article III leur donne « la plénitude du pouvoir directorial », c’est-à-dire tous pouvoirs sans limite ni notion de durée. D’autant que selon l’Article V, « Le Corps Législatif s’ajourne au 1er Ventôse prochain (20 Février NDR) ; il se remettra de plein droit, à cette époque, à Paris, dans ses palais. » Donc, du 10 Novembre au 20 Février, soit pendant 100 jours à peu près, les Consuls se donnent les mains libres.

Le « de plein droit» est de nature à rassurer et rappelle le Serment du Jeu de Paume, par lequel les Constituants s’octroyaient la légitimité politique, où qu’ils se trouvent réunis. Evidemment, au 1er Ventôse, personne ne voudra, ou plutôt ne pourra, rappeler l’engagement des Consuls..

L’Article VIII indique : « Avant sa séparation et séance tenante, chaque Conseil nommera dans son sein une commission composée de 25 membres. »

Après quoi, vers quatre heures du matin, les complices du coup d’état rentrent à Paris.

Le matin du 20 Novembre, vers 9 heures, la résolution des Cinq Cents arrive en discussion au Conseil des Anciens. Apparemment seul, GUYOMAR, qu’on avait soigneusement évité de convoquer la veille, s’y oppose comme inconstitutionnelle. Piteusement, le Conseil des Anciens approuve la résolution alors même qu’il avait voté peu avant pour un ajournement des Conseils au 1er Nivôse (20 Décembre NDR).

Après cette approbation, les Conseils nomment chacun dans la journée du 20 Brumaire une commission de 25 membres.

 

Au 20 Brumaire, l’Histoire place donc face à face deux listes de représentants du peuple; d’une part, les complices du coup d’état, d’autre part, les opposants à ce même coup d’état.

Cinquante députés composent les deux commissions provisoires de vingt cinq membres cooptés et validés par les Consuls. Parmi eux, figurent DIX SEPT  anciens membres de la Convention Nationale

La résolution du 20 Brumaire cite soixante deux noms d’opposants.

Parmi eux, pour son honneur, figurent DIX SEPT anciens membres de la Convention Nationale.

Pétain et Bonaparte

10-MESSIDOR

Que de différences, bien sûr, entre Pétain et Bonaparte.

Pourtant, quels points communs significatifs lors de leur prise de pouvoir respective!

Tous deux sont des militaires, auréolés de gloire. Par un coup d’état, financé par les grandes fortunes (banquiers et/ou industriels), ils remplacent un régime parlementaire, légitimé par le vote des citoyens. Sans doute, ces régimes, Directoire et Troisième République, connaissent des difficultés réelles. Mais en plus, nos deux héros entretiennent et confortent le discrédit à grand renfort de propagande mensongère. Tous deux prétendent succéder au chaos et multiplient les promesses rassurantes en matière notamment d’ordre public et de propriétés.

Tous deux, conscients de l’illégalité du coup d’état, prétendent  en même temps respecter la légalité. Tous deux annoncent un retour rapide à la normale.

Le 10 Novembre 1799, Bonaparte ajourne les Conseils au 20 Février suivant. Donc le régime légitime ne paraît pas menacé.

Pétain, muni des pleins pouvoirs, promet une consultation populaire afin de légitimer les changements politiques. Dans la réalité, les Conseils ne se réuniront plus jamais et la consultation populaire n’aura jamais lieu.

 

Pour Pétain, les pleins pouvoirs s’obtiennent alors que le Parti Communiste a été interdit. La masse des Droites des deux chambres plus une bonne partie des socialistes et radicaux, et même quelques anciens communistes votent les pleins pouvoirs à Pétain. Rappelons que la majorité de gauche dans la Chambre du Front Populaire étant extrêmement courte, la gauche est minoritaire au total des membres des deux Chambres.

Face à la dictature de Pétain, certains parlementaires ont voulu s’opposer immédiatement. On sait que 80 ont voté contre à leurs risques et périls. D’autres étaient complices, la masse a suivi avant de déchanter progressivement.

Face à la dictature de Bonaparte, on trouve les mêmes attitudes. Du courage, de la Résistance, du désintéressement d’une côté, du cynisme, de la veulerie et de l’hypocrisie de l’autre.

Pour être exact, certains des complices ont une vision angélique du coup d’état. Leur aveuglement cessera très rapidement.

