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ABNEGATIONS


ISNARD

Au travers de l’Histoire et des continents, il existe ici ou là des exemples d’abnégation qui éclairent d’un jour particulier la situation politique présente. De quoi s’agit-il ? A la veille d’une élection présidentielle rendue cruciale par le danger islamiste, deux personnalités, aussi rejetées l’une que l’autre par la population française, s’agrippent en désespérés au pouvoir ou à la perspective de le reconquérir. François Hollande, Président en exercice, et Nicolas Sarkozy, ex-Président, n’ont compris ni l’un ni l’autre que leur temps était passé. Qu’ils soient de bonne foi ou non, ils s’occupent à plein temps de leur ego et mobilisent des moyens douteux pour parvenir à satisfaire leur pitoyable ambition personnelle. La tentation est forte de s’écrier : « Messieurs, au nom de la République, faites preuve d’abnégation ; quittez la scène ! »

Quelques exemples historiques pourraient leur montrer la voix. Le général romain Sylla s’est fait proclamer dictateur à vie en 82 avant Jésus Christ. Mais six mois plus tard, il abdique de lui-même les pouvoirs exorbitants que personne ne lui conteste.
Charles Quint, Empereur du Saint Empire, l’homme dont l’empire ne voyait jamais le soleil se coucher, abdique ses pouvoirs entre les mains de son frère Ferdinand et son fils Philippe en 1555 avant de prendre sa retraite dans un couvent.
Le Général San Martin, héros des guerres d’indépendance sud-américaines, refuse d’entrer en conflit d’ambition avec Bolivar et, en 1817, à Guayaquil en Equateur, il s’efface pour maintenir l’unité du mouvement de libération.
Au XXème siècle, le général d’armée Giraud, bien que soutenu par les Américains, laisse en 1943 la tête de la Résistance au Général de Gaulle, plus légitime il est vrai dans la mesure où De Gaulle est entré en résistance dès le 18 Juin 1940, bien avant Giraud qui serrait encore la main de Pétain et de Laval en 1942.
Plus récemment, en 1999, on a vu en Afrique du Sud, Cyril Ramaphosa, le dauphin désigné de Nelson Mandela, s’effacer devant la coalition peu reluisante de Thabo Mbeki et Jacob Zuma.
En 2000, le Vice-Président américain, Al Gore, recueille plus de voix que son concurrent républicain, Georges Bush, à l’élection présidentielle. Mais l’Etat décisif de Floride, gouverné par Jeb Bush, donne, officiellement, 537 voix d’avance à Georges, son frère. Malgré l’indignation générale, encore augmentée par la décision de la Cour Suprême, aux mains des Républicains, de stopper les opérations de vérification, Al Gore admet la victoire de Georges Bush et évite aux Etats-Unis une crise politique majeure.
Voilà des hommes de pouvoir qui surent s’effacer, des hommes puissants qui abandonnèrent le pouvoir ou la lutte pour le pouvoir au nom d’un intérêt supérieur.

Pour ce qui concerne la Convention, il est aussi des exemples fameux. Ainsi, le 1er Août 1793, alors que la République est envahie et en proie à la guerre civile, l’Assemblée prend connaissance d’une nouvelle catastrophe : la perte de Valenciennes. DANTON déclare : « Nous n’aurons de succès que lorsque la Convention, se rappelant que l’établissement du Comité de Salut Public est une conquête de la liberté, donnera à cette institution l’énergie et le développement dont elle peut être susceptible.» … « Il faut donc que votre Comité de Salut Public soit érigé en gouvernement provisoire. » Tout en favorisant l’énergie de la Convention, DANTON se place en retrait : « Je le déclare, je n’entrerai dans aucun comité responsable. Je conserverai ma pensée tout entière et la faculté de stimuler sans cesse ceux qui gouvernent. »
Le 6 Septembre encore, à la suite de la trahison de Toulon, et alors que la Terreur a été mise à l’ordre du jour la veille, DANTON intervient : « Les revers que nous éprouvons nous prouvent qu’aux moyens révolutionnaires nous devons joindre les moyens politiques. » et à nouveau, il propose une concentration du pouvoir. Il est suivi par GASTON, député de l’Ariège : «DANTON a la tête révolutionnaire ; il exécutera mieux qu’aucun autre ce qu’il propose. Je demande que malgré lui, il soit adjoint au Comité de Salut Public. » Cette proposition est décrétée unanimement, note le Moniteur. Cependant, DANTON maintient son refus le lendemain. « Je déclare que je n’ai point accepté et que je n’accepte point parce que, lorsque je fis la motion d’organiser le Comité de Salut Public en comité de gouvernement, je fis le serment de n’être d’aucun comité. »
Quels que soient les risques personnels encourus, DANTON a préféré maintenir l’unité du pouvoir et rester en dehors. Cette abnégation, comme on sait, l’a conduit au sacrifice suprême. Mais son effacement a permis l’inespéré sauvetage de la République.

On n’en demande pas tant à nos deux héros têtus. De plus, il n’est pas certain que la situation générale s’améliorerait par le seul évitement de Hollande et Sarkozy. Mais au moins on y gagnerait en clarté et de multiples manoeuvres étrangères à l’intérêt national disparaîtraient mécaniquement. Car dans la compétition qui s’annonce, les coups bas ont commencé de pleuvoir sans aucun intérêt pour la collectivité. Dans le climat actuel, ce serait un début de soulagement.

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