 

Au final, on ne peut qu’être perplexe lorsque l’on considère le traitement réservé par la postérité aux deux principaux auteurs de crimes contre la liberté: Pétain en enfer, Bonaparte au firmament.

Le Sénat pour le non-cumul… des autres.

11-THERMIDOR

Ce serait comique si décidément notre République ne paraissait pas si mal en point.

Les hommes politiques donnent l’impression de n’avoir à l’esprit que les avantages à tirer de leur mandat et, c’est le plus marquant, sans craindre de se discréditer aveuglément.

 

Donc le Sénat se prononce en principe pour le non cumul des mandats. Il faut saluer cette orientation politique du Président Hollande vers plus de transparence.

 

Mais le Sénat s’exclut des dispositions de ce projet de loi.

Les mots manquent : inconscient, grotesque, inepte, ridicule, dangereux…

Le Sénat est l’héritier du Conseil des Anciens du Directoire, déjà plus conservateur à l’époque que le Conseil des Cinq-Cents. Depuis plus de deux siècles, cette assemblée à constamment freiné la marche du progrès, de l’impôt sur le revenu au droit de vote des femmes par exemple.

Sous la Vème République, un mode de scrutin injuste permet aux conservateurs d’en conserver le contrôle… jusqu’au basculement de l’automne 2011.

La majorité du Sénat passe à gauche. Du jamais vu.

 

Las ! Pitoyable spectacle et hypocrite justification : le Sénat représentant les collectivités locales, il importe que les sénateurs disposent d’un mandat local pour être plus efficaces et clairvoyants dans la défense de ces collectivités.

Si l’on suit ce raisonnement, les dizaines de milliers de collectivités locales dont les élus ne sont pas sénateurs auraient matière à se plaindre. Surtout, ce faisant, le Sénat méprise le principe d’égalité. Il s’arroge un droit de cumul interdit aux autres.

 

Même mépris en matière de retraites.

Un ancien ministre, Laurent WAUQUIEZ, part d’un constat lucide : « Si les politiques ne s’appliquent pas à eux-mêmes ce qu’ils demandent aux français, ils n’ont aucune chance d’avoir la moindre crédibilité ». Traité par la meute de démagogue ou d’ignorant, il se montre plus discret désormais. Et de fait, le régime dérogatoire de retraites des parlementaires, députés et sénateurs, est maintenu. Alors même que cette question occupe sans cesse l’actualité.

 

Les représentants du peuple doivent être respectés. Mais s’ils donnent à penser qu’ils ne cherchent qu’à profiter du système, le poujadisme du « Tous pourris ! » guette. Cette fringale de profits de toutes sortes est excessive.

Souvenons-nous à l’opposé d’autres excès.

En ce 3 Octobre 1793, alors même que la Convention vient de décréter d’accusation ou d’arrestation plusieurs dizaines de ses membres, ROBESPIERRE, conscient du formidable retentissement de ce décret, et de l’image de la Convention, déclare : « Quel est l’homme qui doutera que la Convention Nationale s’est vouée au salut de la patrie, puisqu’elle n’a pas même épargné ses membres. »

A l’époque, si profiteurs il y a, ils n’occupent – pas encore – le devant de la scène.

Entre les deux situations d’hier et d’aujourd’hui, il y a sûrement place pour des représentants du peuple qui simplement n’abusent pas de leur mandat.

La SYRIE : pourquoi pas la CHINE ?

DESMOUNLINS

Sans doute, les atrocités commises en Syrie émeuvent à juste titre. Un dictateur soumet ses sujets à toutes sortes d’horreurs. L’utilisation des gaz de combat contre des civils suscite l’indignation. Soit.

Faut-il envisager pour autant une intervention militaire ?

 

A ce type de questions, la Convention Nationale a répondu, en plusieurs étapes.

 

La question de la guerre se pose très vite après les débuts de la Révolution.

Le 18 Décembre 1791, ROBESPIERRE a articulé de nombreux arguments très actuels à la tribune des Jacobins contre la guerre. Par exemple : «  Pour moi, qui ne puis m’empêcher de m’apercevoir de la lenteur des progrès de la liberté en France, j’avoue que je ne crois point encore à celle des peuples abrutis et enchainés par le despotisme. »

Le 2 Janvier 1792, ROBESPIERRE récidive dans un discours remarquablement clairvoyant : « La plus extravagante idée qui puisse naître dans la tête d’un politique, est de croire qu’il suffise à un peuple d’entrer à main armée chez un peuple étranger pour lui faire adopter ses lois et sa constitution. Personne n’aime les missionnaires armés…. »

Le 20 Avril 1792, malgré l’opposition de sept courageux députés de l’Assemblée Législative, la guerre est déclarée. ROBESPIERRE, qui à l’époque n’est pas député, ainsi que d’autres futurs Montagnards comme DANTON,  DESMOULINS, BILLAUD-VARENNE et MARAT, y est donc hostile.

Etape 1

A l’ouverture de sa session, la Convention Nationale hérite donc d’une guerre qui, après cinq mois d’échecs ininterrompus, tourne, presque par miracle, à l’avantage de la République. Valmy le 20 Septembre, puis Jemmapes, le 6 Novembre 1792, marquent le redressement. De plus, d’autres conquêtes faciles (Savoie, Nice, Rive gauche du Rhin,…)  étourdissent la majorité de la Convention qui ne voit plus d’obstacles à l’avancée des  Républicains.

Cette euphorie amène alors le décret du 19 Novembre 1792 :  « La Convention Nationale déclare, au nom de la nation française, qu’elle accordera fraternité et secours à tous les peuples qui voudront recouvrer leur liberté… »

Etape 2

Les revers (invasion, trahisons, Vendée,…) succèdent aux victoires et aux conquêtes. Le 13 Avril 1793, DANTON, élu membre du 1er Comité de Salut Public quelques jours plus tôt, conscient de la gravité de la situation, intervient : « Nous touchons au moment où il faudra dégager la liberté, pour mieux la conserver, de tous ces enthousiasmes…Dans un mouvement d’énergie, et certes, ce mouvement était beau, vous avez rendu un décret qui porte que nous donnerons protection aux peuples qui voudraient résister à l’oppression des tyrans et que nous ne traiterons qu’avec ceux qui auront un gouvernement en concordance avec le nôtre. Mais ce décret, singulièrement vague, vous engage à secourir quelques patriotes qui voudraient faire une révolution en Chine…… Décrétons que nous ne nous immiscerons point dans ce qui se passe chez nos voisins mais que la nation s’abîmera plutôt que de souscrire à toute transaction… »

C’est le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes.

Etape 3

Au prix d’efforts inouïs (levée en masse, terreur, maximum, loi des suspects,…), la situation se rétablit et les français envahissent les territoires des états voisins. Pour des raisons conjoncturelles, il est question désormais des frontières naturelles et de faire vivre les armées françaises sur les pays conquis. Les traités de paix de 1795 consacrent l’impérialisme de la république.

L’étape 2 interpelle l’actualité : ne pas s’immiscer sauf menace directe sur la nation française.

 

Un dictateur, où qu’il se trouve, est toujours à combattre, qu’il utilise ou non des gaz de combat contre son peuple. Partout des régimes atroces et corrompus sont responsables de malnutrition, esclavage, excision, … Pourquoi n’intervient-on pas ? Parce qu’il appartient avant quiconque aux peuples meurtris de s’émanciper.

Pour intervenir aujourd’hui, il faut en tout état de cause, une légitimité que seule l’ONU peut apporter. Ainsi, il est à craindre que François Hollande, à la piètre popularité que seule a pu modifier l’intervention au Mali,  réponde trop au portrait tracé par ROBESPIERRE, 222 ans plus tôt : « La guerre !… Par elle, l’attention générale, détournée des délibérations intéressant nos droits civils et politiques, se portait exclusivement sur les évènements extérieurs… »

25 aout 1793 – Un jour à la Convention Nationale

SAINT-MARTIN-VALOGNE

Le déroulement d’une journée, normalement organisée, comprend la lecture du courrier, d’origines et de motivations très diverses. Ensuite vient la réception des pétitionnaires. Enfin, le travail parlementaire proprement dit avec lecture ou discussion d’un ou plusieurs projets de décret. Donc, l’ordonnancement s’articule autour de trois ensembles : courriers, pétitions, débats.

En réalité, à tout moment, l’imprévu peut intervenir.

 

J’ai choisi un jour parmi plus de mille. Ce dimanche 25 Août 1793 n’est pas une grande date de l’Histoire. Il n’appartient pas aux grandes journées révolutionnaires. A ce titre il peut être représentatif du travail des Conventionnels, à cette période.

ROBESPIERRE, député de Paris, préside depuis le 22 Août pour deux semaines. Il est assisté de six secrétaires : MERLIN DE DOUAI, député du Nord, AMAR, député de l’Isère, Léonard BOURDON, député du Loiret, LAVICOMTERIE, député de Paris, FAYAU, député de Vendée, LAKANAL député de l’Ariège.

Tous ont voté la mort de Louis XVI et contre le sursis.

 

Ce matin là, neuf courriers et adresses sont lus sans encombre et sans grand intérêt. Parmi eux, comme d’habitude à cette époque, on trouve des adresses de ralliement à la Convention de la part de communes ou administrations départementales qui se sont laissé entraîner dans le mouvement fédéraliste et qui se rétractent de leur égarement. Bien. On imagine les Conventionnels gagner leur siège progressivement.

 

Vient ensuite le courrier des Représentants en Mission dans la Somme André DUMONT, député de la Somme, et Joseph LEBON, député du Pas-de Calais, qui s’alarment de la disette croissante. Et déjà, l’attention de l’assemblée est sollicitée et l’inquiétude pénètre dans la salle. En effet, la lettre comprend notamment une phrase anxiogène : « Si la Loi du 4 Mai n’est pas rapportée, la famine ravagera la République ». Cette Loi concerne le prix maximum des grains. Dans un premier temps, la Convention confie à son Comite d’Agriculture le soin de présenter dans les trois jours un rapport sur cette Loi.

 

Ensuite, cinq décrets sont votés sans rapport entre eux. Parmi ces décrets, la Convention complète son Comité de la Marine et des Colonies, sur rapport de MAREC, député néo-royaliste du Finistère, qui a voté pour le bannissement au procès de Louis XVI.

Il faut noter que, des douze membres nommés, huit ont voté dans le sens le plus sévère, deux viennent d’arriver en tant que suppléants et deux enfin ont voté pour le bannissement et le sursis.

Un autre décret, présenté par TALLIEN, député de Seine et Oise, pour le Comité de Sûreté Générale, annule l’article IV du décret du 30 Juillet précédent, et met en liberté le lieutenant-colonel Caire, accusé par le Général Westermann.

Deux choses à noter : d’une part, la Convention est sollicitée sur le sort des individus ; d’autre part, elle se déjuge sans complexe.

Un autre décret l’amène d’ailleurs à se déjuger à nouveau. Laurent LECOINTRE, député de Seine et Oise, relayant la lettre de DUMONT et LEBON, demande et obtient la révision de la Loi du 4 Mai.

 

Là-dessus, est admise une délégation de pétitionnaires, composée de femmes, sœurs et épouses de soldats. Après la réponse attentionnée du Président, Maximilien ROBESPIERRE, leur demande est transmise au Comité des Marchés.

Puis un décret mineur est voté qui concerne la pétition d’un citoyen.

Un autre, très important, présenté par Elie LACOSTE, député de Dordogne, concerne la division territoriale du territoire. Il s’agit de favoriser les districts au détriment des administrations départementales qui ont trop souvent donné dans le fédéralisme, ou soutenu les Girondins insoumis. L’examen de ce décret technique prend sans doute plus d’une heure de temps car il suscite de multiples interventions. MONMAYOU, député du Lot, Gilbert ROMME, député du Puy-de-Dôme, LACROIX, BREARD participent au débat et ROMME fait conclure sagement à un renvoi à trois jours. La Convention se donne du temps ! C’est le seul moment de la journée où l’on s’approche du parlementarisme contemporain.

Est admise ensuite une pétition de Vétérans proposant une mesure radicale (et inapplicable) pour repousser l’ennemi.

Puis surtout, la Convention admet une délégation de dix des quarante huit sections de Paris. Même si c’est un enfant qui présente la pétition, l’attention de l’assemblée est mobilisée. D’une part, la pétition réclame l’éducation gratuite et obligatoire, ce qui est évidemment précurseur. D’autre part, la pétition dénonce l’instruction donnée par les prêtres « au nom d’un soi-disant  Dieu ».

Des Conventionnels s’agitent, murmurent, voire s’indignent : la déchristianisation est encore mal vue par la Convention, mais ce mouvement  porte en germe la laïcité.

 

Vient ensuite la lecture d’une lettre de l’accusateur public du Tribunal Criminel Extraordinaire,  Fouquier-Tinville. Très loin de son image sanguinaire, Fouquier-Tinville se déclare bloqué dans certaines procédures, faute de pièces pour le dossier d’instruction. Les graves affaires du Général Custine, de la reine Marie-Antoinette, de certains des chefs de la faction Girondine, par exemple, n’avancent pas. Fouquier-Tinville se plaint d’être critiqué dans la presse pour sa lenteur alors qu’il n’y est pour rien.

Donc, Fouquier-Tinville, qui ne veut pas être considéré comme modéré, est néanmoins procédurier et, à cette époque, le futur Tribunal Révolutionnaire est fort éloigné de l’abattage, à tous les sens du mot, qu’on lui impute.

Quoi qu’il en soit, AMAR, assure la Convention du « zèle » du Comité de Sûreté Générale auquel il appartient. AMAR explique que ces affaires demandent un soin particulier et que le Comité s’en occupe « sans relâche ». Il désarme ainsi la critique sous-jacente de « modérantisme ».

Curieusement, tout de suite après est admise la pétition d’un citoyen parisien qui dénonce « les longues procédures qu’enfante la chicane ». Sa demande (téléguidée ?), transmise au Comité de Législation, illustre le climat psychologique dominant.

 

Vient ensuite la lecture d’une lettre des Représentants en Mission à l’Armée du Rhin, MILHAUD, député du Cantal, et RUAMPS, député de Charente Inférieure. Les courriers des armées, qui apportent soulagement ou abattement, sont toujours écoutés. En l’occurrence, les nouvelles sont bonnes et la lecture est applaudie : l’Armée du Rhin a résisté victorieusement depuis le 19 Août pendant trois jours sur les lignes de Wissembourg.

A noter que le courrier fait l’apologie du Général d’Arlandes de Salton qui, au moment de la lecture, est déjà passé du côté des Prussiens.

Dans le même ordre d’idées, le Général Leclerc de Landremont, lui aussi cité en bien dans cette lettre, nommé Général en Chef le 18 Août par les mêmes MILHAUD et RUAMPS, sera suspendu le 29 Septembre et finalement emprisonné le 4 Octobre pour près d’un an.

La Loi des Suspects qui vise notamment à neutraliser les ex-Nobles, n’est plus éloignée…

Pour l’anecdote, citons un extrait de la lettre : « Il faut absolument chasser du sein de la République les riches égoïstes…Il faut confisquer tous leurs biens au profit de la République. » Le piquant vient du fait que le signataire ultra-communiste MILHAUD est bien le futur Comte d’Empire, Général de cavalerie, gorgé d’or par Napoléon, complice du coup d’Etat du 19 Brumaire !

 

A ce stade, la Convention a atteint le milieu de la journée. Son attention a été mobilisée sur une multitude de sujets. Mais beaucoup reste à faire…

 

Après deux courriers d’intérêt mineur lus à la tribune, est admise une délégation des Assemblées Primaires, venus de tous les départements pour signifier leur soutien à la Convention le 10 Août et proclamer la Constitution, connue dans l’Histoire sous le nom de Montagnarde ou de l’An I. Les délégués présents à Paris depuis deux semaines au nombre de près de plusieurs milliers annoncent enfin leur retour dans leurs foyers au grand soulagement des Conventionnels. Leur présence couteuse a en effet occasionné des troubles et un surcroît de surenchère politique.

Remarquable est la réponse du Président ROBESPIERRE qui, élu avec deux cent vingt quatre voix de députés, déclare sans crainte: « …dites surtout à vos concitoyens que vous avez vu ici six cents hommes qui mourront à leur poste… ». Le Président et l’orateur de la délégation se donnent l’accolade fraternelle sous les applaudissements.

 

Suit immédiatement après une autre délégation provenant d’une section de Paris qui réclame le maintien de la Convention jusqu’à la paix.

Or la Constitution proclamée entraîne le remplacement automatique de l’assemblée. Cette demande revêt donc un caractère sacrilège clairement anticonstitutionnel. La Convention tranchera la question le 10 Octobre en décrétant le Gouvernement Révolutionnaire ; dans l’immédiat, la réponse du Président se ressent de la délicatesse du sujet : « Nous engager à ne point quitter notre poste est la preuve d’estime la plus sensible… » Le Président, prudent, élude mais, pour la première fois, la question se pose dramatiquement.

 

Deux courriers mineurs suivent puis une pétition est présentée par la commune de Guerner qui se plaint de l’inconduite du curé de la paroisse ( !). La pétition est renvoyée au Comité de Sûreté Générale. Par cet exemple, on voit que la Convention, au risque du ridicule et d’un gaspillage de temps inouï, prête attention aux moindres soucis du moindre citoyen.

 

Sept décrets sont ensuite votés, les deux premiers sur les subsistances qui, avec la situation militaire, forment les deux crises conjoncturelles majeures.

Le premier, présenté par BARERE, député des Hautes Pyrénées, membre du Comité de Salut Public, impute la disette aux « malveillants » qui veulent « empêcher les subsistances d’arriver à Paris. Ils se servent pour cela de la Loi du 1er Juillet ( !) »

En bref, cette Loi, qui complétait la Loi du 4 Mai, établissait une sorte de droit de réquisition aux mains des départements et des districts. BARERE juge ses effets négatifs aujourd’hui. Mais pour faire passer son abrogation, il met en cause des malveillants anonymes. Votée par la Convention le 1er Juillet, cette Loi est donc rapportée le 25 Août, cinquante cinq jours après. Cependant, le droit de réquisition appartient désormais au Conseil Exécutif, donc à la Convention. Nouvelle illustration des errements.

Le second, présenté par TALLIEN, vise à satisfaire la municipalité de Paris et sa population (ainsi que sa propre popularité).

Pour ce faire, il soutient BARERE, son futur ennemi de l’An III, attaque lui aussi les « malveillants » qu’il situe notamment dans le Comité d’Agriculture dont « tous les membres qui le composent sont des hommes qui ont du blé à vendre ». TALLIEN demande et obtient le renouvellement pour le lendemain de ce Comité ainsi que l’approvisionnement de Paris par réquisitions, comme c’est le cas pour les armées et les place fortes.

Cette sortie violente, ce climat pesant, doivent agiter désagréablement certains Conventionnels.

Un autre décret nomme BREARD, député de Charente Inférieure, et TREHOUART, député suppléant d’Ille et Vilaine, qui vient d’être admis, comme Représentants en Mission dans les ports militaires de Brest et Lorient, pour mettre fin à l’indiscipline, aux sabotages et aux trahisons.

BARERE : « Le comité a pensé qu’il fallait nommer à cet effet deux membres de la Convention, connaisseurs en marine, et qui eussent de la fermeté ».

La fermeté se mesure au vote dans le procès de Louis XVI.

Ensuite, un décret présenté par HERAULT DE SECHELLES, député de Seine et Oise, membre du Comité de Salut Public, nomme SIMOND, député du Bas Rhin, et DUMAZ, député du Mont Blanc (les deux Savoies), admis après l’annexion en Avril précédent, Représentants en Mission auprès de l’Armée des Alpes. Là aussi, la situation préoccupe la Convention : la Savoie est envahie par l’armée piémontaise. Mais ce n’est pas tout !

HERAULT DE SECHELLES : « Le mal est venu de ce que l’armée a été obligée de se porter en partie sur Lyon. ». Et en effet, la révolte de la ville de Lyon préoccupe simultanément les Conventionnels. Comment déterminer une priorité dans ce choc des urgences ?

A cet instant, un Conventionnel moyen a de quoi douter de l’avenir.

Ce décret donne lieu d’autre part à un accrochage puisque DUHEM, député du Nord, demande maladroitement l’ajournement au motif que ce département ne mérite pas d’être secouru et doit être abandonné. TALLIEN intervient vivement : « Quoi ! C’est un Montagnard qui a fait cette motion. Elle est bien digne de l’aristocrate le plus raffiné. » Les deux députés se retrouveront à nouveau face à face en l’An III, avec cette fois TALLIEN dans le rôle de l’aristocrate.

Suit un décret plus reposant sur la création d’une fonderie de canons.

Puis un projet présenté par Laurent LECOINTRE au nom du Comité de la Guerre est repoussé par la Convention qui reconnaît pertinentes les objections de LACROIX, député d’Eure et Loir. Le débat a montré que la Convention veut décidément s’orienter vers une armée dépourvue de privilèges d’aucune sorte.

On voit qu’un rapporteur peut échouer et que la popularité de LACROIX, ancien Président de la Législative sans roi, n’est pas éteinte.

 

Arrive le premier épisode du scandale de la Compagnie des Indes. JULIEN DE TOULOUSE, député de Haute Garonne, dénonce cette Compagnie « dont le nom seul rappelle l’Ancien Régime » pour avoir prêté à Louis XVI des sommes considérables afin de défendre le Trône. La Convention décrète que JULLIEN sera adjoint à la Commission des Cinq chargée de la liquidation de cette Compagnie.

 

D’autres courriers et adresses, une dizaine en tout, ont été lues en séance mais la chronologie de ces lectures est perdue.

L’un d’entre eux émane du Commandant de Dunkerque qui flatte la conduite du Général de Carrion de Loscondes à Bergues pour avoir répondu aux Anglais assiégeants que, comme républicain, il préférait mourir que de se rendre. A noter que ce général offrira sa démission dès le 21 Septembre, sera suspendu le 4 Octobre et placé en maison d’arrêt pendant huit mois à partir de Décembre.

Un autre courrier retient l’attention ; le Ministre de la Justice résume un fait divers intervenu dans un théâtre à Bordeaux. Le 17 Juin, un spectateur a crié : « Vive Louis XVII ! ». Toute une procédure s’est enclenchée pendant laquelle le perturbateur a été recherché. Des citoyens ont été arrêtés puis relâchés. Comme la Convention avait décrété le 6 Juillet que le Ministre lui rendrait compte, ce dernier s’acquitte de sa tâche. Quelle perte de temps !

 

La séance est levée à quatre heures et demie. Ce jour-là, il n’y a pas de séance du soir. Décidément, c’est une journée calme.

 

Que dire de ce survol d’une journée à la Convention Nationale ?

On voit d’abord que le ridicule menace. Vue du XXIème siècle, on ne peut pas concevoir qu’une assemblée souveraine composée de plus de sept cents membres en théorie consacre du temps à ce qui relève du fait-divers, voire de la plaisanterie. Il semble que les Conventionnels en aient eu conscience puisqu’ils transmettent ce genre d’affaires aux Comités concernés aussi vite que possible. Mais il faut y voir aussi peut-être leur souci de ne pas paraître indifférents aux maux qui accablent les citoyens, quelle qu’en soit la nature. Politique ou sincère, ce dévouement mérite d’être noté.

 

On constate également une inorganisation frappante dans le déroulement de la séance. Tout s’enchevêtre et s’interrompt sans cesse. Tels pétitionnaires peuvent interrompre la séance au milieu d’un débat ou de l’examen d’un projet de décret. Les sujets abordés sont innombrables et touchent tous les domaines. Sans doute, la Convention a cherché à remédier à cette situation, mais sans jamais la maîtriser. Les Conventionnels s’épuisent en séance chaotiques. Au plan technique également, la Convention forme un laboratoire de la vie parlementaire.

 

Plus grave, les trahisons se succèdent sans interruption. A cette date, les généraux sont encore presque tous des ex-Nobles. Insidieusement se profile l’ombre noire de la Terreur. Le soupçon devient le quotidien des Conventionnels. A ce jour, deux d’entre eux ont déjà été assassinés : LEPELLETIER DE SAINT-FARGEAU et MARAT . Malgré ce « stress » croissant, la Convention poursuit sa route.

 

Enfin, de tous les intervenants du 25 Août présents au procès de Louis XVI, un seul n’a pas voté la mort. On peut en conclure que le régicide est à l’époque une forme de brevet qui donne accès à la parole, aux missions, aux postes de secrétaire, de président, de membres des Comités de Sûreté Générale et de Salut Public. Or on compte moins de quatre cents régicides à l’origine. Plus de cent sont en mission aux armées ou dans les départements. Une cinquantaine de députés régicides est proscrite. Il reste moins de deux cent cinquante députés pour animer la Convention Nationale… et défendre la République.

A l’époque du 25 Août 1793, la Convention fonctionne sans la participation d’une grosse moitié de ses membres.